Could French Algeria have become anything other than a colony or a battlefield? This territory was a veritable mosaic — Arabs, Berbers, Kabyles, French, Jews, Europeans from Spain, Italy and Malta — and this diversity could have formed the basis of a shared project rather than a problem to be contained. I explore why this project never came to fruition: not for lack of legal texts (the Senatus Consultum, the Jonnart Law, the Organic Statute), but because everyone backed down at the decisive moment, refusing to treat Algerian Muslims as true equals in the construction of a shared entity. The aim is not to rehabilitate colonisation — but to understand what it prevented from coming into being.
L’Algérie française aurait-elle pu devenir autre chose qu’une colonie ou un champ de bataille ? Ce territoire était une mosaïque réelle — Arabes, Berbères, Kabyles, Français, Juifs, Européens venus d’Espagne, d’Italie, de Malte — et cette diversité aurait pu être le fondement d’un projet commun plutôt qu’un problème à contenir. J’explore pourquoi ce projet n’a jamais émergé : non pas faute de textes juridiques (Sénatus-consulte, loi Jonnart, Statut organique), mais parce que chacun a reculé au moment décisif, refusant de traiter les musulmans algériens comme des égaux réels dans la construction d’une entité commune. L’objectif n’est pas de réhabiliter la colonisation — mais de comprendre ce qu’elle a empêché de naître.
def. A missed Brazil : an imaginary analogy used to describe a country, region, or territory that could have become what Brazil has become — a potentially multiconfessional and multi-ethnic country with significant demographic and economic clout; a territory with a resolutely pluralistic identity
def. un Brésil manqué : une analogie imaginaire pour décrire un pays, une région, un territoire qui aurait pu devenir ce qu’est devenu le Brésil, un pays possiblement multiconfessionnel et multi-ethnique, avec un poids démographique et économique certain; un territoire à l’identité résolument plurielle
My family and Algerian literature
My link with Algeria is through my family history. My grandfather — born in Metropolitan France at the time — was an engineer and then a “coopérant” working for the Water and Forests in Algeria. When he and his wife arrived in French Algeria in 1946, they were deeply shocked by the poverty and rampant inequalities in rural French Algeria. He supported independence for Algeria during the Algerian War (1954–1962) and stayed until 1974 in Algeria after the independence — or rather, 1972, for that matter. My father was born in Algeria, in Miliana. He witnessed the Algerian War as a young boy. But like all family stories that are passed down, I don’t know firsthand the full story of my grandfather’s life in Algeria before and after independence—so I’m talking about what has been passed down to me: his passion for the country itself, certain anecdotes, and the fact that he remained there long after independence.
Mon lien avec l’Algérie vient de mon histoire familiale. Mon grand-père, qui est né en France métropolitaine à l’époque, était ingénieur puis coopérant et travaillait pour les Eaux et Forêts en Algérie. Lorsque lui et sa femme sont arrivés en Algérie française en 1946, ils ont été profondément choqués par la pauvreté et les inégalités flagrantes qui régnaient dans les zones rurales. Il était favorable à l’indépendance pendant la guerre d’Algérie (1954–1962) et est resté jusqu’en 1974 en Algérie après l’indépendance — ou plutôt 1972 d’ailleurs. Mon père est né en Algérie, à Miliana. Il a été témoin de la guerre d’Algérie lorsqu’il était enfant. Mais comme tous les récits familiaux transmis, je ne connais pas de main propre l’ensemble de l’historique de mon grand-père en Algérie avant et après l’indépendance — je parle donc de ce que l’on m’a légué, sa passion pour le pays lui-même et certaines anecdotes, et le fait qu’il y soit resté bien après l’indépendance.


I have a personal link too with this country. I’m fond of Algerian literature. Especially Kateb Yacine (“Nedjma”), Mohamed Dib (“La Grande Maison”), Assia Djebar (“La Disparition de la langue française”) and my favorite, Mouloud Feraoun (“Le Fils du Pauvre”). I also had a great interest in Algerian history, especially the Algerian Civil War (1992–2002). Camus as well: although not Algerian, he vividly described Algeria — especially Oran. Camus must be credited with another critical fact : he exposed in 1939 (in the “Alger Republicain” newspaper) the extreme misery suffered by people in Kabylia. The report sparked outrage. While strongly disagreeing with the anti-French feeling of several top Algerian politicians and some Algerians too — a political stance to avoid discussing the true daily matters of Algerian people — the fact is that I remain curious about its people and culture. Without making a big deal out of my situation — family, personal, and historical — I may have been fortunate enough to avoid falling into three pitfalls regarding Algeria: repression, nostalgia for French Algeria, or anti-colonial guilt. French Algeria was what it was. The same goes for Algeria today. I have never wanted to take a black-and-white stance toward this country. In all honesty, I believe I have as much admiration for the very essence of Algeria and its people — whom I know primarily through its literature — as I do an uncompromising view of the impasse in which Algeria and the Algerians themselves find themselves in many respects: economic hardships, freedom of speech, the status of women, ambivalence toward the former colonial power, and a tendency to frequently exploit the Algerian War when there are no answers to the situation in Algeria. If I had to use an analogy, I love Mouloud Feraoun just as much as I detest the anti-French posturing of some of his compatriots who, despite living in France, still adopt such stances.
