
The first time I turned my head toward a bin in a street, it was in a relatively isolated part of my hometown near old abandoned railways. I found two pairs of jeans and one pullover. At that time, I was a young volunteer with a local charity supporting disadvantaged people: I collected these clothes to give them to others. It was the start of a year of social engagement with the disadvantaged. I also took this picture of a rooster on a wall. The idea of this small paper is to discuss my personal experience and the small subculture around “urban foraging”.
La première fois que j’ai tourné la tête vers une poubelle dans la rue, c’était dans un quartier relativement isolé de ma ville natale, près d’anciennes voies ferrées abandonnées. Ce jour-là, j’ai trouvé deux jeans et un pull-over. A cette époque-là, j’étais jeune bénévole auprès d’une association locale pour les démunis : j’ai récupéré ces vêtements pour les donner à d’autres. Le début d’une année d’engagement social auprès des défavorisés. J’ai également pris cette photo d’un coq sur un mur. L’objectif de ce petit article est de discuter de mon expérience personnelle et de la petite sous-culture qui entoure la « débrouille urbaine ».
“When you reap the harvest of your land, you shall not reap your field right up to its edge, neither shall you gather the gleanings after your harvest. And you shall not strip your vineyard bare, neither shall you gather the fallen grapes of your vineyard. You shall leave them for the poor and for the sojourner: I am the Lord your God.” — Leviticus 19:9–10
« Quand tu moissonneras ton champ, tu ne moissonneras pas jusqu’aux extrémités, et tu ne ramasseras pas les épis tombés après la moisson. Tu ne vendangeras pas ta vigne, et tu ne ramasseras pas les grappes tombées. Tu les laisseras pour les pauvres et pour l’étranger : je suis l’Éternel, ton Dieu. » — Lévitique 19:9–10

Gleaning — the act of collecting abandoned, “lost”, fruits unfit for selling and grains not harvested in the fields — was normally part of the agricultural culture and society in the past. It was done to ensure that the poorest could afford some food for themselves. This right is as old as the Hebrew Bible — the topic is discussed in the Leviticus — and was asserted through laws in several countries.
Le glanage, qui consiste à ramasser les fruits abandonnés, « perdus » ou impropres à la vente, ainsi que les céréales non récoltées dans les champs, faisait autrefois partie intégrante de la culture agricole et de la société. Il était pratiqué afin de garantir que les plus pauvres puissent se procurer de quoi se nourrir. Ce droit est aussi ancien que la Bible hébraïque — le sujet est abordé dans le Lévitique — et a été consacré par la législation de plusieurs pays.

“Those who, without other circumstances, have gleaned, raked or picked in fields not yet entirely stripped and emptied of their crops, or before sunrise or after sunset”— Article R26 from the Old French Penal Code
“Ceux qui, sans autre circonstance, auront glané, râtelé ou grappillé dans les champs non encore entièrement dépouillés et vidés de leurs récoltes, ou avant le moment du lever ou après celui du coucher du soleil” — Article R26 de l’Ancien Code Pénal Français

With mass urbanization starting in the 1920s and later one, people were unable to exercise this right anymore in the urban landscape. At least not in the “rural” way it was exercised before. What was done by the poorest was “dumpster diving” — the raw and realistic term before the advent of the more friendly word freeganism.
Avec l’urbanisation massive qui a débuté dans les années 1920 et s’est poursuivie par la suite, les gens n’ont plus pu exercer ce droit dans le paysage urbain. Du moins, pas de la manière « rurale » dont il était exercé auparavant. Les plus pauvres se sont alors tournés vers le « dumpster diving » (fouille des poubelles), terme cru et réaliste utilisé avant l’avènement du mot plus sympathique « freeganism » (freeganisme).

When I was younger — 15-16 ? — I was a volunteer in two associations : one for homEless people and another one to distribute food to poor families. Sometimes, I wandered in the city streets in search of clothes. I was deeply surprised by how easy it was to find clothes in clean, good and sometimes excellent condition in dumpsters. I was interested in this topic as part of another interest in social photography and commentary. It was a way to live what I was reading in these old English books : “How the Other Half Lives” by Jacob Riis, “Street Life in London” by photographer John Thomson and journalist Adolphe Smith…
Quand j’étais plus jeune, vers 15–16 ans, j’étais bénévole dans deux associations : l’une pour les sans-abri et l’autre pour distribuer de la nourriture aux familles pauvres. Parfois, je parcourais les rues de la ville à la recherche de vêtements. J’étais profondément surpris de voir à quel point il était facile de trouver des vêtements propres, en bon état et parfois même en excellent état dans les poubelles. Ce sujet m’intéressait dans le cadre d’un autre intérêt pour la photographie sociale et le commentaire social. C’était une façon de vivre ce que je lisais dans ces vieux livres anglais : « How the Other Half Lives » de Jacob Riis, « Street Life in London » du photographe John Thomson et du journaliste Adolphe Smith…

