This text looks back at the Algerian civil war of the 1990s. My aim here is to reconstruct the full chain of events: the collapse of the oil-based rentier model in 1986, explosive population growth, forced Arabisation, and the absence of any alternative political channels — all of which made the FIS possible, and then inevitable. I also discuss the 1999 Civil Concordat not as a chapter that has been closed, but as a legal straitjacket that has prevented any collective work on remembrance — the concrete consequences of which are illustrated today by the recent conviction of Kamel Daoud for his novel Houris.
Ce texte revient sur la guerre civile algérienne des années 1990. Mon objectif est de restituer la séquence causale complète : l’effondrement du modèle rentier pétrolier en 1986, la démographie explosive, l’arabisation forcée, l’absence de tout canal politique alternatif — qui ont rendu le FIS possible, puis inévitable. J’aborde également la Concorde civile de 1999 non pas comme une page tournée, mais comme une chape de plomb juridique qui a empêché tout travail collectif de mémoire — et dont la condamnation récente de Kamel Daoud pour son roman Houris illustre les conséquences concrètes aujourd’hui.
During the 1990s, Algeria was engulfed in a decade long deadly civil war opposing the Algerian government and several Islamists factions. What began as a political transformation from 1988 to 1991 — with the introduction of political pluralism and the growth of the Islamic Salvation Front — turned into a deadly civil war after the cancellation of the 1991 election following the Islamic Salvation Front victory over many of the Algerian wilaya. This small article explores this critical period in the history of modern Algeria, and its lasting impact on modern Algerian society.
Au cours des années 1990, l’Algérie a été plongée dans une guerre civile sanglante qui a duré une décennie et opposé le gouvernement algérien à plusieurs factions islamistes. Ce qui avait commencé comme une transformation politique entre 1988 et 1991 — avec l’introduction du pluralisme politique et l’essor du Front islamique du salut — s’est transformé en une guerre civile meurtrière après l’annulation des élections de 1991, suite à la victoire du FIS (Front Islamique du Salut) dans de nombreuses wilayas algériennes. Ce court article explore cette période critique de l’histoire de l’Algérie moderne et son impact durable sur la société algérienne moderne.
1962–1988 — Prelude
Algeria was a French colony until 1962, following the Algerian Independence War. The National Liberation Front took the leadership of the country after the independence. The leadership was plagued by internal conflicts and feuds, and a Coup d’Etat occurred in 1965 led by Houari Boumédiène against Ahmed Ben Bella. Boumédiène was seen as a fierce nationalist for Algeria, but was also deeply influenced by Islamic Values. Several actions were enacted to improve what is called “Arabisation” — like forcibly ban the use of French language and to force the use of Arab language by public servants. Another major concern was agricultural production : the country was unable despite several measures to feed its population. An issue that still exists in modern Algeria. Boumédiène died in 1978, and his successor was Chadli Bendjedid. The country pursued its “Arabisation” program as with the Algerian Family Code in 1984. A code that included strong Islamic values regarding family affairs. But the first major shock for Algeria was the 1980s oil glut. The country was heavily dependent on its fuel export, and the collapse of the price on the international market deepened the economic crisis in the country. All this escalated into the 1988 October Riots.
L’Algérie a été une colonie française jusqu’en 1962, à la suite de la guerre d’indépendance algérienne. Le Front de libération nationale a pris les rênes du pays après l’indépendance. Le pouvoir a été miné par des conflits internes et des querelles, et un coup d’État a eu lieu en 1965, mené par Houari Boumédiène contre Ahmed Ben Bella. Boumédiène était considéré comme un fervent nationaliste algérien, mais il était également profondément imprégné des valeurs islamiques. Plusieurs mesures ont été adoptées pour renforcer ce qu’on appelle « l’arabisation », comme l’interdiction de l’usage de la langue française et l’obligation pour les fonctionnaires d’utiliser la langue arabe. La production agricole constituait une autre préoccupation majeure : malgré plusieurs mesures, le pays était incapable de nourrir sa population. Un problème qui persiste encore aujourd’hui en Algérie. Boumediène est décédé en 1978, et son successeur fut Chadli Bendjedid. Le pays a poursuivi son programme d’« arabisation », notamment avec le Code de la famille algérien de 1984. Ce code intégrait des valeurs islamiques fortes concernant les affaires familiales. Mais le premier choc majeur pour l’Algérie fut la surabondance de pétrole des années 1980. Le pays était fortement dépendant de ses exportations de pétrole, et l’effondrement des prix sur le marché international a aggravé la crise économique dans le pays. Tout cela a dégénéré en émeutes en octobre 1988.