J’ai également un lien personnel avec ce pays. J’apprécie beaucoup la littérature algérienne. En particulier Kateb Yacine (« Nedjma »), Mohamed Dib (« La Grande Maison »), Assia Djebar (« La Disparition de la langue française ») et mon préféré, Mouloud Feraoun (« Le Fils du Pauvre »). Je m’intéresse également beaucoup à l’histoire algérienne, en particulier à la guerre civile algérienne (1992–2002). Camus aussi. Bien qu’il ne soit pas algérien, il a décrit de manière très vivante l’Algérie, en particulier Oran, dans son petit essai « L’Été ». Il faut également reconnaître à Camus un autre fait essentiel : il a dénoncé en 1939 (dans le journal « L’Algérien républicain ») l’extrême misère dont souffrait la population de Kabylie. Son reportage a suscité l’indignation. Même si je suis en total désaccord avec le sentiment anti-français de plusieurs hauts responsables politiques algériens et de certains Algériens, une position politique qui évite d’aborder les véritables problèmes quotidiens du peuple algérien, je reste curieux de découvrir ce peuple et sa culture. Sans jouer sur ma situation — familiale, personnelle et historique me concernant — j’ai peut-être eu la chance de ne pas souffrir de trois écueils sur l’Algérie : le refoulement, la nostalgie de l’Algérie Française ou la culpabilité anticoloniale. L’Algérie Française était ce qu’elle était. De même pour l’Algérie de nos jours. Je n’ai jamais voulu me positionner de façon binaire à l’égard de ce pays. En toute franchise, je pense avoir autant d’admiration pour ce qu’est profondément l’Algérie et son peuple — que je connais d’abord par sa littérature — qu’un regard sans concession sur l’impasse dans laquelle se trouve l’Algérie et les algériens eux-mêmes à de nombreux égards : difficultés économiques, liberté de parole, place des femmes, ambivalence avec l’ancienne colonie, tendance à souvent exploiter la Guerre d’Algérie lorsqu’il n’y a pas de réponses à la situation en Algérie. Si je devais user d’une analogie, j’aime autant Mouloud Feraoun que je déteste les postures anti-françaises de certains de ses compatriotes qui vivent pourtant en France.


The Great Divide across both sides
I watched several documentaries regarding the Algerian War. A controversial topic on both sides of the Mediterranean sea. For the French, the general feeling is that Algerians are too demanding regarding the Algerian War and colonization past. In French society, the discussions on Harkis (Algerian Muslims soldiers who fought on the French side during the Algerian War) and Pieds-Noirs (poor/modest settlers in French Algeria who sought refuge in Metropolitan France after the Independence war) are the most heated ones. Many believed that too little was done to protect and properly welcome the Harkis : many were left behind, and those rescued were unfairly treated in France: facing discrimination and lacking recognition for their sacrifices. Regarding the Pieds-Noirs, the topic remains controversial, both because of the struggles many of them faced after their departure from Algeria in 1962 (many left French Algeria with nothing) and because of the ties some of them had with the OAS. (“Organisation armée secrète” or “Secret Army Organisation”) and support for the Algiers Putsch (1958). The OAS operated from 1961 to 1962, and was responsible for the death of many people — Mouloud Ferouan being one of them. A similar organization existed in North Africa known as the “Red Hand,” composed mainly of civil servants and sometimes police officers — now strongly suspected of assassinating tunisian trade unionist Farhat Hached in 1952.
J’ai regardé plusieurs documentaires sur la guerre d’Algérie. Un sujet controversé des deux côtés de la Méditerranée. Pour les Français, le sentiment général est que les Algériens sont trop exigeants concernant la guerre d’Algérie et le passé colonial. Dans la société française, les discussions sur les Harkis (soldats musulmans algériens qui ont combattu aux côtés des Français pendant la guerre d’Algérie) et les Pieds-Noirs (colons pauvres/modestes de l’Algérie française qui ont cherché refuge en France métropolitaine après la guerre d’indépendance) sont les plus animées. Beaucoup estimaient que trop peu avait été fait pour protéger et accueillir correctement les Harkis, compte tenu de la menace qui pesait sur leur vie, beaucoup d’entre eux ayant été laissés sur place, et ceux qui avaient été sauvés ayant été traités de manière injuste en France : ils ont été victimes de discrimination et leurs sacrifices n’ont pas été reconnus. En ce qui concerne les Pieds-Noirs, le sujet reste controversé, à la fois en raison des difficultés rencontrées par beaucoup d’entre eux après leur départ d’Algérie en 1962 (beaucoup ont quitté l’Algérie française sans rien) et en raison des liens que certains d’entre eux entretenaient avec l’OAS (Organisation armée secrète) et de leur soutien au putsch d’Alger (1958). L’OAS a opéré de 1961 à 1962 et est responsable de la mort de nombreuses personnes, dont Mouloud Feraoun. Une organisation similaire a existé en Afrique du Nord connue sous le nom de la “Main Rouge” composée essentiellement de fonctionnaires et parfois policiers — fortement soupçonnée aujourd’hui de l’assassinat du syndicaliste tunisien Farhat Hached en 1952.