While the experience was stopped, it is something that still puzzles me up to day. I learnt later of the word “freeganism” and of the subculture surrounding this word : food and goods foraging, “guerilla garden”, “urban foraging”, “shared boxes”… For political reasons, I was never fond of these things, but I do appreciate the initiatives. Food waste is something that I can’t accept after my experience with homeless and poor families struggling to feed themselves. That’s probably one of the reasons to appreciate these initiatives.
Même si cette expérience a pris fin, elle continue de me troubler aujourd’hui encore. J’ai découvert plus tard le mot « freeganisme » et la sous-culture qui l’entoure : la récupération de nourriture et de biens, le « jardinage guérilla », la « cueillette urbaine », les « boîtes partagées »… Pour des raisons politiques, je n’ai jamais été très attiré par ces pratiques, mais j’apprécie ces initiatives. Le gaspillage alimentaire est quelque chose que je ne peux pas accepter après mon expérience avec des sans-abri et des familles pauvres qui ont du mal à se nourrir. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles j’apprécie ces initiatives.

“In the EU, over 58 million tonnes of food waste (130 kg/inhabitant) are generated annually (Eurostat, 2025), with an associated market value estimated at 132 billion euros (SWD (2023)421).
At the same time, over 42 million people cannot afford a quality meal every second day (Eurostat, 2023).
Globally, approximately a third of all food produced for human consumption is lost or wasted (FAO, 2011). FAO’s Food Loss Index (FLI) estimates that globally, around 14% of all food produced is lost from the post-harvest stage up to, but excluding, the retail stage (FAO, 2019).”
European Commission
« Dans l’UE, plus de 58 millions de tonnes de déchets alimentaires (130 kg/habitant) sont générés chaque année (Eurostat, 2025), pour une valeur marchande estimée à 132 milliards d’euros (SWD (2023)421).
Dans le même temps, plus de 42 millions de personnes n’ont pas les moyens de s’offrir un repas de qualité tous les deux jours (Eurostat, 2023).
À l’échelle mondiale, environ un tiers de tous les aliments produits pour la consommation humaine sont perdus ou gaspillés (FAO, 2011). L’indice de perte alimentaire (FLI) de la FAO estime qu’à l’échelle mondiale, environ 14 % de tous les aliments produits sont perdus entre la phase post-récolte et la phase de vente au détail (FAO, 2019). »
Commission Européenne
Historically, the freeganism movement has been largely Anglo-Saxon in its organised form and political stance. Several associations/collectives have long been campaigning on this issue in the Anglo-Saxon world, such as Food Not Bombs, certain anarchist groups in the United States such as The Diggers in the 1960s, and the hippie movement in the 1970s, even though the concept of freeganism did not exist in its current form at the time. A major document on the subject is the pamphlet Why Freegan? published in 1999 by Warren Oakes. Although this movement is mainly urban, parallels can be drawn with so-called ‘back-to-the-land’ movements and also extreme political ideas such as the ‘anarcho-primitivist’ movement, which advocates the total abandonment of modern economic structures. However, the movement is not without its critics. Although sometimes presented as ‘anti-capitalist’, freegans depend on collecting products manufactured by that very same system. This is sometimes seen as hypocritical. Furthermore, the movement is sometimes equated — rightly or wrongly — with a form of parasitism: lack of integration into society, refusal to work, illegal occupation, etc.
Historiquement, le mouvement du “freeganism” est d’inspiration largement anglo-saxonne dans sa forme organisée et sa posture politique. Plusieurs associations/collectifs militent depuis longtemps dans le monde anglo-saxon sur ce sujet comme “Food Not Bombs”, certains groupuscules anarchistes aux Etats-Unis comme “The Diggers” dans les années 1960 ou encore le mouvement hippies dans les années 1970, même si à l’époque le concept de “freeganism” n’existait pas dans sa forme actuelle. On peut citer comme document majeur le pamphlet “Why Freegan?” publié en 1999 par Warren Oakes. Même si ce mouvement est majoritairement urbain, on peut y voir un parallèle avec les mouvements dits de “retour-à-la-terre” et aussi des idées politiques extrêmes comme le mouvement “anarcho-primitiviste” — qui prône l’abandon total des structures économiques modernes. Toutefois, le mouvement n’est pas exempt de critiques. Bien que parfois présenté comme “anti-capitaliste” : les “freegans” dépendent de la collecte de produits fabriqués par ce même système. Ce qui est parfois vu comme une hypocrisie. Ensuite, le mouvement est parfois assimilé — à tort ou à raison — à une forme de parasitisme : absence d’intégration à la société, refus du travail, occupation illégale…

I foraged for clothes and textiles in the past — which proved successful for my “small mission” — but it could be extremely rewarding regarding food — especially when you dig in a supermarket’s or shop’s dumpster.
Dans le passé, je récupérais des vêtements et des textiles, ce qui s’est avéré fructueux pour ma « petite mission », mais cela peut être extrêmement gratifiant en matière de nourriture, surtout lorsque l’on fouille dans les poubelles d’un supermarché ou d’un magasin.


