Ellen has a problem: she says “YES”, “NO”, “MAYBE” all at once… and above all, she doesn’t like being pressured. But others are watching her: her single status, her loneliness, her plans, the need to “do what other girls do”… A graphic novel about social pressure and peer pressure.
Ellen a un problème : elle dit tout à la fois “OUI”, “NON”, “PEUT-ÊTRE”… et surtout, elle n’aime pas qu’on lui mette la pression. Mais les autres la regardent : son célibat, sa solitude, ses projets, la nécessité de “faire comme les autres filles”… Une nouvelle graphique sur la pression sociale et le regard des pairs.

FRIGID
The first time I heard the word “frigid”, it came from a place I could never have anticipated. A violent confrontation erupted on the road with a young man who seemed completely overwhelmed by rage. In the middle of his outburst, he hurled at me a sentence that felt oddly rehearsed: “Boys call you frigid.” At the time, I laughed — not because I found it amusing, but because laughter was my instinctive defense against something I didn’t yet understand. I asked him what it meant. He explained, with surprising clarity given the situation, that according to “them,” I said no too often. That I was too reserved, too cautious, too fearful. That I did not offer the reassuring signals they expected, and that they never quite knew where they stood with me. The altercation ended, the anger faded, but the word did not. It stayed with me, quietly working its way into my self-perception. Long after that day, I kept replaying it, wondering when refusal, hesitation, or emotional reserve had started being read as dysfunction rather than autonomy.
La première fois que j’ai entendu le mot « frigide », cela venait d’un endroit que je n’aurais jamais pu imaginer. Une violente confrontation a éclaté sur la route avec un jeune homme qui semblait complètement submergé par la rage. Au milieu de son accès de colère, il m’a lancé une phrase qui semblait étrangement répétée : « Les garçons t’appellent frigide. » À ce moment-là, j’ai ri, non pas parce que je trouvais cela amusant, mais parce que le rire était ma défense instinctive contre quelque chose que je ne comprenais pas encore. Je lui ai demandé ce que cela signifiait. Il m’a expliqué, avec une clarté surprenante compte tenu de la situation, que selon « eux », je disais trop souvent non. Que j’étais trop réservée, trop prudente, trop craintive. Que je ne leur envoyais pas les signaux rassurants qu’ils attendaient et qu’ils ne savaient jamais vraiment où ils en étaient avec moi. L’altercation a pris fin, la colère s’est dissipée, mais le mot est resté. Il m’a accompagnée, s’insinuant discrètement dans ma perception de moi-même. Longtemps après ce jour-là, je n’ai cessé de le repasser dans ma tête, me demandant quand le refus, l’hésitation ou la réserve émotionnelle avaient commencé à être interprétés comme un dysfonctionnement plutôt que comme une autonomie.

MISALIGNMENT
Our interactions unfolded within the university, casual and loosely defined. I suggested outings she never followed up on; instead, she invited me to her birthday, keeping things safely social. One of her friends remarked, half-jokingly, that just because I proposed plans didn’t mean I was in love. We laughed. During a light moment, she offered me a piece of her sandwich, which I ate entirely, stretching the joke further than expected. Later, in front of everyone, she declared she wanted a man who smoked and drank coffee. All eyes turned to me — the only one who fit. I didn’t react. As my departure for semi-professional projects approached, tension surfaced. Her attitude grew sharp, almost aggressive, in social settings. I remained silent. The friendship ended without confrontation, eroded by implication rather than by conflict.
Nos interactions se sont déroulées dans le cadre universitaire, légères et mal définies. Je lui proposais des sorties qu’elle ne retenait pas ; en revanche, elle m’a invité à son anniversaire, maintenant les choses dans un registre social. L’une de ses amies a fait remarquer, sur le ton de la plaisanterie, que proposer des choses ne signifiait pas être amoureux. Nous avons ri. Lors d’un moment léger, elle m’a proposé un morceau de son sandwich, que j’ai mangé entièrement, prolongeant la blague un peu trop. Plus tard, devant tout le monde, elle a déclaré vouloir un homme qui fume et boit du café. Tous les regards se sont tournés vers moi — le seul à correspondre. Je n’ai pas réagi. À l’approche de mon départ pour des projets semi-professionnels, la tension est montée. Son attitude est devenue dure, presque agressive, en contexte social. Je suis resté silencieux. L’amitié s’est achevée sans affrontement, usée par les sous-entendus plus que par le conflit.

UNRAVEL
We met by chance in a cafeteria, nothing staged, nothing promised. He asked for my number, and soon the city became our shared backdrop — a few walks, a few evenings, light and uncommitted. One night, he leaned in with a phrase that felt rehearsed, almost theatrical: “I can untie you.” We went to his place. The apartment unsettled me immediately — cramped, provisional, as if nothing there was meant to last. A bunk bed, shared facilities, no real privacy. Desire receded quietly. I chose to leave without dramatizing it. I sent one message later, more out of courtesy than hope. It remained unanswered. The encounter ended the way it had begun: without explanation, but with certainty.
Nous nous sommes rencontrés par hasard à la cafétéria, sans mise en scène ni promesse. Il m’a demandé mon numéro, puis la ville est devenue notre décor commun — quelques sorties, quelques soirées, légères et sans engagement. Un soir, il s’est penché vers moi avec une phrase presque trop bien formulée : « Je peux te dénouer. » Nous sommes allés chez lui. L’appartement m’a immédiatement mise mal à l’aise — exigu, provisoire, comme si rien n’y était fait pour durer. Un lit superposé, des toilettes sur le palier, aucune intimité réelle. Le désir s’est retiré sans bruit. J’ai choisi de partir sans en faire un événement. J’ai envoyé un message ensuite, plus par politesse que par attente. Il est resté sans réponse. La rencontre s’est achevée comme elle avait commencé : sans explication, mais avec évidence.