On the Algerian side, what I can understand and see, are both proud feelings regarding the Independence War and a focus on the past when dealing with daily issues in Algerian society. Nonetheless, the Algerian War was deeply traumatic for the Algerian people : displacement, torture, rape… Despite some economic and social improvements — it couldn’t be denied that France built infrastructures, urbanized the country and built an administrative system — made during the existence of French Algeria, the fact remains that colonization was largely a humiliation for the Algerian people. They were deprived of their own country, political rights and economic opportunities. Algeria seemed prosperous before the war but the Algerian Muslims were largely excluded from this prosperity. The Algerian War was incredibly long (7 years) because Algeria was extremely important for France : both symbolically and economically. It reached a total of 1.5 million soldiers mobilized during the 7 years — many of them were young conscripts. Contrary to other countries, it was not anymore a colonized country but a French department fully integrated into the French administrative, economic and political system. The colonization lasted 100 years (1848–1962). It was extremely difficult for France and people living in French Algeria to renounce their rights over such a territory.
Du côté algérien, ce que je peux comprendre et observer, ce sont à la fois un sentiment de fierté vis-à-vis de la guerre d’indépendance et une focalisation sur le passé dans la gestion des problèmes quotidiens de la société algérienne. Néanmoins, la guerre d’Algérie a été profondément traumatisante pour le peuple algérien : déplacements, tortures, viols… Malgré certaines améliorations économiques et sociales — on ne peut nier que la France a construit des infrastructures, urbanisé le pays et mis en place un système administratif — réalisées pendant l’existence de l’Algérie française, il n’en reste pas moins que la colonisation a été en grande partie une humiliation pour le peuple algérien. Il a été privé de son propre pays, de ses droits politiques et de ses opportunités économiques. L’Algérie semblait prospère avant la guerre, mais les musulmans algériens étaient largement exclus de cette prospérité. La guerre d’Algérie a été incroyablement longue (7 ans) car l’Algérie était extrêmement importante pour la France, tant sur le plan symbolique qu’économique. Au total, 1,5 million de soldats ont été mobilisés pendant ces 7 années, dont beaucoup étaient de jeunes conscrits. Contrairement à d’autres pays, l’Algérie n’était plus un pays colonisé, mais un département français pleinement intégré au système administratif, économique et politique français. La colonisation a duré 100 ans (1848–1962). Il était extrêmement difficile pour la France et les personnes vivant en Algérie française de renoncer à leurs droits sur un tel territoire.

Why “A Missed Brazil” ?
The reason to call my essay “French Algeria : a missed Brazil ?” is because the main concern about French Algeria was the integration of the Algerian Muslims into the French economic, political and legal system. It was something that was never settled during both the existence of French Algeria and during the Algerian War. One of the most common misconceptions about the Algerian War is to look at it like “French vs Algerians” or “Colonizers vs Colonized”, when in fact the situation was far more subtle and complex. In French Algeria, “the French” were in fact Europeans. Many of these people moved from Spain, Italy and other countries to French Algeria seeking better opportunities. The Algerian Muslims were not homogeneous either. Many of them worked for the French administration or Army. The fact too is that the country is ethnically split between Arabs, Berbers and Kabyles. Jews were also an important minority of French Algeria. During the lifespan of French Algeria, the department could be described in modern terminology as multicultural and multi-faith. It was a mosaic of different people, cultures, religions than a more homogeneous entity like Metropolitan France could be at the time — something different today given immigration.
La raison pour laquelle j’ai intitulé mon essai « L’Algérie française : un Brésil manqué ? » est que la principale préoccupation concernant l’Algérie française était l’intégration des musulmans algériens dans le système économique, politique et juridique français. C’est une question qui n’a jamais été réglée, ni pendant l’existence de l’Algérie française, ni pendant la guerre d’Algérie. L’une des idées fausses les plus courantes à propos de la guerre d’Algérie est de la considérer comme un conflit entre « les Français et les Algériens » ou « les colonisateurs et les colonisés », alors qu’en réalité, la situation était beaucoup plus subtile et complexe. En Algérie française, « les Français » étaient en fait des Européens. Beaucoup d’entre eux avaient quitté l’Espagne, l’Italie et d’autres pays pour s’installer en Algérie française à la recherche de meilleures opportunités. Les Algériens Musulmans n’étaient pas non plus homogènes. Beaucoup d’entre eux travaillaient pour l’administration ou l’armée françaises. Il faut également noter que le pays est divisé ethniquement entre Arabes, Berbères et Kabyles. Les Juifs constituaient également une minorité importante de l’Algérie française. Pendant toute la durée de l’Algérie française, le département pouvait être décrit, en termes modernes, comme multiculturel et multiconfessionnel. Il s’agissait d’une mosaïque de peuples, de cultures et de religions différents, contrairement à une entité plus homogène comme la France métropolitaine à l’époque — une situation qui a changé aujourd’hui en raison de l’immigration.

Since colonization is a fact, it is interesting to consider what might have been done. France was unable — or unwilling — to implement a system similar to the dominion model in the British Empire: allowing for a gradual transition toward political, social, and economic autonomy for its provinces. And of its populations. This meant, in particular, accepting a fact that is obvious today — the newcomers, whether called “colonists,” “Europeans,” or “Pieds-Noirs,” were not at home there. It meant building a country together with its historic inhabitants on an equal footing. In a spirit of mutual contribution. A mechanism whose primary purpose would have been to develop relations on an equal footing with the Algerian people, to avoid becoming bogged down in a war lasting nearly a decade, and perhaps also to avoid having to deal with wounds that remain raw on both sides. Ironically, during the colonization of Algeria, France saw itself as a beacon of republican ideals for other peoples — yet French Algeria would go on to become a realm of inequality, social and economic injustice, and democratic compromises in the face of local particularities.
