Simon CHABROL

Écriture et recherche indépendante (FR/EN)

Technicien de support IT

SEX-ED — A Comprehensive History

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Sex education is a complex and sometimes difficult topic across the world. How to properly introduce sexuality to young boys and girls ? At which ages ? With what kind of words ? The idea of this article is to recall the long and difficult history of sex education programs, and the possible perspectives of these classes. The topic will be discussed chronologically, from earliest “Moral and Hygiene” programs to modern Sex-Ed classes. For simplicity, the main countries selected for this article are the United States, the United Kingdom and France. For recent history, some discussions are added regarding the issues in the “developing-world”.

L’éducation sexuelle est un sujet complexe et parfois difficile à travers le monde. Comment aborder correctement la sexualité avec les jeunes garçons et filles ? À quel âge ? Avec quels mots ? L’objectif de cet article est de rappeler la longue et difficile histoire des programmes d’éducation sexuelle, ainsi que les perspectives possibles de ces cours. Le sujet sera abordé de manière chronologique, depuis les premiers programmes « d’hygiène et de morale » jusqu’aux cours d’éducation sexuelle modernes. Pour plus de simplicité, les principaux pays sélectionnés pour cet article sont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Pour l’histoire récente, certaines discussions sont ajoutées concernant les questions relatives aux « pays en développement ».

· 19th Century: Moral and Hygiene-Based Beginnings
· Early 20th Century: The Social Hygiene Movement
· Mid-20th Century: Medicalization and Resistance
· 1960s–1970s: The Sexual Revolution and Comprehensive Education
· 1980s: The HIV/AIDS Crisis
· 2010s–Present: Digital Era and Cultural Debates

19th Century: Moral and Hygiene-Based Beginnings

  • 1820s–1850s — Early “moral education” movements in Europe and North America addressed sexual behavior indirectly through religion and morality.
  • 1870s–1890s — The rise of public health campaigns against prostitution and venereal diseases introduced the first “social hygiene” lessons, especially in Britain, Germany, and the U.S.

  • Années 1820-1850 — Les premiers mouvements d’« éducation morale » en Europe et en Amérique du Nord abordaient indirectement le comportement sexuel à travers la religion et la morale.
  • Années 1870-1890 L’essor des campagnes de santé publique contre la prostitution et les maladies vénériennes a donné lieu aux premiers cours d’« hygiène sociale », notamment en Grande-Bretagne, en Allemagne et aux États-Unis.

The earliest forms of sex education classes were generally religious in their forms, and “morality-oriented”. It meant that the goal of these classes was not to teach about reproduction and sexual health, but to clearly orient the sexuality toward a religious and moral goal. The idea of “health-oriented” sexual education campaigns emerged during the Industrial Revolution. The growing population in industrial towns led to an increased use of prostitution by workers — mainly men. At the time, during the 1870s-1890s, many modern solutions were non-existent or prohibitive : contraception, condoms, medications… It meant that several diseases were untreatable, the most famous and deadly one being the syphilis — well-known and documented, especially for the unfortunate and painful fate of people suffering from third stage syphilis, leading to bones and nerves damages. The topic remained controversial and the new programs, while introducing the “health” concept, were still focused on abstinence and moral values.

Les premières formes de cours d’éducation sexuelle étaient généralement de nature religieuse et « axées sur la moralité ». Cela signifiait que l’objectif de ces cours n’était pas d’enseigner la reproduction et la santé sexuelle, mais d’orienter clairement la sexualité vers un objectif religieux et moral. L’idée de campagnes d’éducation sexuelle « axées sur la santé » est apparue pendant la révolution industrielle. La croissance démographique dans les villes industrielles a entraîné une augmentation du recours à la prostitution par les travailleurs, principalement des hommes. À l’époque, entre les années 1870 et 1890, de nombreuses solutions modernes n’existaient pas ou étaient prohibitives : contraception, préservatifs, médicaments… Cela signifiait que plusieurs maladies étaient incurables, la plus connue et la plus mortelle étant la syphilis, bien connue et documentée, en particulier pour le sort malheureux et douloureux des personnes souffrant de syphilis au troisième stade, entraînant des lésions osseuses et nerveuses. Le sujet restait controversé et les nouveaux programmes, tout en introduisant le concept de « santé », continuaient à mettre l’accent sur l’abstinence et les valeurs morales.