DISPLACEMENT
At first, our exchanges were fluid, grounded in conversation and presence. Gradually, he shifted toward messages that felt charged, suggestive, disconnected from reality. When I suggested meeting, he avoided it. I understood then that intimacy was being relocated into abstraction, safer for him, emptier for me. I ended the exchange without drama. Some connections dissolve not because of conflict, but because they refuse to inhabit the same space.
Au départ, nos échanges étaient fluides, ancrés dans la discussion et la présence. Peu à peu, il a déplacé l’intimité vers des messages chargés, suggestifs, déconnectés du réel. Lorsque je proposais de nous voir, il esquivait. J’ai compris alors que l’intimité se réfugiait dans l’abstraction — plus sûre pour lui, plus vide pour moi. J’ai mis fin aux échanges sans heurt. Certaines relations se dissolvent non par conflit, mais parce qu’elles refusent d’habiter le même espace.

BLUE EYES
A heated argument broke out over a political issue with another girl. The discussion slipped, abruptly, into something else. She snapped: “Anyway, your type is blue-eyed boys. If it’s not that, nothing is possible for you.” The remark stunned me — not only for its content, but for how casually it reduced me. Around us, the boys laughed quietly, complicit in their silence. What had begun as a political disagreement ended as a public dissection of my desire, carried out without my consent.
Une altercation violente a éclaté autour d’un sujet politique avec une autre fille. La discussion a dérapé, brusquement, vers autre chose. Elle a lâché : « De toute façon, ton genre, c’est les garçons aux yeux bleus. Si ce n’est pas ça, ce n’est pas possible pour toi. » La remarque m’a sidérée — autant par ce qu’elle disait que par la désinvolture avec laquelle elle me réduisait. Autour de nous, les garçons ricanaient en silence, complices par leur mutisme. Ce qui avait commencé comme un désaccord politique s’est achevé en dissection publique de mon désir, sans mon consentement.

VIRGIN
I liked this boy, but our exchanges had grown strange. He no longer responded to my invitations to walk together; instead, the conversation narrowed into text messages with sexual overtones. Presence was replaced by projection. Later, I overheard him speaking violently to a friend: “That virgin !” The words landed with a clarity that required no explanation. What I had read as distance or awkwardness revealed itself as contempt.
J’appréciais ce garçon, mais nos échanges étaient devenus étranges. Il ne répondait plus à mes propositions de promenade ; à la place, il ne restait que des SMS à connotation sexuelle. La présence avait été remplacée par la projection. Plus tard, je l’ai entendu tenir des propos violents à un ami : « Cette vierge ! » Les mots se sont imposés sans nécessiter d’explication. Ce que j’avais pris pour de la distance ou de la maladresse s’est révélé être du mépris.

STATIONARY WANDERINGS
Photography is my chosen pastime. I am drawn to small train stations, to regional trains worn by time, to the quiet suspension that settles between arrivals and departures. I like waiting there, observing details others overlook: chipped paint, empty benches, light falling on metal surfaces. Taking photographs in these places feels natural, almost necessary. I sometimes suggest these excursions to boys — the idea of traveling by train, wandering without urgency, making images together. They are never interested. So I go alone. On weekends, I take the train by myself, moving through peripheral routes, assembling fragments of places and moments. Over time, these journeys have become an archive — not meant to impress or circulate, but to exist as a personal record of attention, solitude, and choice.
La photographie est mon loisir. Je suis attirée par les petites gares, les trains régionaux marqués par le temps, cette suspension silencieuse entre les arrivées et les départs. J’aime y attendre, observer ce que d’autres ne remarquent pas : la peinture écaillée, les bancs vides, la lumière sur le métal. Photographier ces lieux me semble naturel, presque nécessaire. Je propose parfois ces escapades aux garçons — voyager en train, errer sans urgence, faire des images ensemble. Ils ne sont jamais intéressés. Alors j’y vais seule. Le week-end, je prends le train sans compagnie, empruntant des lignes périphériques, accumulant des fragments de lieux et d’instants. Peu à peu, ces déplacements sont devenus une archive — non pas destinée à circuler ou à séduire, mais à exister comme une trace personnelle d’attention, de solitude et de choix.

ATTEMPT
It happened in a casual, almost playful setting. We sat close, sharing cigarettes and silence. His body language was open, inviting, and when I moved the bottle, the contact was impossible to ignore. He blushed, smiled, and held my gaze. Later, others were present. Someone reminded him that he could say no. I touched his back lightly; he responded with a sentence that lingered: he liked it when girls tried. Still, I stopped. Not because of rejection, but because I sensed the absence of a real threshold. Trying is not the same as choosing.
Cela s’est produit dans un cadre détendu, presque ludique. Nous étions assis proches l’un de l’autre, partageant des cigarettes et des silences. Son langage corporel était ouvert, invitant, et lorsque j’ai déplacé la bouteille, le contact était impossible à ignorer. Il a rougit, sourit, a soutenu mon regard. Plus tard, d’autres étaient présents. Quelqu’un lui a rappelé qu’il pouvait dire non. Je lui ai caressé le dos ; il a répondu par une phrase qui m’est restée : il aimait quand les filles tentaient. Pourtant, je me suis arrêtée. Non par rejet, mais parce que je sentais l’absence d’un véritable seuil. Tenter n’est pas choisir.

CLOSURE
He tried repeatedly, in small domestic moments, as if proximity might wear me down. I declined without confrontation, changing rooms, redirecting myself elsewhere. When a minor accident startled the house awake, the mood shifted. He grew distant, closed, almost cold. I explained myself later, not to him, but to someone who had witnessed it all. Setting a boundary often looks like withdrawal from the outside. From within, it feels like relief.
Il a tenté à plusieurs reprises, dans des moments ordinaires, presque domestiques, comme si la proximité finirait par m’user. J’ai décliné sans affrontement, changeant de pièce, me déplaçant ailleurs. Lorsqu’un incident mineur a réveillé la maison, l’atmosphère a basculé. Il est devenu distant, fermé, presque froid. Plus tard, je me suis expliquée, non pas avec lui, mais avec quelqu’un qui avait tout observé. Poser une limite ressemble souvent à un retrait vu de l’extérieur. De l’intérieur, c’est un soulagement.