La colonisation étant un fait, il est intéressant de comprendre ce qui aurait pu être fait. La France n’a pas su — ou voulu — mettre en œuvre quelque chose qui aurait pu ressembler au mécanisme des dominions dans l’Empire Britannique : admettre une évolution progressive vers l’autonomie politique, sociale et économique de ses provinces. Et de ses populations. Cela impliquait notamment d’accepter un fait aujourd’hui évident — les arrivants, qu’on les appelle “colons”, “européens” ou “pieds-noirs” n’étaient pas chez eux. Soit un pays à co-construire avec ses habitants historiques dans un rapport d’égal à égal. Dans une logique d’apport. Un mécanisme qui aurait eu pour principal intérêt de développer des relations d’égal à égal avec le peuple Algérien, d’éviter un enlisement dans une guerre de près d’une décennie et peut-être aussi de ne pas avoir à gérer des blessures toujours vives de part et d’autre. Ironiquement, à l’époque de la colonisation de l’Algérie, la France se voit comme porteuse d’une lumière républicaine pour les autres populations — l’Algérie Française va pourtant devenir le royaume des inégalités, de l’injustice sociale et économique et des renoncements démocratiques face aux spécificités locales.
French Algeria — An Edge Case for French Republicanism ?
The true issue regarding how to handle the cosmopolitan French Algeria probably lies in the way the French political system discusses — or not — the topic of nationality. As stated by the French Constitution “France is an indivisible, secular, democratic, and social republic. It ensures equality before the law for all citizens regardless of origin, race, or religion. It respects all beliefs. Its organization is decentralized.”. This statement perfectly works in a relatively homogeneous society — ethnically and religiously — like Metropolitan France at the time. How could it work in a country like French Algeria with such diverse people, religions and ethnicity ? Despite this obvious problem in French Algeria (Algerian Muslims being marginalized, inequalities among the Europeans, religious diversity…) everything was done to integrate more and more French Algeria into the Metropolitan France national system.
La véritable question concernant la manière de traiter l’Algérie française cosmopolite réside probablement dans la façon dont le système politique français aborde — ou non — le sujet de la nationalité. Comme le stipule la Constitution française, « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée ». Cette déclaration fonctionne parfaitement dans une société relativement homogène — sur le plan ethnique et religieux — comme la France métropolitaine à l’époque. Comment pourrait-elle fonctionner dans un pays comme l’Algérie française, avec une telle diversité de populations, de religions et d’ethnies ? Malgré ce problème évident en Algérie française (marginalisation des musulmans algériens, inégalités entre les Européens, diversité religieuse…), tout a été fait pour intégrer de plus en plus l’Algérie française dans le système national de la France métropolitaine.

The Algerian Muslims and their non-integration
What is impressive is that rather than working on the integration of all these people into the French economic, political and legal system to create something unique and respectful; everything was done to maintain an artificial boundary between the Algerian Muslims and the others (despite the fact that the Algerian Muslims were the majority of French Algeria). Another solution could have been to build a special constitutional and legal framework adapted to all the specificities of the French Algerian population. Something that has been done by multiethnic countries such as South Africa or Bolivia. The fact is that French Algeria, despite being legally French at the time, couldn’t function as a unitary state with such a diverse population. That’s a modern discussion in France with modern immigration : how to reconcile republican universalism with extremely diverse populations, both ethnically and religiously, even in a secular country ?
Ce qui est impressionnant, c’est qu’au lieu de travailler à l’intégration de toutes ces personnes dans le système économique, politique et juridique français afin de créer quelque chose d’unique et de respectueux, tout a été fait pour maintenir une frontière artificielle entre les musulmans algériens et les autres (alors que les musulmans algériens constituaient la majorité de l’Algérie française). Une autre solution aurait pu être de mettre en place un cadre constitutionnel et juridique spécial adapté à toutes les spécificités de la population algérienne. C’est ce qu’ont fait des pays multiethniques comme l’Afrique du Sud ou la Bolivie. Le fait est que l’Algérie française, bien qu’elle fût légalement française à l’époque, ne pouvait pas fonctionner comme un État unitaire avec une population aussi diversifiée. C’est un débat actuel en France avec l’immigration moderne : comment concilier l’universalisme républicain avec des populations extrêmement diverses, tant sur le plan ethnique que religieux, même dans un pays laïc ?
A major source of divide was the French naturalisation of Algerian Jews with the Crémieux Decree in 1870. Algerian Muslims had to wait for the Native Code (1881) to get several rights while being still deprived of French nationality. The sole previous step made to allow Algerian Muslims to become French was with the Sénatus-consulte (1865). It required them to abandon their Muslim religion. Another major attempt was with the Jonnart Law (1919) with the improvements of Algerian Muslims allowed to vote for local elections. The two major steps to push for the integration of Algerian Muslims were with the Brazzaville Conference to remove the Native Code in 1944. While marking a great improvement, this action was overshadowed by the Sétif and Guelma massacre in 1945 resulting in the death of between 3000 to 45000 people. France was politically losing the battle in Algeria regarding Algerian Muslims. The Native Code was replaced in 1947 by the Organic Statute of Algeria which was supposed to give French nationality to every Algerian but their political weight was still seriously hindered.