In the United States, the Comstock Laws (1873) criminalized the mailing of “obscene” materials — which included contraception and information about sex. This made formal sex education legally risky and framed sexuality as indecent. In the United Kingdom, the Contagious Diseases Acts (1860s) allowed police to forcibly examine women suspected of prostitution for venereal disease. Even though these laws were repealed by 1886 after feminist protest, they cemented the idea that sexual behavior was a public health issue under state control.

Aux États-Unis, les lois Comstock (1873) criminalisaient l’envoi par la poste de matériel « obscène », ce qui incluait les moyens de contraception et les informations sur la sexualité. Cela rendait l’éducation sexuelle formelle juridiquement risquée et présentait la sexualité comme indécente. Au Royaume-Uni, les lois sur les maladies contagieuses (Contagious Diseases Acts, années 1860) autorisaient la police à examiner de force les femmes soupçonnées de prostitution afin de détecter d’éventuelles maladies vénériennes. Même si ces lois ont été abrogées en 1886 à la suite de protestations féministes, elles ont ancré l’idée que le comportement sexuel était une question de santé publique relevant du contrôle de l’État.

Early 20th Century: The Social Hygiene Movement

  • 1900–1920 — The Social Hygiene Movement gained influence, framing sex education as a public health necessity.
  • 1914: The American Social Hygiene Association was founded. Lessons focused on preventing disease and promoting moral behavior, not sexual rights or pleasure.
  • 1910s–1920s — Some U.S. schools began offering formal lectures on “human biology” and “reproduction,” usually emphasizing abstinence.

  • 1900-1920 Le mouvement pour l’hygiène sociale gagne en influence, présentant l’éducation sexuelle comme une nécessité de santé publique.
  • 1914 : Fondation de l’American Social Hygiene Association. Les cours sont axés sur la prévention des maladies et la promotion d’un comportement moral, et non sur les droits sexuels ou le plaisir.
  • Années 1910-1920 — Certaines écoles américaines commencent à proposer des cours formels sur la « biologie humaine » et la « reproduction », mettant généralement l’accent sur l’abstinence.

With growing secularism in many societies and countries, a shift was noticeable from moral/religious programs to public health programs. The topic began to be progressively controlled by the public sector with the emergence of public health services. It was during this period that few experiences were put in place to introduce human biology and reproduction. A necessary step to handle the topic in the right way : sexual rights, pleasure, communication, feelings and so on.

Avec la sécularisation croissante de nombreuses sociétés et de nombreux pays, on observe un glissement des programmes moraux/religieux vers des programmes de santé publique. Le sujet commence à être progressivement contrôlé par le secteur public avec l’émergence des services de santé publique. C’est au cours de cette période que quelques expériences sont mises en place pour introduire la biologie humaine et la reproduction. Une étape nécessaire pour aborder le sujet de la bonne manière : droits sexuels, plaisir, communication, sentiments, etc.

Poster for the Hygiene Congress in Hamburg, 1912

A key event across the world — or at least in several countries — halted the progress of sexual education programs : natalism — promotion of or advocacy for childbearing. After the enormous loss of lives — especially men — following WWI, nearly all involved countries focused on birth rates. More problematic during the “interwar-period” (1920s-1930s), several countries adopted eugenics politics, especially the United States and Nazi Germany

Un événement majeur à travers le monde, ou du moins dans plusieurs pays, a freiné les progrès des programmes d’éducation sexuelle : le natalisme, c’est-à-dire la promotion ou la défense de la natalité. Après les pertes humaines considérables, notamment chez les hommes, causées par la Première Guerre mondiale, presque tous les pays concernés se sont concentrés sur les taux de natalité. Plus problématique pendant l’« entre-deux-guerres » (années 1920-1930), plusieurs pays ont adopté des politiques eugéniques, en particulier les États-Unis et l’Allemagne nazie.

In the United States, the Social Hygiene Movement continued from the early 1900s into the 1920s, now blending public health, eugenics, and moral reform. Organizations such as the American Social Hygiene Association (ASHA) promoted chastity before marriage and “clean living” as patriotic virtues. Educational materials warned of venereal diseases but rarely discussed contraception or pleasure. In the 1930s, eugenic ideas gained prominence: “fit” families were encouraged to reproduce, while marginalized groups — immigrants, African Americans, people with disabilities — were often subject to coercive sterilization. State “hygiene” classes in schools taught basic anatomy and reproduction as civic duty, not as personal knowledge.