REVERSAL
He spoke about music with devotion, his piano filling the room with intention. I accepted his invitation without any illusions. When I suggested we meet again, his refusal was sharp, edged with words that stayed with me longer than I expected. Time passed. Later, he returned, proposing something I no longer wanted. By then, I was already committed elsewhere. Saying no felt different this time — not defensive, but aligned. Desire, once dismissed, rarely returns unchanged.
Il parlait de musique avec ferveur, son piano emplissant la pièce d’intention. J’ai accepté son invitation sans illusion. Lorsque j’ai proposé de nous revoir, son refus a été net, accompagné de mots qui m’ont marquée plus longtemps que prévu. Le temps a passé. Plus tard, il est revenu, proposant ce que je ne désirais plus. Entre-temps, j’étais engagée ailleurs. Dire non, cette fois, n’était pas défensif, mais aligné. Le désir, lorsqu’il est écarté, revient rarement intact.

AMBIGUITY
From the beginning, everything between us oscillated. A step forward, a sudden retreat. Touches that promised something, then vanished. He joked about seeing other women, then claimed it meant nothing. When he tried to kiss me, I pulled away — not to provoke, but because clarity mattered to me. Nights passed together without sex, heavy with unspoken tension. He called it “tense”; I called it unresolved. Years later, when tenderness briefly resurfaced, I asked for something simple and defined. He froze. In that silence, I recognized a familiar pattern: desire without commitment, closeness without responsibility. I chose to leave, finally aligned with myself.
Dès le départ, tout entre nous oscillait. Un pas en avant, puis un retrait brusque. Des gestes qui promettaient quelque chose, puis disparaissaient. Il plaisantait sur le fait de voir d’autres femmes, avant d’affirmer que cela ne signifiait rien. Lorsqu’il a tenté de m’embrasser, je me suis reculée — non pour provoquer, mais parce que la clarté comptait pour moi. Des nuits se sont écoulées sans rapport, lourdes de tensions non dites. Il parlait de “tension” ; j’y voyais de l’indécision. Des années plus tard, lorsque la tendresse est brièvement revenue, j’ai demandé quelque chose de simple et défini. Il s’est figé. Dans ce silence, j’ai reconnu un schéma familier : le désir sans engagement, la proximité sans responsabilité. J’ai choisi de partir, enfin en accord avec moi-même.

PROJECTION
He arrived midway through the academic year, quietly inserting himself into my routine. Others noticed before I did, whispering that he watched only me, that it wasn’t his habit. We exchanged messages, studied together in the library, and walked to his car after class. His words were playful, lightly charged. He joked that my hoodie made some boys want to hug me. When we said goodbye, his hands moved gently toward my shoulders. I stiffened. It wasn’t the gesture itself, but what it presumed. A brief hesitation followed, unresolved. Later, the idea of a concert surfaced, then dissolved into reproach. He wished he had known I had invited other boys there. I tried to explain. Explanation found no landing. What remained was not conflict, but the weight of expectations I had never agreed to carry.
Il est arrivé en cours d’année, s’insérant discrètement dans mon quotidien universitaire. Les autres l’ont remarqué avant moi, murmurant qu’il ne regardait que moi, que ce n’était pas son habitude. Nous avons échangé des messages, travaillé ensemble à la bibliothèque, marché jusqu’à sa voiture après les cours. Ses paroles étaient légères, subtilement chargées. Il plaisantait : avec mon sweat à capuche, certains garçons disaient avoir envie de me faire un câlin. Au moment de se séparer, ses mains ont doucement approché mes épaules. Je me suis raidie. Ce n’était pas le geste en lui-même, mais ce qu’il supposait. Un bref flottement a suivi, sans résolution. Plus tard, l’idée d’un concert est apparue, avant de se transformer en reproche. Il aurait aimé savoir que j’y avais invité d’autres garçons. J’ai tenté de m’expliquer. L’explication n’a trouvé aucun point d’ancrage. Ce qu’il en est resté n’était pas un conflit, mais le poids d’attentes que je n’avais jamais accepté de porter.

NOTHING SERIOUS
My first boyfriend added another layer of confusion to this emerging pattern. One day, he told me that I didn’t have to want a serious relationship — as though the desire for commitment were naïve, outdated, or even illegitimate. The implication was subtle but unsettling: wanting something structured or meaningful was framed as an unnecessary burden rather than a valid aspiration. More troubling still was his reaction when I refused to reconnect with a boy who wanted to resume a relationship with me. He reproached me for saying no, insisting that I had no right to refuse. According to him, my refusal was “not right,” as if the simple act of setting a boundary had become a moral transgression. In that moment, I began to sense a recurring inversion: consent, when it came from me, was no longer recognized as consent. My autonomy was tolerated only when it aligned with others’ expectations.
Mon premier petit ami a ajouté une couche supplémentaire de confusion à ce schéma émergent. Un jour, il m’a dit que je n’avais pas besoin de vouloir une relation sérieuse, comme si le désir de m’engager était naïf, dépassé, voire illégitime. L’implication était subtile mais dérangeante : vouloir quelque chose de structuré ou de significatif était présenté comme un fardeau inutile plutôt que comme une aspiration légitime. Plus troublante encore était sa réaction lorsque j’ai refusé de renouer avec un garçon qui voulait reprendre une relation avec moi. Il m’a reproché d’avoir dit non, insistant sur le fait que je n’avais pas le droit de refuser. Selon lui, mon refus était « incorrect », comme si le simple fait de fixer une limite était devenu une transgression morale. À ce moment-là, j’ai commencé à percevoir une inversion récurrente : mon consentement, lorsqu’il venait de moi, n’était plus reconnu comme tel. Mon autonomie n’était tolérée que lorsqu’elle correspondait aux attentes des autres.