Une source majeure de division fut la naturalisation française des Juifs algériens avec le décret Crémieux en 1870. Les musulmans algériens durent attendre le Code des indigènes (1881) pour obtenir plusieurs droits, tout en étant toujours privés de la nationalité française. La seule mesure prise auparavant pour permettre aux musulmans algériens de devenir français fut le Sénatus-consulte (1865). Il leur imposait d’abandonner leur religion musulmane. Une autre tentative majeure fut la loi Jonnart (1919), qui accordait aux musulmans algériens le droit de vote aux élections locales. Les deux mesures majeures visant à favoriser l’intégration des musulmans algériens ont été prises lors de la Conférence de Brazzaville, qui a aboli le Code indigène en 1944. Bien qu’elle ait marqué une grande avancée, cette mesure a été éclipsée par les massacres de Sétif et de Guelma en 1945, qui ont fait entre 3 000 et 45 000 morts. La France était en train de perdre politiquement la bataille en Algérie concernant les musulmans algériens. Le Code indigène a été remplacé en 1947 par le Statut organique de l’Algérie, qui était censé donner la nationalité française à tous les Algériens, mais leur poids politique restait sérieusement entravé.

And what about the Algerians themselves? What did they say before and during the War of Independence? Up until the War of Independence in 1954, the situation was more complex than it appears. To illustrate this, we can compare two diametrically opposed portraits of Algerians: Ferhat Abbas (1899–1985) and Saïd Boualam (1906–1982)—the former shifted from advocating assimilation to a gradual alignment with the National Liberation Front, while the latter remained loyal to France until the very end. Yet both men shared the fact that, before the War of Independence, they had led lives and careers that could be described as examples of successful integration—Ferhat Abbas held numerous political offices in Algeria, while Saïd Boualam served as an officer in the French army. The former eventually lost faith in assimilation and joined the struggle for independence—despite having long campaigned politically and intellectually in favor of the assimilation of Algerians, which France never actually provided. He would eventually oppose the excesses of the FLN in the years following independence and published ‘L’indépendance confisquée’ in 1978. The second went so far as to co-found the Front Algérie Française in 1960—a party with radical positions, dissolved that same year by decree following violence in French Algeria—and died in France in 1982. He notably published ‘Mon pays, la France’ in 1962. The life stories of two Algerians clearly illustrate the sometimes extreme contrasts between the paths chosen by citizens and natives of the same country.
Et les Algériens eux-mêmes ? Qu’ont-ils dit avant puis durant la guerre d’indépendance ? Jusqu’à la guerre d’indépendance en 1954, la situation est plus complexe qu’elle n’y paraît. On peut à cet effet croiser deux portraits d’Algériens diamétralement opposés : Ferhat Abbas (1899-1985) et Saïd Boualam (1906-1982) — le premier passera d’un discours favorable à l’assimilation à un rapprochement progressif avec le Front de Libération Nationale quand le second fera jusqu’au bout le choix de la France. Les deux hommes ont pourtant en commun d’avoir eu avant la guerre d’indépendance des vies et carrières que l’on pourrait qualifier d’intégration réussie — Ferhat Abbas occupe de nombreuses fonctions politiques en Algérie, quand Saïd Boualam sera officier au sein de l’armée française. Le premier finit par ne plus croire à une assimilation et rejoint la lutte pour l’indépendance — après avoir pourtant longtemps milité politiquement et intellectuellement en faveur d’une assimilation des algériens qui n’est jamais venue de la part de la France. Il finira par s’opposer aux dérives du FLN dans les années qui suivront l’indépendance, et publiera “L’indépendance confisquée” en 1978. Le second ira jusqu’à fonder avec d’autres le Front Algérie Française en 1960 — parti aux positions radicales, dissous la même année par décret suite aux violences en Algérie Française — et mourra en France en 1982. Il publiera notamment “Mon pays, la France” en 1962. Deux parcours de deux algériens qui illustrent bien l’opposition parfois extrêmes des chemins choisis par des ressortissants et natifs du même pays.

It was not until after the Algerian War that many Muslim Algerians gained access to even a basic education. The desire to build strong ties with the population led the authorities to expand educational opportunities for young children, particularly through social centers—the Service des Centres Sociaux was established in 1955 by Jacques Soustelle, Governor-General of Algeria. These institutions, however, were viewed with suspicion by both sides during the conflict: they were accused either of promoting “soft colonization” or of serving as hotbeds of independence sentiment—particularly by the OAS toward the end of the Algerian War. The author, Mouloud Feraoun, was an inspector for the Social Centers when he was assassinated in one of them in 1962 by the OAS. These Social Centers provided a basic education to several hundred thousand Algerian Muslim children—approximately 750,000 children, the overwhelming majority of whom were young boys. One figure that speaks volumes about this situation: in 1954, less than 10% of the student body at the University of Algiers (out of some 5,000 enrolled students) were Algerian Muslims. This was in a territory—at the time of French Algeria—where they nevertheless represented nearly 90% of the population. The equality promoted by France at the time in French Algeria was therefore largely theoretical across the board, particularly in the crucial area of education—which is essential for ensuring that young people are prepared for the workforce and integrated into a shared cultural, social, and political framework—and ultimately remained a dead letter.