Aux États-Unis, le mouvement pour l’hygiène sociale s’est poursuivi du début des années 1900 jusqu’aux années 1920, mêlant désormais santé publique, eugénisme et réforme morale. Des organisations telles que l’American Social Hygiene Association (ASHA) encourageaient la chasteté avant le mariage et une « vie saine » comme vertus patriotiques. Les supports pédagogiques mettaient en garde contre les maladies vénériennes, mais abordaient rarement la contraception ou le plaisir. Dans les années 1930, les idées eugéniques ont pris de l’importance : les familles « aptes » étaient encouragées à se reproduire, tandis que les groupes marginalisés — immigrants, Afro-Américains, personnes handicapées — étaient souvent soumis à une stérilisation forcée. Les cours d’« hygiène » dispensés dans les écoles publiques enseignaient l’anatomie de base et la reproduction comme un devoir civique, et non comme une connaissance personnelle.

In Britain, early twentieth-century sex education remained bound to moral and religious discourses. The Social Hygiene Council and Moral Welfare Council organized lectures warning against prostitution and “moral decline.” Schools rarely mentioned sexual topics except through biology lessons about reproduction. During the interwar years, British authorities also linked sexual health to national efficiency. Eugenic rhetoric influenced public policy — encouraging “sound families” and discouraging the reproduction of the “unfit.” The rise of venereal disease during both World Wars led to government campaigns such as “Keep Fit for Victory” and “VD: Don’t Let It Cripple You.”. By the 1940s, the concept of sex education had a fragile legitimacy: acceptable only when framed as public health for national survival. Pleasure and gender equality remained taboo.

En Grande-Bretagne, au début du XXe siècle, l’éducation sexuelle restait liée aux discours moraux et religieux. Le Conseil d’hygiène sociale et le Conseil du bien-être moral organisaient des conférences mettant en garde contre la prostitution et le « déclin moral ». Les écoles abordaient rarement les questions sexuelles, sauf dans le cadre des cours de biologie sur la reproduction. Pendant l’entre-deux-guerres, les autorités britanniques ont également établi un lien entre la santé sexuelle et l’efficacité nationale. La rhétorique eugéniste a influencé les politiques publiques, encourageant les « familles saines » et décourageant la reproduction des « inaptes ». L’augmentation des maladies vénériennes pendant les deux guerres mondiales a donné lieu à des campagnes gouvernementales telles que « Keep Fit for Victory » (Restez en forme pour la victoire) et « VD: Don’t Let It Cripple You » (Les MST : ne les laissez pas vous handicaper). Dans les années 1940, le concept d’éducation sexuelle avait une légitimité fragile : il n’était acceptable que s’il était présenté comme une question de santé publique pour la survie nationale. Le plaisir et l’égalité des sexes restaient tabous.

After the devastation of World War I, France adopted an overtly pronatalist policy, fearing national decline. Under the Law of July 31, 1920, any public information about contraception or abortion was criminalized. Instead, schools and public discourse emphasized family values, maternal virtue, and patriotic motherhood. The Alliance nationale pour l’accroissement de la population (National Alliance for Population Growth) led mass propaganda campaigns celebrating large families. Posters such as “Famille nombreuse, famille heureuse” (“Large family, happy family”) idealized motherhood as a civic duty. When sex education was mentioned, it was only to highlight biological reproduction within marriage, never desire, contraception, or equality. The Code de la Famille (1939) institutionalized this ideology by rewarding families with many children and punishing abortion. Thus, French “sex education” between the wars served as an instrument of moral control and demographic policy

Après les ravages de la Première Guerre mondiale, la France a adopté une politique ouvertement nataliste, craignant le déclin national. En vertu de la loi du 31 juillet 1920, toute information publique sur la contraception ou l’avortement était criminalisée. Au contraire, les écoles et le discours public mettaient l’accent sur les valeurs familiales, la vertu maternelle et la maternité patriotique. L’Alliance nationale pour l’accroissement de la population a mené des campagnes de propagande de masse célébrant les familles nombreuses. Des affiches telles que « Famille nombreuse, famille heureuse » idéalisaient la maternité comme un devoir civique. Lorsque l’éducation sexuelle était mentionnée, c’était uniquement pour mettre en avant la reproduction biologique dans le cadre du mariage, jamais le désir, la contraception ou l’égalité. Le Code de la famille (1939) a institutionnalisé cette idéologie en récompensant les familles nombreuses et en punissant l’avortement. Ainsi, l’« éducation sexuelle » française de l’entre-deux-guerres a servi d’instrument de contrôle moral et de politique démographique.