The main concern today is that many supermarkets spread chemicals over foodstuffs to avoid “dumpster diving” especially over food. And legally, the authorities in several countries aretrying to assess and control the phenomenon. Contrary to what could have occurred with food in the fields in the countryside, the topic is a bit more complex for foodstuff in bins. Are these goods still the property of the shop/supermarket until their destruction ? Are these bins “protected from theft” when they are outside the supermarket ? In some countries, it could fall under “trespassing” — for technical reasons, when the bins are stored in a place considered part of the compound.
La principale préoccupation aujourd’hui est que de nombreux supermarchés répandent des produits chimiques sur les denrées alimentaires afin d’éviter le « dumpster diving », en particulier sur les aliments. Sur le plan juridique, plusieurs pays tentent d’évaluer et de contrôler ce phénomène. Contrairement à ce qui aurait pu se passer avec les denrées alimentaires dans les champs à la campagne, la question est un peu plus complexe pour les denrées alimentaires dans les poubelles : ces marchandises restent-elles la propriété du magasin/supermarché jusqu’à leur destruction ? Ces poubelles sont-elles « protégées contre le vol » lorsqu’elles se trouvent à l’extérieur du supermarché ? Dans certains pays, cela pourrait être considéré comme une « intrusion » — pour des raisons techniques, lorsque les poubelles sont entreposées dans un endroit considéré comme faisant partie du complexe.

The other key issue is the social stigma and taboo associated with foodstuffs in dustbins : that’s not something most people are generally proud of. But for people willing to change their habits or against consumerism, “freeganism” is a great avenue to put into practice their beliefs. But changes in the past years — especially public policies against food waste — threatened “freeganism”. In France, for example, the French government decided to put in action a law in 2021 to reroute the food to specific actors (like charities).
L’autre problème majeur est la stigmatisation sociale et le tabou associés aux denrées alimentaires trouvées dans les poubelles : ce n’est généralement pas quelque chose dont la plupart des gens sont fiers. Mais pour ceux qui souhaitent changer leurs habitudes ou qui s’opposent au consumérisme, le « freeganisme » est un excellent moyen de mettre en pratique leurs convictions. Cependant, les changements intervenus ces dernières années, en particulier les politiques publiques de lutte contre le gaspillage alimentaire, ont menacé le « freeganisme ». En France, par exemple, le gouvernement français a décidé de mettre en œuvre une loi en 2021 visant à rediriger les denrées alimentaires vers des acteurs spécifiques (tels que les associations caritatives).

To conclude on this both curious and serious topic, a few words from an old woman working in the local charity I was giving the foraged clothes.
Pour conclure sur ce sujet à la fois curieux et sérieux, voici quelques mots d’une vieille femme travaillant dans l’association caritative locale à laquelle je donnais les vêtements récupérés.
If everyone has the care and willingness you put into this task, things will be far better, but that’s not your responsibility in the first place. That’s something older people should care about.
Si tout le monde faisait preuve du même soin et de la même volonté que toi dans cette tâche, les choses iraient bien mieux, mais ce n’est pas ta responsabilité en premier lieu. C’est quelque chose dont les personnes plus âgées devraient se soucier.
As a young boy : my ambition was that of an observer of social difficulty. That’s not something I pursued later in my life. On my side, “freeganism” is more about dignity — close to the meaning of the word “gleaning” in the rural history — than a political or anti-capitalist stance. It’s the possibility for people — and us — to find meanings, dignity and alternatives to the traditional means of subsistence. “Freeganism” also echoes several themes I explored later in my life such as self-reliance, hence my interest and solidarity with the associated subculture.
Quand j’étais enfant, mon ambition était d’observer les difficultés sociales. Ce n’est pas quelque chose que j’ai poursuivi plus tard dans ma vie. Pour moi, le « freeganisme » est davantage une question de dignité — proche du sens du mot « glaner » dans l’histoire rurale — qu’une position politique ou anticapitaliste. C’est la possibilité pour les gens — et pour nous — de trouver un sens, une dignité et des alternatives aux moyens de subsistance traditionnels. Le « freeganisme » fait également écho à plusieurs thèmes que j’ai explorés plus tard dans ma vie, tels que l’autonomie, d’où mon intérêt et ma solidarité avec la sous-culture qui y est associée.

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