Fait dramatique et autre preuve de cette incapacité à les voir comme des égaux : c’est grâce à la Guerre d’Algérie que de nombreux algériens musulmans accèdent à une éducation minimale. La volonté de construire des liens solides avec la population amène les autorités à développer l’enseignement auprès des jeunes enfants, notamment au travers des centres sociaux — le Service des Centres Sociaux est instauré en 1955 par Jacques Soustelle, gouverneur Général de l’Algérie. Des institutions d’ailleurs mal vues de part à d’autre durant le conflit : accusées soient de promouvoir une formation de « colonisation douce » ou alors d’être des foyers indépendantistes — en particulier par l’OAS vers la fin de la Guerre d’Algérie. L’auteur Mouloud Feraoun est inspecteur des Centres Sociaux lorsqu’il sera assassiné dans l’un d’eux en 1962 par l’OAS. Ces Centres Sociaux fournissent une éducation minimale à plusieurs centaines de milliers d’enfants algériens musulmans — environ 750 000 enfants dont une écrasante majorité de jeunes garçons. Un chiffre très parlant sur cette situation : en 1954, moins de 10% de la population étudiante à l’Université d’Alger (sur les quelque 5000 inscrits) est des Algériens musulmans. Dans un territoire — à l’époque de l’Algérie Française — où ils représentent pourtant près de 90% de la population. L’égalité promue par la France à l’époque en Algérie Française est donc très largement théorique sur l’ensemble des plans, et notamment celui très critique de l’éducation — pourtant déterminant pour garantir la formation d’une jeunesse apte au travail et intégrée dans un cadre culturel, social et politique commun; qui sera finalement resté lettre morte.
Our Friends ? — Not so much
Books and documentaries on French Algeria also reveal, on both sides, a mindset that was not conducive to mutual integration. Religion was the most visible barrier. One often hears the pieds-noirs and Algerians of that era referring to one another as “brothers” but not (to put it humorously) as “brothers-in-law” — a painful way of describing a shared life without any real mixing or merging. One can be friends, but not part of the same family. Mixed marriages were taboo and rare in French Algeria. Even if it was not apartheid, French Algeria lacked a genuine dynamic to enable its populations to live together. The political aspect was, of course, the most visible — but it merely masked a very deteriorated and precarious overall social reality. First, for a logical reason: Algerian Muslims were never consulted or included in the project that was “French Algeria.” It was not a jointly developed or cooperative project, but one that was imposed. And for reasons similar to those of many Europeans in Algeria: social perceptions, the influence of religion, and structural separation from Europeans — geography, employment, social life, etc. This is a subject that can sometimes be painful to grasp for certain mindsets deeply attached to an Algeria under French sovereignty: goodwill does not compel a population dispossessed of its territory to actively mix with those arriving on its soil.
Les lectures ou documentaires sur l’Algérie Française révèlent aussi de part et d’autre une mentalité peu propice à l’intégration commune. La religion étant la barrière la plus visible. On entend souvent les pieds-noirs et des Algériens de l’époque parler les uns les autres de « frères » mais pas (pour le dire avec humour) de « beaux-frères » — une façon douloureuse de parler d’une vie commune sans véritable mélange ni fusion. On peut être ami, mais pas de la même famille. Les mariages mixtes sont tabous et rares en Algérie Française. Même si ce n’est pas l’apartheid, l’Algérie Française était en manque d’une véritable dynamique pour faire vivre ensemble de ses populations. L’aspect politique étant bien évidemment le plus visible — mais il ne faisait que recouvrir une réalité globale très dégradée et précaire sur le plan social. Il est important de rappeler aussi que côté Algérien, ce qu’on appelle aujourd’hui la mixité n’allait pas de soi. D’abord pour une raison logique : les Algériens musulmans n’ont jamais été sollicités ou intégrés dans le projet qu’était l’Algérie Française. Ce n’était pas un projet co-construit ou de coopération, mais un projet imposé. Et pour des raisons similaires à celles de nombreux européens en Algérie : regard social, poids de la religion, séparation structurelle d’avec les européens — géographie, emploi, vie sociale… C’est un sujet parfois douloureux à comprendre dans certaines mentalités profondément attachées à une Algérie sous souveraineté française : la bonne volonté n’impose pas à une population expropriée de son territoire de se mélanger activement à celles et ceux qui arrivent sur son sol.

The War
The Algerian War was inevitable — not in the sense of a foregone conclusion — but because a whole section of the European population and the political establishment were unable to understand what the majority of the country’s population was going through. Between 1 and 2 million Europeans were the acting rulers of French Algeria, while 8–9 million Algerian Muslims were living in the shadow. Right up to the very end, the advocates of French Algeria gave the impression that they were unable to grasp that Algeria was not French: its culture, languages, way of life, religion… This was a promise that stemmed not only from a whim, but also from the behaviour of French politicians: right up to the very end, the promise was maintained that Algeria was French.
La guerre d’Algérie était inévitable — pas au sens de la catastrophe annoncée — mais par impossibilité pour toute une frange de la population européenne et du personnel politique, de comprendre ce que vivait la majorité de la population du pays. Entre Un et deux millions d’Européens régnaient sur l’Algérie française, tandis que huit ou neuf millions de musulmans algériens vivaient dans l’ombre. Jusqu’au bout, les tenants de l’Algérie Française donneront l’impression de ne pas pouvoir comprendre que l’Algérie n’était pas française : culture, langues, mode de vie, religion… Une promesse qui ne relève pas seulement de la lubie, mais aussi du comportement du personnel politique français : jusqu’au bout, la promesse aura été faite que l’Algérie était française.