Under the Nazi regime (1933–1945), sex education became part of racial ideology. The state promoted the fertility of “racially pure” Aryans while discouraging or forcibly preventing reproduction among Jews, Roma, and other groups labeled “undesirable.”. Youth organizations such as the Bund Deutscher Mädel (BDM) taught girls that their highest duty was motherhood for the Führer. Instruction focused on hygiene, racial science, and obedience — not sexuality or mutual respect. The Lebensborn program (1935 onward) provided state support for unmarried “racially suitable” mothers to give birth to “Aryan” children. Contraception and abortion were strictly forbidden for “German” women but encouraged or enforced among others. Sexual education thus became an explicit tool of biopolitical control, merging eugenics, nationalism, and misogyny.

Sous le régime nazi (1933-1945), l’éducation sexuelle a été intégrée à l’idéologie raciale. L’État encourageait la fertilité des Aryens « racialement purs » tout en décourageant ou en empêchant de force la reproduction chez les Juifs, les Roms et d’autres groupes qualifiés d’« indésirables ». Les organisations de jeunesse telles que le Bund Deutscher Mädel (BDM) enseignaient aux filles que leur devoir suprême était d’être mères pour le Führer. L’enseignement était axé sur l’hygiène, la science raciale et l’obéissance, et non sur la sexualité ou le respect mutuel. Le programme Lebensborn (à partir de 1935) offrait un soutien de l’État aux mères célibataires « racialement aptes » pour qu’elles donnent naissance à des enfants « aryens ». La contraception et l’avortement étaient strictement interdits aux femmes « allemandes », mais encouragés ou imposés aux autres. L’éducation sexuelle est ainsi devenue un outil explicite de contrôle biopolitique, fusionnant eugénisme, nationalisme et misogynie.

Mid-20th Century: Medicalization and Resistance

  • 1940s–1950s — With World War II and postwar fears of sexually transmitted infections (STIs), governments began linking sexual behavior to national health. Films and pamphlets about venereal disease prevention became common.
  • 1948 — Alfred Kinsey’s Sexual Behavior in the Human Male (and later in the Human Female, 1953) challenged traditional views and sparked controversy, influencing later debates.
  • 1950s–1960s — Conservative backlash limited progress; most education remained biological and moralistic.

  • Années 1940-1950 — Avec la Seconde Guerre mondiale et les craintes d’après-guerre liées aux infections sexuellement transmissibles (IST), les gouvernements ont commencé à établir un lien entre le comportement sexuel et la santé nationale. Les films et les brochures sur la prévention des maladies vénériennes sont devenus courants.
  • 1948 — L’ouvrage d’Alfred Kinsey intitulé Sexual Behavior in the Human Male (et plus tard Human Female, 1953) remet en question les idées traditionnelles et suscite la controverse, influençant les débats ultérieurs.
  • Années 1950-1960 — La réaction conservatrice limite les progrès ; l’éducation reste principalement biologique et moraliste.

US Government Agency, Public domain, via Wikimedia Commons

The breakthrough regarding sexual education occurred with the infamous Kinsey’s Reports (Male and Female Sexuality) in 1948 and 1953. The reports were extremely innovative at the time of their release. For the first time, human sexuality was discussed in true scientific terms : survey, scales, male/female comparison, sociological issues and so on. A few years before, WWII had already forced authorities to prevent sexual disease spreading, especially among soldiers — a move that forced authorities to publish movies, pamphlets and even posters to discuss the topic.

La percée en matière d’éducation sexuelle s’est produite avec les célèbres rapports Kinsey (Sexualité masculine et féminine) en 1948 et 1953. Ces rapports étaient extrêmement novateurs à l’époque de leur publication. Pour la première fois, la sexualité humaine était abordée en termes véritablement scientifiques : enquêtes, échelles, comparaison entre les hommes et les femmes, questions sociologiques, etc. Quelques années auparavant, la Seconde Guerre mondiale avait déjà contraint les autorités à prévenir la propagation des maladies sexuellement transmissibles, en particulier parmi les soldats, ce qui les avait obligées à publier des films, des brochures et même des affiches pour aborder le sujet.

