My link with Algeria is through my family history. My grandfather — born in Metropolitan France at the time — was a “coopérant” working for the Water and Forests in Algeria. When he and his wife arrived in French Algeria in 1946, they were deeply shocked by the poverty and rampant inequalities in rural French Algeria. He supported independence for Algeria during the Algerian War (1954–1962) and stayed until 1974 in Algeria after the independence. My father was born in Algeria, in Miliana. He witnessed the Algerian War as a young boy.
Mon lien avec l’Algérie vient de mon histoire familiale. Mon grand-père, qui est né en France métropolitaine à l’époque, était coopérant et travaillait pour les Eaux et Forêts en Algérie. Lorsque lui et sa femme sont arrivés en Algérie française en 1946, ils ont été profondément choqués par la pauvreté et les inégalités flagrantes qui régnaient dans les zones rurales. Il était favorable à l’indépendance pendant la guerre d’Algérie (1954–1962) et est resté jusqu’en 1974 en Algérie après l’indépendance. Mon père est né en Algérie, à Miliana. Il a été témoin de la guerre d’Algérie lorsqu’il était enfant.


I have a personal link too with this country. I’m fond of Algerian literature. Especially Kateb Yacine (“Nedjma”), Mohamed Dib (“La Grande Maison”), Assia Djebar (“La Disparition de la langue française”) and my favorite, Mouloud Feraoun (“Le Fils du Pauvre”). I also had a great interest in Algerian history, especially the Algerian Civil War (1992–2002). Camus as well: although not Algerian, he vividly described Algeria — especially Oran. Camus must be credited with another critical fact : he exposed in 1938 (in the “Alger Republicain” newspaper) the extreme misery suffered by people in Kabylia. The report sparked outrage. While strongly disagreeing with the anti-French feeling of several top Algerian politicians and some Algerians too — a political stance to avoid discussing the true daily matters of Algerian people — the fact is that I remain curious about its people and culture.
J’ai également un lien personnel avec ce pays. J’apprécie beaucoup la littérature algérienne. En particulier Kateb Yacine (« Nedjma »), Mohamed Dib (« La Grande Maison »), Assia Djebar (« La Disparition de la langue française ») et mon préféré, Mouloud Feraoun (« Le Fils du Pauvre »). Je m’intéresse également beaucoup à l’histoire algérienne, en particulier à la guerre civile algérienne (1992–2002). Camus aussi. Bien qu’il ne soit pas algérien, il a décrit de manière très vivante l’Algérie, en particulier Oran, dans son petit essai « L’Été ». Il faut également reconnaître à Camus un autre fait essentiel : il a dénoncé en 1938 (dans le journal « L’Algérien républicain ») l’extrême misère dont souffrait la population de Kabylie. Son reportage a suscité l’indignation. Même si je suis en total désaccord avec le sentiment anti-français de plusieurs hauts responsables politiques algériens et de certains Algériens, une position politique qui évite d’aborder les véritables problèmes quotidiens du peuple algérien, je reste curieux de découvrir ce peuple et sa culture.


I watched several documentaries regarding the Algerian War. A controversial topic on both sides of the Mediterranean sea. For the French, the general feeling is that Algerians are too demanding regarding the Algerian War and colonization past. In French society, the discussions on Harkis (Algerian Muslims soldiers who fought on the French side during the Algerian War) and Pieds-Noirs (poor/modest settlers in French Algeria who sought refuge in Metropolitan France after the Independence war) are the most heated ones. Many believed that too little was done to protect and properly welcome the Harkis : many were left behind, and those rescued were unfairly treated in France: facing discrimination and lacking recognition for their sacrifices. Regarding the Pieds-Noirs, the topic remains controversial, both because of the struggles many of them faced after their departure from Algeria in 1962 (many left French Algeria with nothing) and because of the ties some of them had with the OAS. (“Organisation armée secrète” or “Secret Army Organisation”) and support for the Algiers Putsch (1958). The OAS operated from 1961 to 1962, and was responsible for the death of many people — Mouloud Ferouan being one of them. A similar organization existed in North Africa known as the “Red Hand,” composed mainly of civil servants and sometimes police officers — now strongly suspected of assassinating trade unionist Farhat Hached in 1952.
J’ai regardé plusieurs documentaires sur la guerre d’Algérie. Un sujet controversé des deux côtés de la Méditerranée. Pour les Français, le sentiment général est que les Algériens sont trop exigeants concernant la guerre d’Algérie et le passé colonial. Dans la société française, les discussions sur les Harkis (soldats musulmans algériens qui ont combattu aux côtés des Français pendant la guerre d’Algérie) et les Pieds-Noirs (colons pauvres/modestes de l’Algérie française qui ont cherché refuge en France métropolitaine après la guerre d’indépendance) sont les plus animées. Beaucoup estimaient que trop peu avait été fait pour protéger et accueillir correctement les Harkis, compte tenu de la menace qui pesait sur leur vie, beaucoup d’entre eux ayant été laissés sur place, et ceux qui avaient été sauvés ayant été traités de manière injuste en France : ils ont été victimes de discrimination et leurs sacrifices n’ont pas été reconnus. En ce qui concerne les Pieds-Noirs, le sujet reste controversé, à la fois en raison des difficultés rencontrées par beaucoup d’entre eux après leur départ d’Algérie en 1962 (beaucoup ont quitté l’Algérie française sans rien) et en raison des liens que certains d’entre eux entretenaient avec l’OAS (Organisation armée secrète) et de leur soutien au putsch d’Alger (1958). L’OAS a opéré de 1961 à 1962 et est responsable de la mort de nombreuses personnes, dont Mouloud Feraoun. Une organisation similaire a existé en Afrique du Nord connue sous le nom de la “Main Rouge” composée essentiellement de fonctionnaires et parfois policiers — fortement soupçonnée aujourd’hui de l’assassinat du syndicaliste Farhat Hached en 1952.