ACCELERATION
The first months with him unfolded slowly, almost awkwardly, as if time itself hesitated. Our first kiss came late, after weeks of cautious proximity. When intimacy finally presented itself, anxiety overtook me. I chose closeness without sex, conversation over performance. He seemed unsettled by my pace. Again and again, he asked if I was bored, if something was wrong. I wasn’t absent — I was careful. But he wanted more, faster, clearer. One night, his insistence crossed into anger. When he suggested we remain linked only through sex, I understood what he thought I was withholding. I said no. Ending it felt less like a rupture than a refusal to be reduced.
Les premiers mois avec lui se sont déroulés lentement, presque maladroitement, comme si le temps lui-même hésitait. Notre premier baiser est arrivé tard, après des semaines de proximité prudente. Lorsque l’intimité s’est enfin présentée, l’angoisse a pris le dessus. J’ai choisi la proximité sans rapport, la conversation plutôt que la performance. Il semblait troublé par mon rythme. À plusieurs reprises, il m’a demandé s’il m’ennuyait, si quelque chose n’allait pas. Je n’étais pas absente — j’étais attentive. Mais il voulait plus, plus vite, plus clairement. Un soir, son insistance s’est transformée en colère. Lorsqu’il a proposé de ne garder qu’un lien sexuel, j’ai compris ce qu’il pensait que je retenais. J’ai dit non. Mettre fin à la relation a ressemblé moins à une rupture qu’à un refus d’être réduite.

WHO YOU ARE SEEING?
This boy placed me under public pressure, interrogating me openly: “I don’t understand you — you were interested at first.” And he was right, in a way. I was interested. I had proposed to him several times, clearly and respectfully, until he explicitly declined. Later, after his girlfriend left him, he attempted to return as though nothing had happened. From my perspective, it would have been impolite — even dishonest — to accept. His refusal had already been spoken; I had taken it seriously. The situation escalated into something humiliating. In front of others, I was pressed to justify myself. To protect myself, I resorted to vague statements: that I was “having fun,” that I was “seeing some people.” Immediately, the questions followed — Who? Where? What struck me most was not curiosity, but entitlement. As if my inner life were public property, and silence an offense that demanded explanation.
Ce garçon m’a mise sous pression en public, m’interrogeant ouvertement : « Je ne te comprends pas, tu étais intéressée au début. » Et il avait raison, d’une certaine manière. J’étais intéressée. Je lui avais fait plusieurs propositions, clairement et respectueusement, jusqu’à ce qu’il refuse explicitement. Plus tard, après que sa petite amie l’a quitté, il a tenté de revenir comme si de rien n’était. De mon point de vue, il aurait été impoli, voire malhonnête, d’accepter. Il avait déjà exprimé son refus, et je l’avais pris au sérieux. La situation a dégénéré en quelque chose d’humiliant. Devant les autres, j’ai été contrainte de me justifier. Pour me protéger, j’ai eu recours à des déclarations vagues : que je « m’amusais », que je « voyais des gens ». Immédiatement, les questions ont fusé : qui ? où ? Ce qui m’a le plus frappée, ce n’était pas la curiosité, mais le sentiment d’avoir le droit de savoir. Comme si ma vie intérieure était un bien public et que le silence était une offense qui exigeait une explication.

INDUSTRIAL CURIOSITY
When I started my blog about industry, it was both an act of curiosity and a quiet gamble. I wanted to understand how things were made, who sustained them, what remained invisible behind finished products. Through this work, I met people older than me — business owners, craftsmen, entrepreneurs — whose paths had little in common with mine, yet who welcomed my questions seriously. I was often asked to write articles about their companies, to listen, to translate their work into words. Among people my age, these encounters provoked amusement. Boys and girls laughed, as if my interest were misplaced, outdated, or faintly ridiculous. I noticed the gap without trying to close it. What mattered to me was not their approval, but the coherence I felt in pursuing something that held my attention.
Lorsque j’ai lancé mon blog sur l’industrie, c’était à la fois par curiosité et comme un pari discret. J’avais envie de comprendre comment les choses se fabriquent, qui les porte, ce qui reste invisible derrière les produits finis. Grâce à ce travail, j’ai rencontré des personnes plus âgées que moi — chefs d’entreprise, artisans, entrepreneurs — dont les trajectoires différaient de la mienne, mais qui prenaient mes questions au sérieux. On me sollicitait souvent pour écrire des articles sur leurs entreprises, pour écouter, puis mettre en mots leur activité. Chez les garçons et les filles de mon âge, ces rencontres suscitaient des ricanements. Comme si mon intérêt était mal placé, dépassé, ou légèrement ridicule. J’ai perçu ce décalage sans chercher à le combler. Ce qui comptait pour moi n’était pas leur validation, mais la cohérence que je trouvais à poursuivre ce qui retenait réellement mon attention.

WHATEVER?
With another boy I was seeing for a while, the discourse shifted, but the discomfort remained. He told me, casually, that it didn’t really matter whether I experienced things within a relationship or outside of one. Behind this seemingly open-minded statement, I sensed something else: a dismissal of my need for structure, meaning, and emotional coherence. What mattered to me — continuity, intention, connection — was reduced to a neutral option, interchangeable and ultimately insignificant. This trivialization created distance. It wasn’t simply a difference of values; it felt like a refusal to acknowledge that intimacy could carry weight, or that my way of engaging with it was legitimate.
Avec un autre garçon que je fréquentais depuis quelque temps, le discours a changé, mais le malaise est resté. Il m’a dit, avec désinvolture, que peu importait que je vive des expériences dans le cadre d’une relation ou en dehors. Derrière cette déclaration apparemment ouverte d’esprit, j’ai senti autre chose : un rejet de mon besoin de structure, de sens et de cohérence émotionnelle. Ce qui comptait pour moi — la continuité, l’intention, la connexion — était réduit à une option neutre, interchangeable et finalement insignifiante. Cette banalisation a créé une distance. Ce n’était pas simplement une différence de valeurs ; cela ressemblait à un refus de reconnaître que l’intimité pouvait avoir du poids, ou que ma façon de m’y engager était légitime.