Although little known to the general public, the crisis of the summer of 1962 would prove to be a decisive factor in shaping much of Algeria’s fate in the years that followed. To go back a bit, we must mention the “bleuite”—from 1957 to 1959. As part of a French military operation to infiltrate the National Liberation Front and the National Liberation Army, the French army succeeded in thoroughly dismantling a large portion of the intelligentsia of the future independent Algeria by sowing discord among members and between the various factions of both organizations. The techniques employed? False information, compromising documents left on the bodies of insurgents, and the use of Algerians who had defected… Paranoia took hold among independence leaders, and major internal purges were organized, against a backdrop in which many Muslim Algerians loyal to France were seen in the streets during the 1958 Algiers coup. It was the urban leaders and activists—often the most educated and well-trained—who were the targets of the bloodiest purges. When Algeria gained independence in 1962, the country was deprived of part of its intelligentsia, and tensions remained high among the independence activists. Opposition also arose among the independence movement between those advocating a Berber-centric and those advocating an Arab-centric vision of Algeria—a major issue touching on the very essence of what Algeria’s core identity should or should not be. In June 1962, the leading figures of the Algerian independence movement attempted what might be called a “family photo” at the Tripoli Congress in June 1962 — Ahmed Ben Bella, Benyoucef Benkhedda, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Rabah Bitat, Krim Belkacem, Mohamed Khider, Abdelhafid Boussouf, Houari Boumédiène, and Lakhdar Bentobal. But divisions erupted; long-standing members like Boudiaf were arrested and then went into exile, and ultimately, Boumédiène’s Arabist-leaning faction gained the upper hand—over the more civilian-oriented Provisional Government of the Republic of Algeria. Three years later, it was the turn of Ahmed Ben Bella, President of the Algerian Republic, to be deposed by Boumédiène during the 1965 coup d’état.
Peu connue du grand public, la crise de l’été 1962 va être un facteur déterminant d’une grande partie du destin de l’Algérie dans les années qui suivront. Pour revenir un peu en arrière, il faut parler de la « bleuite » — de 1957 à 1959. Dans le cadre d’une opération d’infiltration du Front Libération National et de l’Armée de Libération Nationale par l’armée française, cette dernière parvient à détruire en profondeur une grande partie de l’intelligentsia de la future Algérie indépendante en intoxicant les relations entre les membres et les différentes factions des deux organisations. Les techniques employées ? Fausses informations, documents compromettants laissés sur les corps d’insurgés, usage d’Algériens retournés… La paranoïa gagne les cadres indépendantistes et de grandes purges internes sont organisées, dans un contexte où les Algériens musulmans loyaux à la France sont vus nombreux dans les rues au cours du putsch d’Alger en 1958. Ce sont les cadres et militants urbains, souvent les plus cultivés et formés, qui feront l’objet des purges les plus sanglantes. Quand l’Algérie devient indépendante en 1962, le pays est privé d’une partie de son intelligentsia, et les tensions restent vives au sein des indépendantistes. Une opposition monte également entre les tenants d’une vision berbériste et arabiste de l’Algérie chez les indépendantistes — un sujet majeur qui touche à l’identité même de ce que doit être ou non l’identité profonde de l’Algérie. En Juin 1962, les figures majeures de l’indépendantisme algérien tentent ce que l’on pourrait appeler une « photo de famille » au Congrès de Tripoli en Juin 1962 — Ahmed Ben Bella, Benyoucef Benkhedda, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Rabah Bitat, Krim Belkacem, Mohamed Khider, Abdelhafid Boussouf, Houari Boumédiène, Lakhdar Bentobal. Mais les divisions explosent, des membres historiques comme Boudiaf sont arrêtés puis s’exilent, et finalement, c’est le camp de Boumediène à tendance arabiste qui prend le dessus — face au pouvoir davantage civil du Gouvernement Provisoire de la République d’Algérie. Trois ans plus tard : c’est au tour de Ahmed Ben Bella, président de la République Algérienne, d’être destitué par Boumédiène durant le coup d’Etat de 1965.