On the Algerian side, what I can understand and see, are both proud feelings regarding the Independence War and a focus on the past when dealing with daily issues in Algerian society. Nonetheless, the Algerian War was deeply traumatic for the Algerian people : displacement, torture, rape… Despite some economic and social improvements — it couldn’t be denied that France built infrastructures, urbanized the country and built an administrative system — made during the existence of French Algeria, the fact remains that colonization was largely a humiliation for the Algerian people. They were deprived of their own country, political rights and economic opportunities. Algeria seemed prosperous before the war but the Algerian Muslims were largely excluded from this prosperity. The Algerian War was incredibly long (7 years) because Algeria was extremely important for France : both symbolically and economically. It reached a total of 1.5 million soldiers mobilized during the 7 years — many of them were young conscripts. Contrary to other countries, it was not anymore a colonized country but a French department fully integrated into the French administrative, economic and political system. The colonization lasted 100 years (1848–1962). It was extremely difficult for France and people living in French Algeria to renounce their rights over such a territory.
Du côté algérien, ce que je peux comprendre et observer, ce sont à la fois un sentiment de fierté vis-à-vis de la guerre d’indépendance et une focalisation sur le passé dans la gestion des problèmes quotidiens de la société algérienne. Néanmoins, la guerre d’Algérie a été profondément traumatisante pour le peuple algérien : déplacements, tortures, viols… Malgré certaines améliorations économiques et sociales — on ne peut nier que la France a construit des infrastructures, urbanisé le pays et mis en place un système administratif — réalisées pendant l’existence de l’Algérie française, il n’en reste pas moins que la colonisation a été en grande partie une humiliation pour le peuple algérien. Il a été privé de son propre pays, de ses droits politiques et de ses opportunités économiques. L’Algérie semblait prospère avant la guerre, mais les musulmans algériens étaient largement exclus de cette prospérité. La guerre d’Algérie a été incroyablement longue (7 ans) car l’Algérie était extrêmement importante pour la France, tant sur le plan symbolique qu’économique. Au total, 1,5 million de soldats ont été mobilisés pendant ces 7 années, dont beaucoup étaient de jeunes conscrits. Contrairement à d’autres pays, l’Algérie n’était plus un pays colonisé, mais un département français pleinement intégré au système administratif, économique et politique français. La colonisation a duré 100 ans (1848–1962). Il était extrêmement difficile pour la France et les personnes vivant en Algérie française de renoncer à leurs droits sur un tel territoire.