On 1 November 1954 the National Front of Liberation (In French, FLN or Front de Libération Nationale) launched the “Toussaint Rouge” (or “Red All Saints’ Day”) in French Algeria. It was the beginning of a seven year war. After brutal and bloody conflict, Charles de Gaulle considered a plan to unify Algeria and France. But ultimately, he chose to organize a referendum, and Algeria got its independence from France in 1962. Could a “Brazil” have emerged in French Algeria ? From my perspective it was unlikely. Too many contradictory interests were at play in 1962. The FLN was pushing at all costs in favor of independence after an extensive war. The French metropolitan population was exhausted by a war in a territory not seen as French (culture, population, religion, languages…), something many Pieds-Noirs found difficult to hear when they arrived in France. The divide within the French Algeria society was too extreme too between those in favor of staying French or becoming independent. The time and hopes of the Organic Statute (1947) were far away after such a bloody conflict. The shadow of the bloody massacres in Oran on Independence Day in 1962 closed the door once and for all on a “Brazil” in Algeria.
Le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) lança l’opération « Toussaint rouge » en Algérie française. Ce fut le début d’une guerre qui dura sept ans. Après un conflit brutal et sanglant, Charles de Gaulle a envisagé un plan pour unifier l’Algérie et la France. Mais finalement, il a choisi d’organiser un référendum, et l’Algérie a obtenu son indépendance de la France en 1962. Un « Brésil » aurait-il pu voir le jour dans l’Algérie française ? De mon point de vue, cela semblait peu probable. Trop d’intérêts contradictoires étaient en jeu en 1962. Le FLN poussait à tout prix en faveur de l’indépendance après une longue guerre. La population métropolitaine française était épuisée par une guerre menée sur un territoire qui n’était pas considéré comme français (culture, population, religion, langues…), ce que beaucoup de Pieds-Noirs avaient du mal à entendre lorsqu’ils arrivaient en France. Le clivage au sein de la société algérienne était trop profond entre ceux qui étaient favorables au maintien de l’appartenance à la France et ceux qui souhaitaient l’indépendance. Le temps et les espoirs de la Loi organique de 1947 étaient loin après un conflit aussi sanglant. L’ombre des massacres sanglants d’Oran le jour même de l’Indépendance en 1962 a refermé définitivement la porte d’un “Brésil” en Algérie.

France would nevertheless make another attempt, some time before the extremely serious events that occurred between 1958 and 1962—the first Algiers coup in 1958, followed by a second in 1961, the Week of the Barricades, the Rue d’Isly shooting, the purge within the ranks of the FLN, and the blockade of Bab El Oued, to name just a few—to once again do what France had always done in Algeria in the past: propose measures that never addressed the fundamental issue of equality among Algeria’s communities. One example in this regard is the 1958 Constantine Plan, which aimed to redistribute land and provide decent housing for Algerians, improve education for all children in French Algeria, and ensure greater participation by Muslim Algerians in local public service. The September 1958 referendum saw Algerians from all communities vote for the first time, despite calls for a boycott by the FLN. Yet none of these initiatives altered the fate of French Algeria: violence and divisions only worsened between 1958 and 1962. Amid fears of abandonment by French Algeria, the radicalization of a faction of the FLN, the emergence of the OAS, the violent crackdown on the 1961 demonstration in Paris in support of the FLN, and the departure of many pieds-noirs—a process already well underway… The very years when political, economic, and social solutions to the crisis in French Algeria finally seemed to be emerging saw the last hopes for an Algeria remaining part of France collapse amid violence and radicalization.
La France tentera quand même encore, quelques temps avant les évènements gravissimes survenus entre 1958 et 1962 — premier putsch d’Alger en 1958 puis second en 1961, semaine des barricades, fusillade de la rue d’Isly, bleuite dans les rangs du FLN, blocus de Bab El Oued pour ne citer que cela — de faire à nouveau ce que la France a déjà fait à chaque fois par le passé en Algérie : proposer des avancées qui ne solutionnent jamais le problème de fond de l’égalité entre les communautés en Algérie. On peut citer à cet égard le plan Constantine de 1958 visant à redistribuer les terres et à loger dignement les Algériens, à mieux scolariser l’ensemble des enfants de l’Algérie Française et à garantir une plus grande participation des Algériens musulmans à la fonction publique locale. Le référendum de Septembre 1958 voit pour la première les Algériens de toutes les communautés voter pour la première fois, malgré les appels au boycott du FLN. Toutes ces initiatives ne changent pourtant rien au destin de l’Algérie Française : les violences et divisions ne vont qu’en s’aggravant de 1958 à 1962. Entre craintes d’abandon de l’Algérie Française, radicalisation d’une partie du FLN, naissance de l’OAS, répression violente de la manifestation de soutien au FLN en 1961 à Paris, départ déjà engagé de nombreux pieds-noirs… Les années mêmes où semblent enfin émerger la solution politique, économique et sociale à la crise en Algérie Française voient s’effondrer dans la violence et la radicalisation les derniers espoirs d’une Algérie rattachée à la France.
“French from Dunkirk to Tamanrasset” or how the dream faded away
So, what would a “Brazil in Algeria” have looked like? It is difficult to imagine without applying inappropriate interpretative frameworks to the complex case of French Algeria. Neither Brazil nor post-1994 South Africa share the same history, nor the same social, religious and economic constraints. There is also always a risk — which I hope to avoid here — of speaking of a dream that would propose an “acceptable” or “rehabilitated” version of French Algeria. The Algerians were, and are, at home there after all. “French, from Dunkirk to Tamanrasset” ? — a project now viewed sometimes with nostalgia, and at other times with a more critical eye that may mask a certain condescension, particularly given the demographic realities of the Algerian population during and after the existence of French Algeria. Without any further political ambition: perhaps simply an Algeria that would have treated all its residents as equals, well before 1954, and without distinction. But that’s another story.