After the death of Houari Boumédiène in 1978, Algeria entered a period of gradual transition marked by growing social tensions. Under the presidency of Chadli Bendjedid, Algerian society experienced rapid demographic growth and urbanization, which intensified pressure on housing, employment, and public services. Unemployment, particularly among young people, became a major issue, feeding frustration and a sense of marginalization. Although access to education expanded significantly, especially at the primary and secondary levels, the system struggled with overcrowding and declining quality, leaving many graduates without clear prospects. Women made progress in education and entered the workforce in greater numbers, yet they continued to face strong social constraints and persistent inequalities. At the same time, a visible return to religious values took place, with Islam playing an increasingly important role in public and social life, particularly among the youth. These evolving dynamics reflected a society in search of new reference points, caught between aspirations for modernization and a reassertion of traditional and religious identities.
Après la mort de Houari Boumédiène en 1978, l’Algérie entre dans une période de transition progressive marquée par de fortes tensions sociales. Sous la présidence de Chadli Bendjedid, la société algérienne connaît une croissance démographique rapide et une urbanisation accélérée, accentuant la pression sur le logement, l’emploi et les services publics. Le chômage, en particulier chez les jeunes, devient un problème majeur, alimentant frustration et sentiment d’exclusion. Si l’accès à l’éducation s’est largement développé, notamment dans le primaire et le secondaire, le système souffre de surpopulation et d’une baisse de qualité, laissant de nombreux diplômés sans perspectives claires. Les femmes progressent dans l’accès à l’éducation et s’insèrent davantage dans le monde du travail, mais elles restent confrontées à de fortes contraintes sociales et à des inégalités persistantes. Parallèlement, on observe un retour marqué aux valeurs religieuses, avec une place croissante de l’islam dans la vie sociale et publique, en particulier chez les jeunes. Ces évolutions traduisent une société en quête de repères, tiraillée entre aspirations à la modernisation et réaffirmation des identités traditionnelles et religieuses.
1988 — Algeria in crisis
The 1988 October Riots occurred under the pressure of several factors. The first one was the 1980s oil glut when the oil prices stagnated around 10$ dollar after a 30$ peak in 1980. It caused several troubles for most of the oil producing countries — like the Soviet Union at the time. The economy of Algeria at the time was overreliant on petroleum exports. The industrial and agricultural basis proved insufficient to push the Algerian economy. Another major concern was the growth of the Algerian population. From 1966 to 1988, the Algerian population nearly doubled from 13 million to nearly 25 million. The age pyramid was heavily skewed with 44% of the population aged between 0 and 14 years old. The economic crisis caused serious discontent, coupled with difficulties to buy food at proper prices. It was the biggest political crisis after several events through the 1980s : Kabylia (1980), Oran and Saïda (1982), Oran (1984), Alger (Casbah) 1985, Constantine and Sétif (1986). The 1988 events forced the political apparatus to organize the first multiparty elections in 1990 — thus ending the political monopoly of the National Liberation Front.
Les émeutes d’octobre 1988 ont éclaté sous la pression de plusieurs facteurs. Le premier était la surabondance de pétrole des années 1980, période durant laquelle les cours du pétrole ont stagné autour de 10 dollars après avoir atteint un pic de 30 dollars en 1980. Cette situation a causé de nombreuses difficultés à la plupart des pays producteurs de pétrole, à l’instar de l’Union soviétique à l’époque. À l’époque, l’économie algérienne dépendait excessivement des exportations de pétrole. Les bases industrielles et agricoles se sont révélées insuffisantes pour stimuler l’économie algérienne. Une autre préoccupation majeure était la croissance démographique algérienne. De 1966 à 1988, la population algérienne a presque doublé, passant de 13 millions à près de 25 millions d’habitants. La pyramide des âges était fortement déséquilibrée, avec 44 % de la population âgée de 0 à 14 ans. La crise économique a provoqué un profond mécontentement, aggravé par les difficultés à se procurer de la nourriture à des prix raisonnables. Il s’agissait de la plus grave crise politique après plusieurs événements survenus au cours des années 1980 : la Kabylie (1980), Oran et Saïda (1982), Oran (1984), Alger (Casbah) (1985), Constantine et Sétif (1986). Les événements de 1988 ont contraint l’appareil politique à organiser les premières élections multipartites en 1990, mettant ainsi fin au monopole politique du Front de libération nationale.