1960s–1970s: The Sexual Revolution and Comprehensive Education

  • 1960 — The contraceptive pill was introduced, revolutionizing reproductive autonomy.
  • Late 1960s — Activism around women’s liberation and gay rights expanded the scope of sex education to include pleasure, consent, and identity.
  • 1964 — The Sex Information and Education Council of the United States (SIECUS) was founded, advocating for comprehensive, science-based curricula.
  • 1970s — Many European nations integrated sexuality education into health or social studies programs.

  • 1960 — La pilule contraceptive fait son apparition, révolutionnant l’autonomie reproductive.
  • Fin des années 1960 — Le militantisme autour de la libération des femmes et des droits des homosexuels élargit le champ de l’éducation sexuelle pour y inclure le plaisir, le consentement et l’identité.
  • 1964 — Le Conseil américain d’information et d’éducation sur la sexualité (SIECUS) est fondé, prônant des programmes scolaires complets et fondés sur des données scientifiques.
  • Années 1970 — De nombreux pays européens intègrent l’éducation sexuelle dans leurs programmes d’études sur la santé ou les sciences sociales.

The 1960s-1970s, along with Kinsey’s Reports, were almost the most influential years on the evolution of sexual education : women’s rights activism, May 68 protests in many countries, contraceptive pills… All these events led to unavoidable change in sexual education programs. The shift was nearly complete in the 1970s with the introduction of “science-based” sexual education programs in European countries. 

Les années 1960-1970, parallèlement aux rapports Kinsey, ont été parmi les plus influentes dans l’évolution de l’éducation sexuelle : militantisme pour les droits des femmes, manifestations de mai 68 dans de nombreux pays, pilule contraceptive… Tous ces événements ont conduit à un changement inévitable dans les programmes d’éducation sexuelle. Cette transition s’est presque achevée dans les années 1970 avec l’introduction de programmes d’éducation sexuelle « fondés sur la science » dans les pays européens.

The Sex Information and Education Council of the United States (SIECUS), founded in 1964 by Dr. Mary Calderone, explicitly promoted “comprehensive sex education” in schools, including topics like anatomy, contraception, pleasure, and relationships — totally radical for the time. In many districts, parents and conservative groups fought to ban SIECUS-style curricula, calling them obscene or anti-family. Access to contraception was gradually liberalized: U.S. Supreme Court cases like Griswold v. Connecticut (1965) for married couples and Eisenstadt v. Baird (1972) for unmarried people made birth control legally accessible, which in turn made teaching about it more relevant. The birth control pill (1960) separated sex from reproduction for millions of women. Second-wave feminism insisted that understanding your own body, consent, and pleasure was political. LGBTQ+ rights activism (after Stonewall, 1969) began challenging strictly heterosexual frameworks.

Le Conseil américain pour l’information et l’éducation sexuelle (SIECUS), fondé en 1964 par le Dr Mary Calderone, a explicitement promu une « éducation sexuelle complète » dans les écoles, incluant des sujets tels que l’anatomie, la contraception, le plaisir et les relations, ce qui était totalement radical à l’époque. Dans de nombreux districts, les parents et les groupes conservateurs se sont battus pour interdire les programmes scolaires de type SIECUS, les qualifiant d’obscènes ou d’anti-familiaux. L’accès à la contraception a été progressivement libéralisé : des affaires jugées par la Cour suprême des États-Unis, telles que Griswold v. Connecticut (1965) pour les couples mariés et Eisenstadt v. Baird (1972) pour les personnes non mariées, ont rendu la contraception légalement accessible, ce qui a rendu son enseignement plus pertinent. La pilule contraceptive (1960) a séparé la sexualité de la reproduction pour des millions de femmes. La deuxième vague du féminisme a insisté sur le fait que la compréhension de son propre corps, du consentement et du plaisir était une question politique. Le militantisme pour les droits des LGBTQ+ (après Stonewall, 1969) a commencé à remettre en question les cadres strictement hétérosexuels.

In the United Kingdom, school “personal and social education” units began to include puberty, reproduction, and contraception in the late 1960s–70s. The Family Planning Act (1967) allowed local authorities to offer contraceptive advice, including to unmarried people, which indirectly normalized talking about contraception with youth. The Abortion Act (1967) legalized abortion (under certain conditions) in Great Britain, pushing sex ed to address unintended pregnancy as a solvable medical/social issue, not just a moral catastrophe.