WITHDRAWAL
We met casually, without expectation. He asked for my number, and I agreed without thinking much of it. The city became our neutral ground, a succession of walks and conversations. One evening, his words grew suggestive, almost playful. At his place, the reality of the space unsettled me — cramped, exposed, uncomfortable. Something in me closed. I chose to leave instead of forcing myself into intimacy I did not feel. I never explained it. Silence followed, mutual and definitive. It wasn’t fear that guided me, but the quiet certainty that desire cannot be negotiated.
Nous nous sommes rencontrés sans attente particulière. Il m’a demandé mon numéro, et j’ai accepté presque machinalement. La ville est devenue notre terrain neutre, fait de promenades et de discussions. Un soir, ses paroles sont devenues suggestives, presque ludiques. Arrivée chez lui, l’espace m’a mise mal à l’aise — trop étroit, trop exposé, inconfortable. Quelque chose en moi s’est refermé. J’ai choisi de partir plutôt que de m’imposer une intimité que je ne ressentais pas. Je ne me suis pas expliquée. Le silence a suivi, mutuel et définitif. Ce n’était pas la peur qui me guidait, mais la certitude que le désir ne se négocie pas.

SNOBBING
Shortly before an important academic meeting, an external remark reinforced this growing sense of pressure. I was told I should stop “snubbing” the boys in the Master’s program. The accusation caught me off guard. It framed my reserve as arrogance, my silence as contempt. I realized that intentions were being projected onto me that I did not recognize. My withdrawal was no longer read as shyness or discretion, but as a calculated strategy of rejection. What troubled me most was the ease with which this narrative took hold. I was no longer allowed to simply be reserved; I had become suspect.
Peu avant une importante réunion universitaire, une remarque extérieure a renforcé ce sentiment croissant de pression. On m’a dit que je devrais cesser de « snober » les garçons du programme de master. Cette accusation m’a prise au dépourvu. Elle présentait ma réserve comme de l’arrogance, mon silence comme du mépris. J’ai réalisé qu’on me prêtait des intentions que je ne reconnaissais pas. Mon retrait n’était plus interprété comme de la timidité ou de la discrétion, mais comme une stratégie calculée de rejet. Ce qui m’a le plus troublée, c’est la facilité avec laquelle ce récit s’est imposé. Je n’avais plus le droit d’être simplement réservée ; j’étais devenue suspecte.

MISALIGNMENT
He appeared easily offended, quick to withdraw. I teased him lightly; he vanished into himself. I apologized, hoping to restore balance. Messages followed, polite and distant. When we kissed, hidden from others, it felt tentative rather than grounding. Days later, he decided not to continue. I sent a message I immediately regretted — too honest, too raw. He reacted with anger. Later, he tried to return, but by then I was elsewhere, already engaged. Timing, once again, did the separating for us.
Il semblait se vexer facilement, se retirer sans prévenir. Je l’ai taquiné légèrement ; il s’est refermé. Je me suis excusée, espérant rétablir l’équilibre. Des messages ont suivi, polis et distants. Le baiser échangé à l’abri des regards n’a rien ancré, il est resté fragile. Quelques jours plus tard, il a décidé de ne pas continuer. J’ai envoyé un message que j’ai aussitôt regretté — trop sincère, trop à vif. Sa réponse a été violente. Plus tard, il a tenté de revenir, mais j’étais déjà ailleurs, engagée autrement. Le timing, encore une fois, a fait la séparation.

INTERRUPTION
We met in a familiar place, without intention. That night blurred into laughter and alcohol. I woke to his hand resting on my stomach, gentle but unmistakable. In the days that followed, closeness grew through gestures rather than words. One evening, desire surfaced clearly on both sides, but something remained suspended, unresolved. Before anything could settle, his official partner appeared. The moment collapsed. Afterwards, we met again, but the dynamic had dissolved. What remained was the trace of something interrupted before it could become real.
Nous nous sommes rencontrés dans un lieu familier, sans intention particulière. La nuit s’est diluée entre rires et alcool. Je me suis réveillée avec sa main posée sur mon ventre, douce mais sans ambiguïté. Les jours suivants, la proximité s’est construite à travers des gestes plutôt que des mots. Un soir, le désir s’est manifesté clairement des deux côtés, mais quelque chose est resté en suspens. Avant que quoi que ce soit ne se fixe, sa partenaire officielle est apparue. L’instant s’est effondré. Nous nous sommes revus ensuite, mais la dynamique avait disparu. Il ne restait que la trace de quelque chose interrompu avant d’avoir pu devenir réel.

THE BOYS SAY
This conversation began under intense pressure. He was aggressive from the outset: “Boys are bored of your pseudo-experience and your pretension, Ellen.” To my own surprise, I laughed. Not mockingly, but genuinely. The absurdity of the accusation — pretending to experience something I was supposedly being denied — struck me as deeply ironic. He seemed disoriented by my reaction and smiled too. I answered calmly: “I know they are. But I want to take my time.” In that brief exchange, I realized how radical patience had become — almost provocative — in a context where immediacy was expected and delay interpreted as deceit.
Cette conversation a commencé sous une pression intense. Il s’est montré agressif dès le début : « Les garçons en ont assez de ta pseudo-expérience et de ta prétention, Ellen. » À ma grande surprise, j’ai ri. Pas de manière moqueuse, mais sincèrement. L’absurdité de l’accusation — prétendre vivre quelque chose qui m’était soi-disant refusé — m’a semblé profondément ironique. Il a semblé déconcerté par ma réaction et a souri à son tour. J’ai répondu calmement : « Je sais qu’ils le sont. Mais je veux prendre mon temps. » Au cours de ce bref échange, j’ai réalisé à quel point la patience était devenue radicale — presque provocante — dans un contexte où l’immédiateté était attendue et où le retard était interprété comme une tromperie.