The reason to call my essay “French Algeria : a missed Brazil ?” is because the main concern about French Algeria was the integration of the Algerian Muslims into the French economic, political and legal system. It was something that was never settled during both the existence of French Algeria and during the Algerian War. One of the most common misconceptions about the Algerian War is to look at it like “French vs Algerians” or “Colonizers vs Colonized”, when in fact the situation was far more subtle and complex. In French Algeria, “the French” were in fact Europeans. Many of these people moved from Spain, Italy and other countries to French Algeria seeking better opportunities. The Algerian Muslims were not homogeneous either. Many of them worked for the French administration or Army. The fact too is that the country is ethnically split between Arabs, Berbers and Kabyles. Jews were also an important minority of French Algeria. During the lifespan of French Algeria, the department could be described in modern terminology as multicultural and multi-faith. It was a mosaic of different people, cultures, religions than a more homogeneous entity like Metropolitan France could be at the time — something different today given immigration.
La raison pour laquelle j’ai intitulé mon essai « L’Algérie française : un Brésil manqué ? » est que la principale préoccupation concernant l’Algérie française était l’intégration des musulmans algériens dans le système économique, politique et juridique français. C’est une question qui n’a jamais été réglée, ni pendant l’existence de l’Algérie française, ni pendant la guerre d’Algérie. L’une des idées fausses les plus courantes à propos de la guerre d’Algérie est de la considérer comme un conflit entre « les Français et les Algériens » ou « les colonisateurs et les colonisés », alors qu’en réalité, la situation était beaucoup plus subtile et complexe. En Algérie française, « les Français » étaient en fait des Européens. Beaucoup d’entre eux avaient quitté l’Espagne, l’Italie et d’autres pays pour s’installer en Algérie française à la recherche de meilleures opportunités. Les Algériens Musulmans n’étaient pas non plus homogènes. Beaucoup d’entre eux travaillaient pour l’administration ou l’armée françaises. Il faut également noter que le pays est divisé ethniquement entre Arabes, Berbères et Kabyles. Les Juifs constituaient également une minorité importante de l’Algérie française. Pendant toute la durée de l’Algérie française, le département pouvait être décrit, en termes modernes, comme multiculturel et multiconfessionnel. Il s’agissait d’une mosaïque de peuples, de cultures et de religions différents, contrairement à une entité plus homogène comme la France métropolitaine à l’époque — une situation qui a changé aujourd’hui en raison de l’immigration.

The true issue regarding how to handle the cosmopolitan French Algeria probably lies in the way the French political system discusses — or not — the topic of nationality. As stated by the French Constitution “France is an indivisible, secular, democratic, and social republic. It ensures equality before the law for all citizens regardless of origin, race, or religion. It respects all beliefs. Its organization is decentralized.”. This statement perfectly works in a relatively homogeneous society — ethnically and religiously — like Metropolitan France at the time. How could it work in a country like French Algeria with such diverse people, religions and ethnicity ? Despite this obvious problem in French Algeria (Algerian Muslims being marginalized, inequalities among the Europeans, religious diversity…) everything was done to integrate more and more French Algeria into the Metropolitan France national system.
La véritable question concernant la manière de traiter l’Algérie française cosmopolite réside probablement dans la façon dont le système politique français aborde — ou non — le sujet de la nationalité. Comme le stipule la Constitution française, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée ». Cette déclaration fonctionne parfaitement dans une société relativement homogène — sur le plan ethnique et religieux — comme la France métropolitaine à l’époque. Comment pourrait-elle fonctionner dans un pays comme l’Algérie française, avec une telle diversité de populations, de religions et d’ethnies ? Malgré ce problème évident en Algérie française (marginalisation des musulmans algériens, inégalités entre les Européens, diversité religieuse…), tout a été fait pour intégrer de plus en plus l’Algérie française dans le système national de la France métropolitaine.

What is impressive is that rather than working on the integration of all these people into the French economic, political and legal system to create something unique and respectful; everything was done to maintain an artificial boundary between the Algerian Muslims and the others (despite the fact that the Algerian Muslims were the majority of French Algeria). Another solution could have been to build a special constitutional and legal framework adapted to all the specificities of the French Algerian population. Something that has been done by multiethnic countries such as South Africa or Bolivia. The fact is that French Algeria, despite being legally French at the time, couldn’t function as a unitary state with such a diverse population. That’s a modern discussion in France with modern immigration : how to reconcile republican universalism with extremely diverse populations, both ethnically and religiously, even in a secular country ?
Ce qui est impressionnant, c’est qu’au lieu de travailler à l’intégration de toutes ces personnes dans le système économique, politique et juridique français afin de créer quelque chose d’unique et de respectueux, tout a été fait pour maintenir une frontière artificielle entre les musulmans algériens et les autres (alors que les musulmans algériens constituaient la majorité de l’Algérie française). Une autre solution aurait pu être de mettre en place un cadre constitutionnel et juridique spécial adapté à toutes les spécificités de la population algérienne. C’est ce qu’ont fait des pays multiethniques comme l’Afrique du Sud ou la Bolivie. Le fait est que l’Algérie française, bien qu’elle fût légalement française à l’époque, ne pouvait pas fonctionner comme un État unitaire avec une population aussi diversifiée. C’est un débat actuel en France avec l’immigration moderne : comment concilier l’universalisme républicain avec des populations extrêmement diverses, tant sur le plan ethnique que religieux, même dans un pays laïc ?