Au Royaume-Uni, les modules scolaires consacrés à « l’éducation personnelle et sociale » ont commencé à inclure la puberté, la reproduction et la contraception à la fin des années 1960 et dans les années 1970. La loi sur le planning familial (1967) a permis aux autorités locales de proposer des conseils en matière de contraception, y compris aux personnes non mariées, ce qui a indirectement normalisé le fait de parler de contraception avec les jeunes. La loi sur l’avortement (1967) a légalisé l’avortement (sous certaines conditions) en Grande-Bretagne, poussant l’éducation sexuelle à aborder les grossesses non désirées comme un problème médical/social soluble, et non comme une catastrophe morale.

In France, the Neuwirth Law (1967) legalized contraception information and later access to contraceptives. The Loi Veil (1975) legalized abortion under certain conditions. In 1973 and onward France began introducing “éducation sexuelle” in schools as part of health and civic responsibility.

En France, la loi Neuwirth (1967) a légalisé l’information sur la contraception, puis l’accès aux contraceptifs. La loi Veil (1975) a légalisé l’avortement sous certaines conditions. À partir de 1973, la France a commencé à introduire l’éducation sexuelle dans les écoles dans le cadre de l’éducation à la santé et à la citoyenneté

1980s: The HIV/AIDS Crisis

  • The emergence of HIV/AIDS forced governments worldwide to confront the consequences of inadequate sexual education.
  • Education shifted toward risk reduction, condom use, and destigmatization.
  • 1986 — UNESCO and the World Health Organization (WHO) issued international guidelines promoting factual, preventive education.

  • L’émergence du VIH/SIDA a contraint les gouvernements du monde entier à faire face aux conséquences d’une éducation sexuelle inadéquate.
  • L’éducation s’est orientée vers la réduction des risques, l’utilisation du préservatif et la déstigmatisation.
  • 1986 — L’UNESCO et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont publié des lignes directrices internationales promouvant une éducation factuelle et préventive.

The HIV/AIDS crisis was influential too regarding sexual education. The threat of this disease inevitably forced the public health sector in many countries to push in favor of condoms. In the US, the topic remained controversial against the “abstinence-based” programs. It was also during this period that the topic of homosexuality — and also several forms of sexuality like prostitution — was discussed not only as a stigma, but as a major public health topic. The HIV/AIDS crisis would ultimately force changes in public health programs, with a better emphasis on these vulnerable parts of the population (sex workers, homosexuals…). The next decade saw a consolidation of this movement with the International Conference on Population and Development (Cairo) (which recognized sexual and reproductive rights as fundamental human rights) and the introduction of the concept of Comprehensive Sexuality Education (CSE) gained prominence through UNESCO and UNFPA programs, emphasizing gender equality, consent, and diversity.

La crise du VIH/SIDA a également eu une influence sur l’éducation sexuelle. La menace de cette maladie a inévitablement contraint le secteur de la santé publique de nombreux pays à promouvoir l’utilisation des préservatifs. Aux États-Unis, le sujet est resté controversé face aux programmes prônant « l’abstinence ». C’est également à cette période que le sujet de l’homosexualité, ainsi que plusieurs formes de sexualité comme la prostitution, ont été abordés non seulement comme une stigmatisation, mais aussi comme un enjeu majeur de santé publique. La crise du VIH/sida a finalement entraîné des changements dans les programmes de santé publique, qui ont accordé une plus grande importance à ces populations vulnérables (travailleurs du sexe, homosexuels, etc.). La décennie suivante a vu la consolidation de ce mouvement avec la Conférence internationale sur la population et le développement (Le Caire) (qui a reconnu les droits sexuels et reproductifs comme des droits humains fondamentaux) et l’introduction du concept d’éducation sexuelle complète (ESC) qui a pris de l’importance grâce aux programmes de l’UNESCO et du FNUAP, mettant l’accent sur l’égalité des sexes, le consentement et la diversité.

In the United States, HIV/AIDS forces schools, media, and governments to talk about condoms, needle use, and safer sex. LGBTQ+ activists and public health educators create some of the first openly queer-inclusive safer-sex materials. Starting in the 1980s and accelerating in the 1990s, U.S. federal funding increasingly supports abstinence-only education, especially under Title V (1996). These programs often prohibit discussion of contraception except to stress failure rates. States and school districts become battlegrounds: some adopt comprehensive HIV/sex ed; others mandate abstinence until marriage. The AIDS crisis humanizes the stakes of misinformation but also fuels homophobic backlash. Sex ed becomes a proxy fight over LGBTQ+ rights, gender roles, and religion in schools.