CLARITY
We kissed easily, laughed easily. Desire was present, mutual, uncomplicated. The absence of protection stopped us, and we laughed at the absurdity of it. Afterwards, something shifted. His messages cooled, his words grew ambiguous. I heard, through others, that he spoke of us as a couple. I asked for clarity. When it didn’t come, I chose distance. Ending contact felt abrupt, but necessary. I preferred being firm to being misrepresented.
Nous nous sommes embrassés avec facilité, avons ri sans effort. Le désir était là, partagé, simple. L’absence de protection a mis fin à l’élan, et nous avons ri de la situation. Ensuite, quelque chose a changé. Ses messages se sont refroidis, ses paroles sont devenues floues. J’ai appris par d’autres qu’il parlait de nous comme d’un couple. J’ai demandé de la clarté. Ne l’obtenant pas, j’ai choisi la distance. Couper le contact a semblé abrupt, mais nécessaire. J’ai préféré être ferme plutôt que déformée.

MS NO
At first, I was interested in him. Nervous, I asked for his number. I found him handsome. But as time went on, discomfort replaced attraction. He began asking intimate questions in front of others, crossing boundaries without noticing — or caring. Months passed without contact. Then one day, he reached out via Facebook, telling me that his girlfriend had blocked me because she was jealous. I felt detached. I wished him well and encouraged him to find someone who suited him. Later, he walked past me with other boys and laughed: “I think she decides.” The next afternoon, another boy approached me sexually. I said no. The following day, I noticed him watching me — tense, angry. It was as if refusal had to be punished, observed, remembered.
Au début, il m’intéressait. Nerveuse, je lui ai demandé son numéro. Je le trouvais beau. Mais au fil du temps, l’attirance a fait place à un sentiment de malaise. Il a commencé à me poser des questions intimes devant les autres, dépassant les limites sans s’en rendre compte — ou sans s’en soucier. Les mois ont passé sans que nous nous parlions. Puis, un jour, il m’a contactée via Facebook pour me dire que sa petite amie m’avait bloquée parce qu’elle était jalouse. Je me suis sentie détachée. Je lui ai souhaité bonne chance et l’ai encouragé à trouver quelqu’un qui lui convienne. Plus tard, il est passé devant moi avec d’autres garçons et a ri : « Je pense que c’est elle qui décide. » L’après-midi suivant, un autre garçon m’a abordée de manière sexuelle. J’ai refusé. Le lendemain, j’ai remarqué qu’il m’observait, tendu, en colère. C’était comme si mon refus devait être puni, observé, mémorisé.

“NOING” TOO MUCH
I must admit that, at times, I tested others by saying no — almost experimentally — to observe their reactions. In one relationship that had already spiraled into toxicity, marked by insults and even his filming me without my consent, I let the situation drag on far too long. Eventually, I asserted myself firmly, perhaps too firmly. I took control, and he cried. That moment marked a turning point: the boundary was finally clear, but it left behind a bitter aftertaste. It taught me that saying no is not only about self-protection — it also carries consequences, especially when delayed or weaponized by exhaustion.
Je dois avouer que, parfois, je testais les autres en disant non — presque par curiosité — pour observer leurs réactions. Dans une relation qui avait déjà dégénéré en toxicité, marquée par des insultes et même par le fait qu’il me filmait à mon insu, j’ai laissé la situation s’enliser bien trop longtemps. Finalement, je me suis affirmée fermement, peut-être même trop. J’ai pris les choses en main, et il a pleuré. Ce moment a marqué un tournant : la limite était enfin claire, mais il a laissé un goût amer. J’ai appris que dire non n’est pas seulement une question d’autoprotection ; cela a aussi des conséquences, surtout si l’on tarde à le faire ou si l’épuisement devient une arme.

VIRGINITY TEST
With the boy from the wheat fields, communication continued at a distance, calmer on the surface. One day, he asked the inevitable question: “Have you ever slept with anyone?” It wasn’t the first time. Months earlier, at his place, the same topic had surfaced and ended badly — he had filmed me without my knowledge during an intimate moment. This time, I answered yes. He replied: “That’s good.” He explained that he doesn’t like talking with virgin women. The sentence was brief, almost casual, but it resonated deeply. It echoed everything I had already heard — that worth, legitimacy, and desirability were conditional, measurable, and externally validated.
Avec le garçon des champs de blé, la communication se poursuit à distance, plus calme en apparence. Un jour, il posa l’inévitable question : « Tu as déjà couché avec quelqu’un ?» Ce n’était pas la première fois. Des mois plus tôt, chez lui, le même sujet avait été abordé et s’était mal terminé : il m’avait filmée à mon insu lors d’un moment intime. Cette fois, je répondis par l’affirmative. Il répliqua : « C’est bien.» Il expliqua qu’il n’aimait pas parler aux femmes vierges. La phrase était brève, presque désinvolte, mais elle résonna profondément en moi. Elle faisait écho à tout ce que j’avais déjà entendu : la valeur, la légitimité et le désir étaient conditionnels, mesurables et validés par l’extérieur.

MISREADING
He arrived quietly into my daily life, and others noticed before I did. Study sessions, shared jokes, moments that seemed to soften time. His words were light, almost affectionate, but his gestures unsettled me. When his hands approached my shoulders, something felt misaligned. Later, he reproached me for a perceived slight, one I had never intended. I tried to explain, but explanations require symmetry. Without it, silence took over. What had been gentle dissolved into misunderstanding.
Il est entré discrètement dans mon quotidien, et les autres l’ont remarqué avant moi. Des séances de travail, des plaisanteries partagées, des moments qui semblaient adoucir le temps. Ses paroles étaient légères, presque affectueuses, mais certains gestes me mettaient mal à l’aise. Lorsque ses mains ont approché mes épaules, j’ai senti un décalage. Plus tard, il m’a reproché une faute que je n’avais jamais intentionnée. J’ai tenté de m’expliquer, mais l’explication suppose une symétrie. Sans elle, le silence s’est imposé. Ce qui était doux s’est dissous dans le malentendu.