Alors, à quoi aurait ressemblé un « Brésil en Algérie » ? Difficile à imaginer sans vouloir calquer sur le cas complexe de l’Algérie Française des grilles de lectures inadaptées. Le Brésil ou l’Afrique du Sud après 1994 n’ont ni la même histoire, ni les mêmes contraintes sociales, religieuses et économiques. Il y a aussi toujours un risque, que j’espère éviter ici, de parler d’un rêve qui proposerait une version « acceptable » ou « réhabilitée » de l’Algérie Française. Les Algériens étaient et sont chez eux après tout. « Français, de Dunkerque à Tamanrasset » ? — un projet aujourd’hui regardé tantôt avec nostalgie, parfois aussi avec un regard plus critique qui peut masquer une certaine condescendance, notamment compte tenu des réalités démographiques de la population algérienne durant et après l’existence de l’Algérie Française. Sans plus d’ambition politique : peut-être simplement une Algérie qui aurait traité en égal avec l’ensemble de ces résidents, bien avant 1954, et sans distinction. Mais ça, c’est une autre histoire.

In the absence of a “Brazil”, there are the others. Those who stayed for good or just for a while, like my grandfather, who was a development worker. The subject still intrigues observers — whether French or Algerian, for that matter: why did this person stay in Algeria? Whether we’re talking about a development worker, a schoolteacher or an entrepreneur. Staying in Algeria after 1962, quite apart from any possible financial or material benefits, was in itself a choice — even if a silent one. The severity of the conflict and the violence of the purges following independence leave no doubt as to the minimum of sympathy the population had for these people.
A défaut d’un Brésil, il y a les autres. Ceux qui sont restés pour toujours ou un temps seulement, comme mon grand-père coopérant. Le sujet intrigue toujours les observateurs — Français ou Algériens d’ailleurs : pourquoi cette personne est-elle restée en Algérie ? Que l’on parle d’un coopérant, instituteur ou entrepreneur. Rester en Algérie après 1962, au-delà de tout les avantages financiers/matériels possibles, était déjà une façon de choisir — même silencieusement. La gravité du conflit, et la violence des purges après l’indépendance, ne laissent pas de doute sur un minimum de sympathie accordé par la population à ces personnes.
On the subject of aid workers, the question has always arisen as to what they may or may not have done in Algeria, their views on Algerian independence, or their actions during the Algerian War. This is a subject that sometimes gives rise to speculation — there is a difference between having been in favour of independence, having loved the country and its people, or at least having accepted well before 1962 the idea that Algeria’s destiny was not to be part of France; and having actively supported independence by campaigning for or collaborating with the FLN/ALN. This would certainly not have been permitted for colonial officials, in pain of severe penalties. Sometimes, a simple attachment to the country and its people, the absence of any publicly expressed opposition to independence, a basic respect for the local population (such as refraining from drinking alcohol in the presence of employees or Muslims) and, quite simply, the new Algerian government’s need for qualified technical staff were sufficient reasons in themselves for these people to remain on Algerian soil.
Sur le sujet des coopérants, la question s’est toujours posée de savoir ce qu’il avait pu faire ou ne pas faire en Algérie, leur opinion sur l’indépendance de l’Algérie ou leurs actes durant la Guerre d’Algérie. Un sujet parfois matière à fantasme — il y a un écart entre avoir pu être favorable à l’indépendance, avoir aimé le pays et ses habitants, ou du moins avoir accepté bien avant 1962 l’idée que le destin de l’Algérie n’était pas d’être française ; et avoir activement soutenu l’indépendance en militant ou collaborant avec le FLN/ALN. Ce qui n’aurait sûrement pas été permis pour des fonctionnaires coloniaux, sous peine de lourdes sanctions. Parfois, le simple attachement au pays, à ses habitants, l’absence de convictions affichées contre l’indépendance, le simple respect des populations (comme ne pas boire d’alcool en présence d’employés ou de personnes musulmanes) et tout simplement le besoin du nouveau gouvernement algérien de techniciens qualifiés expliquent à eux seuls le maintien sur le sol algérien de ces personnes.
In total, around 200,000 French people did not leave Algeria at the time of independence. The reasons were varied: ranging from openly expressed support for independence, activism, the absence of close relatives in mainland France, economic motives, or even cooperation. The fact remains, however, that the very idea of a pluralistic Algeria had not only disappeared before, but also after, in the face of such a massive exodus of its population. In the years that followed, the issue of Arabisation under Boumediene arose: a movement that would lead to further departures from the newly independent Algeria, both against a backdrop of the marginalisation of non-Arabic speakers and under the weight of accumulated disappointments. The Algerian civil war of the 1990s was, sadly, the culmination of this.
Au total, environ 200 000 Français n’ont pas quitté l’Algérie à l’indépendance. Les raisons sont variées : entre sympathie clairement affichées pour l’indépendance, militantisme, absence de proches en métropole, motifs économiques ou encore la coopération. Il n’en reste pas moins que l’idée même d’une Algérie plurielle avait non seulement disparu avant, mais également après, face à une telle hémorragie de sa population. Va se poser les années suivantes la question de l’arabisation sous Boumediene : un mouvement qui va conduire à d’autres départs de l’Algérie nouvellement indépendante, à la fois dans un contexte d’évincement des non-arabophones, mais aussi sous le poids des déceptions accumulées. La guerre civile algérienne des années 1990 en est malheureusement le paroxysme.

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