Aux États-Unis, le VIH/sida oblige les écoles, les médias et les gouvernements à parler des préservatifs, de l’utilisation des seringues et des rapports sexuels protégés. Les militants LGBTQ+ et les éducateurs en santé publique créent certains des premiers supports d’information sur les rapports sexuels protégés ouvertement inclusifs envers les personnes queer. À partir des années 1980 et de manière accélérée dans les années 1990, les fonds fédéraux américains soutiennent de plus en plus l’éducation prônant l’abstinence, en particulier dans le cadre du Titre V (1996). Ces programmes interdisent souvent toute discussion sur la contraception, sauf pour souligner les taux d’échec. Les États et les districts scolaires deviennent des champs de bataille : certains adoptent une éducation sexuelle complète sur le VIH, d’autres imposent l’abstinence jusqu’au mariage. La crise du sida humanise les enjeux de la désinformation, mais alimente également les réactions homophobes. L’éducation sexuelle devient un combat par procuration sur les droits LGBTQ+, les rôles de genre et la religion dans les écoles.

In the United Kingdom, the mass public health campaigns (“Don’t Die of Ignorance”) in the late 1980s openly explained HIV transmission and condom use. Schools expanded “sex and relationships education.”. Section 28 (1988) prohibited local authorities (including schools) from “promoting homosexuality.” This chilled honest, LGBTQ+-inclusive sex education for over a decade.

Au Royaume-Uni, les campagnes de santé publique de grande envergure (« Don’t Die of Ignorance ») menées à la fin des années 1980 expliquent ouvertement la transmission du VIH et l’utilisation du préservatif. Les écoles ont élargi leur programme d’éducation sexuelle et relationnelle. L’article 28 (1988) interdisait aux autorités locales (y compris les écoles) de « promouvoir l’homosexualité ». Cela a freiné pendant plus d’une décennie l’éducation sexuelle honnête et inclusive envers les personnes LGBTQ+.

In France, Jean-Marie Le Pen (National Front leader) caused a scandal in 1987 on television by describing AIDS patients as “lepers” who infect others through “sweat, tears and saliva” and advocating the construction of ‘Sidatoriums’ to isolate them.

En France, Jean-Marie Le Pen (leader du Front national) a provoqué un scandale à la télévision en 1987 en qualifiant les malades du sida de « lépreux » qui contaminent les autres par « la sueur, les larmes et la salive » et en préconisant la construction de « sidatoriums » pour les isoler.

2010s–Present: Digital Era and Cultural Debates

  • Global expansion of CSE faced political and religious resistance in several countries.
  • 2018 — UNESCO published the updated International Technical Guidance on Sexuality Education, setting global standards.
  • The rise of the internet and social media has both empowered youth with access to information and complicated regulation due to misinformation and pornography.
  • Current trends emphasize inclusive education addressing LGBTQ+ issues, consent, online safety, and gender-based violence.

  • L’expansion mondiale de l’ESC s’est heurtée à une résistance politique et religieuse dans plusieurs pays.
  • 2018 — L’UNESCO a publié la mise à jour des Directives techniques internationales sur l’éducation sexuelle, établissant des normes mondiales.
  • L’essor d’Internet et des réseaux sociaux a à la fois donné aux jeunes les moyens d’accéder à l’information et compliqué la réglementation en raison de la désinformation et de la pornographie.
  • Les tendances actuelles mettent l’accent sur une éducation inclusive abordant les questions LGBTQ+, le consentement, la sécurité en ligne et la violence sexiste.

From the early 2000s/2010s and onward, the sexual education framework is still consolidating. In the United States, there is still a struggle between the “science-based” and “abstinence-based” sexual education programs. The current topic is how to properly educate young boys and girls in Southern countries, especially the poorest and unstable ones. Given increasing and concerning birth rates in several of these countries, the topic is now considered an international priority — both to educate young people and also to ensure a smooth birth rate control in these countries. The WHO (World Health Organization) now speaks of “Comprehensive Sexual Education” (CSE).