WATCHERS
One night, alone at a concert, an elderly woman approached me under the pretense of talking. I didn’t mind at first, until her tone shifted: “What are you trying to do, young woman?” Then she laughed and said: “We’ve noticed you for a long time. You’re always alone at night.” She seemed puzzled — even disturbed — by the fact that I wasn’t trying to interact with men my age. I told her the truth: I enjoyed being alone. I liked the freedom of being present without obligation, without performance. I wasn’t expecting pressure in a place meant for music. She insisted that what was natural would be to mix with men my age. I refused. She left disappointed, almost angry. I never saw her again. That night, I understood that even solitude could be perceived as deviance.
Un soir, seule à un concert, une vieille dame m’a abordée sous prétexte de discuter. Cela ne m’a pas dérangée au début, jusqu’à ce que son ton change : « Que cherchez-vous à faire, jeune femme ? » Puis elle a ri et a dit : « On vous remarque depuis longtemps. Vous êtes toujours seule le soir. » Elle semblait perplexe, voire troublée, que je ne cherche pas à interagir avec des hommes de mon âge. Je lui ai dit la vérité : j’aimais être seule. J’appréciais la liberté d’être présente sans obligation, sans performance. Je ne m’attendais pas à subir de pression dans un lieu dédié à la musique. Elle a insisté sur le fait que, naturellement, je me serais mêlée à des hommes de mon âge. J’ai refusé. Elle est partie déçue, presque en colère. Je ne l’ai jamais revue. Ce soir-là, j’ai compris que même la solitude pouvait être perçue comme une déviance.

OUT OF SYNC
This trip took me momentarily outside my age group. I traveled to another city to produce a report on a biscuit factory. There, I met the press officer, who welcomed me warmly and guided me through the site. He took the time to explain the processes, the rhythms of production, the logic of the place. Later, he invited me to join him for a meal with a woman winemaker. We were received at her home, then walked through her vineyards as she spoke about her land and her work. The day unfolded without haste, structured by conversation and attention. In the evening, he drove me back to the train station. I remember the clarity of that return — being accompanied without ambiguity, simply brought back to where I needed to be.
Ce déplacement m’a placée, le temps d’une journée, en dehors de mon groupe d’âge. Je suis partie dans une autre ville pour réaliser un reportage sur une usine de biscuits. J’y ai rencontré l’attaché de presse, qui m’a accueillie chaleureusement et fait visiter l’usine. Il prenait le temps d’expliquer les procédés, les cadences, la logique du lieu. Plus tard, il m’a proposé de partager un repas avec une femme vigneronne. Nous avons été invités chez elle, puis nous avons parcouru ses vignes tandis qu’elle parlait de sa terre et de son travail. La journée s’est déroulée sans précipitation, portée par l’échange et l’attention. Le soir, c’est lui qui m’a raccompagnée à la gare. Je me souviens de la netteté de ce retour — être accompagnée sans ambiguïté, simplement ramenée à l’endroit où je devais être.

EXPOSURE
The second meeting took place near her place, familiar ground that initially felt reassuring. The evening unfolded smoothly, conversation flowing without effort. Then, from the back of the bar, her friends intervened, speaking loudly about her romantic situation as if it were public property. Something closed in me. I ended the meeting there, abruptly but deliberately. Later, she insisted on a conversation, again in public — apologies mixed with the suggestion that we see each other again. I listened, but it wasn’t what I wanted. I would have preferred privacy, and above all, a clear decision. Public words can soften tension, but they rarely resolve anything.
La deuxième rencontre a eu lieu près de chez elle, sur un terrain familier qui semblait d’abord rassurant. La soirée se déroulait bien, la conversation était fluide. Puis, au fond du bar, ses amis sont intervenus, parlant à voix haute de sa situation sentimentale comme si elle ne lui appartenait plus. Quelque chose s’est refermé en moi. J’ai mis fin à la rencontre à ce moment-là, de façon abrupte mais volontaire. Plus tard, elle a imposé une discussion, encore une fois en public — entre excuses et proposition de se revoir. J’ai écouté, mais ce n’était pas ce que je souhaitais. J’aurais préféré l’intimité, et surtout, une décision franche. Les mots publics apaisent parfois la tension, mais ils ne règlent rien.

VALIDATED
She was considered one of the most attractive women around. Boys talked about her constantly. She was admired — even envied — yet also deeply pretentious. Her boyfriend at the time was exhausted. She rarely messaged, and showed little care. Eventually, he began seeing someone else. When the situation became public, she was humiliated in front of everyone. What struck me was the reversal. I, labeled “frigid,” was still the one seen leaving with another man while supposedly committed. She, the validated one, collapsed socially when her aura cracked. She dreamed of being an international reporter. She ended up working as a stringer for a local newspaper. Validation, I learned, is fragile — and often conditional.
Elle était considérée comme l’une des femmes les plus séduisantes du coin. Les garçons ne parlaient que d’elle. Elle était admirée, voire enviée, mais aussi profondément prétentieuse. Son petit ami de l’époque était épuisé. Elle lui envoyait rarement des messages et se montrait indifférente. Finalement, il a commencé à fréquenter quelqu’un d’autre. Lorsque l’affaire a éclaté au grand jour, elle a été humiliée publiquement. Ce qui m’a frappée, c’est l’inversion des rôles. Moi, étiquetée « frigide », j’étais toujours celle qu’on voyait partir avec un autre homme alors que j’étais censée être en couple. Elle, celle qui était reconnue, s’est effondrée socialement lorsque son aura s’est brisée. Elle rêvait de devenir reporter international. Elle a fini par travailler comme pigiste pour un journal local. La reconnaissance, j’ai appris, est fragile et souvent conditionnelle.