A major source of divide was the French naturalisation of Algerian Jews with the Crémieux Decree in 1870. Algerian Muslims had to wait for the Native Code (1881) to get several rights while being still deprived of French nationality. The sole previous step made to allow Algerian Muslims to become French was with the Sénatus-consulte (1865). It required them to abandon their Muslim religion. Another major attempt was with the Jonnart Law (1919) with the improvements of Algerian Muslims allowed to vote for local elections. The two major steps to push for the integration of Algerian Muslims were with the Brazzaville Conference to remove the Native Code in 1944. While marking a great improvement, this action was overshadowed by the Sétif and Guelma massacre in 1945 resulting in the death of between 3000 to 45000 people. France was politically losing the battle in Algeria regarding Algerian Muslims. The Native Code was replaced in 1947 by the Organic Statute of Algeria which was supposed to give French nationality to every Algerian but their political weight was still seriously hindered.
Une source majeure de division fut la naturalisation française des Juifs algériens avec le décret Crémieux en 1870. Les musulmans algériens durent attendre le Code des indigènes (1881) pour obtenir plusieurs droits, tout en étant toujours privés de la nationalité française. La seule mesure prise auparavant pour permettre aux musulmans algériens de devenir français fut le Sénatus-consulte (1865). Il leur imposait d’abandonner leur religion musulmane. Une autre tentative majeure fut la loi Jonnart (1919), qui accordait aux musulmans algériens le droit de vote aux élections locales. Les deux mesures majeures visant à favoriser l’intégration des musulmans algériens ont été prises lors de la Conférence de Brazzaville, qui a aboli le Code indigène en 1944. Bien qu’elle ait marqué une grande avancée, cette mesure a été éclipsée par les massacres de Sétif et de Guelma en 1945, qui ont fait entre 3 000 et 45 000 morts. La France était en train de perdre politiquement la bataille en Algérie concernant les musulmans algériens. Le Code indigène a été remplacé en 1947 par le Statut organique de l’Algérie, qui était censé donner la nationalité française à tous les Algériens, mais leur poids politique restait sérieusement entravé.

The Algerian War was inevitable. 2 million Europeans were the acting rulers of French Algeria, while 8 million Algerian Muslims were living in the shadow. On 1 November 1954 the National Front of Liberation (In French, FLN or Front de Libération Nationale) launched the “Toussaint Rouge” (or “Red All Saints’ Day”) in French Algeria. It was the beginning of a seven year war. After brutal and bloody conflict, Charles de Gaulle considered a plan to unify Algeria and France. But ultimately, he chose to organize a referendum, and Algeria got its independence from France in 1962. Could a “Brazil” have emerged in French Algeria ? From my perspective it was unlikely. Too many contradictory interests were at play in 1962. The FLN was pushing at all costs in favor of independence after an extensive war. The French metropolitan population was exhausted by a war in a territory not seen as French (culture, population, religion, languages…), something many Pieds-Noirs found difficult to hear when they arrived in France. The divide within the French Algeria society was too extreme too between those in favor of staying French or becoming independent. The time and hopes of the Organic Statute (1947) were far away after such a bloody conflict. The shadow of the bloody massacres in Oran on Independence Day in 1962 closed the door once and for all on a “Brazil” in Algeria.
La guerre d’Algérie était inévitable. Deux millions d’Européens régnaient sur l’Algérie française, tandis que huit millions de musulmans algériens vivaient dans l’ombre. Le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) lança l’opération « Toussaint rouge » en Algérie française. Ce fut le début d’une guerre qui dura sept ans. Après un conflit brutal et sanglant, Charles de Gaulle a envisagé un plan pour unifier l’Algérie et la France. Mais finalement, il a choisi d’organiser un référendum, et l’Algérie a obtenu son indépendance de la France en 1962. Un « Brésil » aurait-il pu voir le jour dans l’Algérie française ? De mon point de vue, cela semblait peu probable. Trop d’intérêts contradictoires étaient en jeu en 1962. Le FLN poussait à tout prix en faveur de l’indépendance après une longue guerre. La population métropolitaine française était épuisée par une guerre menée sur un territoire qui n’était pas considéré comme français (culture, population, religion, langues…), ce que beaucoup de Pieds-Noirs avaient du mal à entendre lorsqu’ils arrivaient en France. Le clivage au sein de la société algérienne était trop profond entre ceux qui étaient favorables au maintien de l’appartenance à la France et ceux qui souhaitaient l’indépendance. Le temps et les espoirs de la Loi organique de 1947 étaient loin après un conflit aussi sanglant. L’ombre des massacres sanglants d’Oran le jour même de l’Indépendance en 1962 a refermé définitivement la porte d’un “Brésil” en Algérie.

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