Depuis le début des années 2000/2010, le cadre de l’éducation sexuelle est toujours en cours de consolidation. Aux États-Unis, la lutte entre les programmes d’éducation sexuelle « fondés sur la science » et « fondés sur l’abstinence » se poursuit. La question actuelle est de savoir comment éduquer correctement les jeunes garçons et filles dans les pays du Sud, en particulier les plus pauvres et les plus instables. Compte tenu de l’augmentation préoccupante des taux de natalité dans plusieurs de ces pays, ce sujet est désormais considéré comme une priorité internationale, tant pour éduquer les jeunes que pour assurer un contrôle harmonieux de la natalité dans ces pays. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) parle désormais d’« éducation sexuelle complète » (ESC). 

Comprehensive sexuality education (CSE) gives young people accurate, age-appropriate information about sexuality and their sexual and reproductive health, which is critical for their health and survival.

While CSE programmes will be different everywhere, the United Nations’ technical guidance — which was developed together by UNESCO, UNFPA, UNICEF, UN Women, UNAIDS and WHO — recommends that these programmes should be based on an established curriculum; scientifically accurate; tailored for different ages; and comprehensive, meaning they cover a range of topics on sexuality and sexual and reproductive health, throughout childhood and adolescence.

Topics covered by CSE, which can also be called life skills, family life education and a variety of other names, include, but are not limited to, families and relationships; respect, consent and bodily autonomy; anatomy, puberty and menstruation; contraception and pregnancy; and sexually transmitted infections, including HIV.


L’éducation sexuelle complète (ESC) fournit aux jeunes des informations précises et adaptées à leur âge sur la sexualité et leur santé sexuelle et reproductive, ce qui est essentiel pour leur santé et leur survie.

Si les programmes d’ECS varient d’un endroit à l’autre, les directives techniques des Nations Unies, élaborées conjointement par l’UNESCO, le FNUAP, l’UNICEF, ONU Femmes, l’ONUSIDA et l’OMS, recommandent que ces programmes soient basés sur un programme d’études établi, scientifiquement exacts, adaptés aux différents âges et complets, c’est-à-dire qu’ils couvrent un large éventail de sujets liés à la sexualité et à la santé sexuelle et reproductive, tout au long de l’enfance et de l’adolescence.

Les thèmes abordés par l’ESC, également appelée « compétences de vie », « éducation à la vie familiale » ou sous divers autres noms, comprennent, sans s’y limiter, les familles et les relations ; le respect, le consentement et l’autonomie corporelle ; l’anatomie, la puberté et la menstruation ; la contraception et la grossesse ; et les infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH.

An ICS volunteer delivers a sexual health lesson (International Citizen Service. Remi Bumstead., CC BY 2.0 via Wikimedia Commons)

The modern consensus today on the topic of sexual education is that “abstinence-only” programs are ineffective and potentially harmful. The emerging questions — put aside the developing countries issues — is how to handle new societal challenges. Especially LGBTQ+ rights and religious renewal in modern countries. Sex-ed classes are still controversial for several reasons today. One of them is their importance given the possibility for young people to discover sexuality in a poor way on the internet — especially pornography. Something problematic when this kind of content is assimilated by young people as a “standard” for sexuality and relationships. Another concern is how to deal with human complexity in standardized sexual education classes, especially for LGBTQ+ and atypical people. All these topics won’t be explored here — as this article is about the history of sexual education — but are interesting and legitimate concerns.

Le consensus actuel sur le thème de l’éducation sexuelle est que les programmes prônant « l’abstinence totale » sont inefficaces et potentiellement néfastes. Les questions qui se posent désormais, abstraction faite des problèmes rencontrés dans les pays en développement, concernent la manière de gérer les nouveaux défis sociétaux. Notamment les droits des personnes LGBTQ+ et le renouveau religieux dans les pays modernes. Les cours d’éducation sexuelle restent controversés aujourd’hui pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est leur importance, étant donné la possibilité pour les jeunes de découvrir la sexualité de manière inappropriée sur Internet, en particulier à travers la pornographie. Cela pose problème lorsque ce type de contenu est assimilé par les jeunes comme une « norme » en matière de sexualité et de relations. Une autre préoccupation concerne la manière de traiter la complexité humaine dans les cours d’éducation sexuelle standardisés, en particulier pour les personnes LGBTQ+ et atypiques. Tous ces sujets ne seront pas abordés ici, car cet article porte sur l’histoire de l’éducation sexuelle, mais ils constituent des préoccupations intéressantes et légitimes.

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