HERITAGE
“Ellen and her work” — that was how the girls spoke about me. As if I were a project rather than a person. Alongside my studies and my social life, I was constantly doing other things: photography, writing, creating. What might have passed for curiosity or ambition instead became a point of fixation. Some of the girls’ criticism took on an almost pathological intensity, scrutinizing my gestures, my choices, my presence. Their hostility did not exist in isolation; it layered itself onto the already perceptible tensions with boys, amplifying the sense that my existence was being evaluated from all sides.
« Ellen et son œuvre » — c’est ainsi que les filles parlaient de moi. Comme si j’étais un projet plus qu’une personne. En parallèle de mes études et de ma vie sociale, je menais de nombreuses activités : photographie, écriture, création. Ce qui aurait pu passer pour de la curiosité ou de l’élan est devenu un point de fixation. Chez certaines, la critique prenait une intensité presque maladive, scrutant mes gestes, mes choix, ma simple présence. Cette hostilité ne se déployait pas seule : elle s’ajoutait aux tensions déjà perceptibles avec les garçons, renforçant l’impression que mon existence était évaluée de toutes parts.

WEIRDNESS
He sat beside me on the couch during a party. We talked easily; the conversation flowed. He seemed interested. Across the room, on another couch, the boy I was truly drawn to watched us with an amused expression. Another girl exchanged knowing looks with him. Eventually, the boy beside me returned to his girlfriend and launched into a long speech to reassure her. Later that evening, someone told me I was a heartbreaker. At another party, a girl came up the stairs behind me from the bathroom and deliberately knocked a piece of furniture down the stairwell. The boy I liked came down. I stood at the bottom of the steps, facing the broken pieces. I apologized as best I could.
Il était assis à côté de moi sur le canapé, pendant une soirée. La discussion était fluide, agréable. Il semblait intéressé. Sur un autre canapé, le garçon qui m’attirait réellement observait la scène d’un air amusé. Une autre fille échangeait avec lui des regards de connivence. Le garçon a fini par retourner vers sa petite amie, lui adressant un long discours pour la rassurer. Plus tard dans la soirée, un garçon est venu me dire que j’étais un bourreau des cœurs. Lors d’une autre fête, une fille est remontée des toilettes juste derrière moi et a volontairement fait tomber un meuble dans l’escalier. Le garçon qui m’intéressait est descendu. J’étais en bas des marches, face aux débris. Je me suis excusée comme j’ai pu.

THE BRIDGE
I was 26. It was my first time. He was 41. We met on Instagram. He was an architect, a visual artist, recently self-employed. Our first meeting took place in an artists’ residence. He was on duty for a group exhibition. I took a look around. I came back. We laughed, a little surprised, without mentioning the age difference. We talked about having a drink. At the table, I found him handsome, focused on what I was saying. As I walked him back to his bike, I asked him his age. He replied, “1977. ‘ A little stung, I nodded as if it didn’t matter. We continued to see each other. Drinks, walks, late-night messages. One afternoon, he invited me to a guided tour he was organising. Then to dinner. At one point, he asked me what I thought “about all this”. I replied, ‘I like you.’ He told me he was neutral. One evening, we walked for a long time. I was tense. He laughed softly, trying to lighten the mood. When we reached the bridge, he said, ‘Ah, young lady…’ We kissed there, in the night. Our relationship lasted three months. I told him about my virginity. He listened without looking away. I was happy that it happened that way. Not in a rush. Not anonymously. We went on outings, spent a weekend in my hometown. We had picnics and argued over bread. I helped him photograph his work. We weren’t always easy with each other. But above all, I remember feeling accepted. And moving forward without betraying myself.
J’avais 26 ans. C’était ma première fois. Il en avait 41. Nous nous étions rencontrés sur Instagram. Il était architecte, plasticien, indépendant depuis peu. La première rencontre a eu lieu dans une résidence d’artistes. Il assurait une permanence pour une exposition collective. J’ai fait le tour. Je suis revenue. Nous avons ri, un peu surpris, sans nommer la différence d’âge. Nous avons parlé de prendre un verre. À table, je le trouvais beau, concentré sur mes phrases. En le raccompagnant à son vélo, je lui ai demandé son âge. Il a répondu : « 1977. » Un peu piqué. J’ai hoché la tête comme si cela ne changeait rien. Nous avons continué à nous voir. Des verres, des promenades, des messages tard le soir. Un après-midi, il m’a invitée à une visite guidée qu’il organisait. Puis à dîner. À un moment, il m’a demandé ce que je pensais « de tout ça ». J’ai répondu : « Tu me plais. » Il m’a dit qu’il était neutre. Un soir, nous marchions longtemps. J’étais tendue. Il riait doucement, cherchait à alléger l’air. Arrivés sur le pont, il a dit : « Ah, jeune femme… » Nous nous sommes embrassés là, dans la nuit. Notre relation a duré trois mois. Je lui ai parlé de ma virginité. Il a écouté sans détourner le regard. J’étais heureuse que cela arrive ainsi. Pas dans la précipitation. Pas dans l’anonymat. Il y a eu des sorties, un week-end dans ma ville de naissance. Des pique-niques, des disputes sur le pain de mie. Je l’aidais à photographier ses travaux. Nous n’étions pas toujours simples l’un envers l’autre. Mais je me souviens surtout d’avoir été acceptée. Et d’avoir avancé sans me trahir.

AZAZEL
In Jewish tradition, Azazel is the scapegoat — the one sent into the desert during Yom Kippur to carry away the sins of the community. For years, I believed the story was over. It returned when I least expected it. I could not answer directly — only through narrative and time. In reclaiming the story, I was no longer the scapegoat. I was the narrator.
Dans la tradition juive, Azazel est le bouc émissaire, celui qui est envoyé dans le désert pendant Yom Kippour pour emporter les péchés de la communauté. Pendant des années, j’ai cru que cette histoire était terminée. Elle est revenue quand je m’y attendais le moins. Je ne pouvais pas répondre directement, seulement à travers le récit et le temps. En me réappropriant cette histoire, je n’étais plus le bouc émissaire. J’étais le narrateur.

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