Rise of political Islam
The rise of political Islam from the Iranian Revolution to the late 1980s marked a major turning point in modern Middle Eastern history. The overthrow of Mohammad Reza Shah Pahlavi and the establishment of an Islamic Republic under Ruhollah Khomeini demonstrated that religion could serve as a powerful political force capable of mobilizing mass support. This revolution inspired Islamist movements across the Muslim world, from North Africa to South Asia, many of which sought to challenge secular regimes and Western influence. In Algeria, for example, the Islamic Salvation Front (FIS) emerged in the late 1980s as a major political force, reflecting the growing appeal of Islamist ideas. During the 1980s, the consolidation of the Iranian regime, particularly during the Iran–Iraq War, reinforced the idea that an Islamic government could withstand both internal opposition and external pressure. At the same time, Sunni Islamist groups such as the Muslim Brotherhood gained influence by promoting similar ideas adapted to their own contexts. The Afghan jihad against the Soviet Union also contributed to the spread of militant Islamist ideology. By the end of the 1980s, political Islam had become a diverse and influential movement, reshaping regional politics and redefining the relationship between religion and the state.
La montée de l’islam politique entre la Révolution iranienne et la fin des années 1980 constitue un tournant majeur de l’histoire contemporaine du Moyen-Orient. Le renversement de Mohammad Reza Shah Pahlavi et l’établissement d’une République islamique dirigée par Ruhollah Khomeini ont montré que la religion pouvait devenir une force politique capable de mobiliser les masses. Cette révolution a inspiré de nombreux mouvements islamistes à travers le monde musulman, de l’Afrique du Nord à l’Asie du Sud, qui cherchaient à contester les régimes laïcs et l’influence occidentale. En Algérie, par exemple, le Front islamique du salut (FIS) émerge à la fin des années 1980 comme une force politique majeure, illustrant l’attrait croissant de l’islamisme. Durant les années 1980, la consolidation du régime iranien, notamment pendant la guerre Iran-Irak, a renforcé l’idée qu’un État islamique pouvait résister aux oppositions internes comme aux pressions extérieures. Parallèlement, des groupes islamistes sunnites comme les Frères musulmans ont gagné en influence en adaptant ces idées à leurs propres contextes. Le jihad afghan contre l’Union soviétique a également contribué à la diffusion d’une idéologie islamiste militante. À la fin des années 1980, l’islam politique est devenu un mouvement diversifié et influent, transformant les dynamiques régionales et redéfinissant les relations entre religion et État.

Arabisation
From Algeria’s accession to independence in 1962, the State placed the Arabization of the administration and society at the core of its political and constitutional orientations. The 1963 Constitution defined Arabic as the sole national and official language, while providing for the transitional and temporary use of French. Beginning in 1964, under the presidency of Ahmed Ben Bella, the first decrees required the mandatory use of Arabic within the civil service and in the drafting of official documents. This policy became more structured under the presidency of Houari Boumédiène (1965–1978), with the adoption of numerous legislative measures, including the requirement for civil servants to master the national language, as well as the gradual Arabization of primary education, civil status records, public advertising, and road signage. The 1976 Constitution reaffirmed this status by formally committing the State to generalize the use of Arabic across all sectors of activity, while demands related to Berber-speaking populations were not incorporated into the official legislation of that period.
Dès l’accession de l’Algérie à l’indépendance en 1962, l’État a inscrit l’arabisation de l’administration et de la société au cœur de ses orientations politiques et constitutionnelles. La Constitution de 1963 a défini l’arabe comme l’unique langue nationale et officielle, tout en prévoyant une utilisation transitoire et provisoire de la langue française. À partir de 1964, sous la présidence d’Ahmed Ben Bella, de premiers décrets ont encadré l’usage obligatoire de l’arabe dans la fonction publique et la rédaction des textes officiels. Cette politique s’est structurée sous la présidence de Houari Boumédiène (1965-1978) avec l’adoption de nombreux textes législatifs, parmi lesquels l’obligation pour les fonctionnaires de maîtriser la langue nationale, l’arabisation progressive de l’enseignement fondamental, de l’état civil, de l’affichage publicitaire et de la signalisation routière. La Constitution de 1976 a réaffirmé ce statut en engageant formellement l’État à généraliser l’usage de l’arabe dans tous les secteurs d’activité, tandis que les revendications liées aux populations berbérophones n’étaient pas intégrées dans la législation officielle de cette période.
During the 1980s and 1990s, the process of generalizing the use of Arabic continued at both the legislative and institutional levels. Under the presidency of Chadli Bendjedid (1979–1992), regulations governed the official transcription of family names and the establishment of a national register of given names consistent with traditional usage. The 1986 National Charter enshrined Arabic as the fundamental linguistic component of the national identity, without making any reference to Berber. The major milestone of this period was the enactment of Law No. 91-05 of 16 January 1991, which mandated the exclusive use of Arabic in the administration, the judiciary, public enterprises, the media, and education, while prohibiting the use of foreign languages in official deliberations. Following a period of partial suspension under the presidencies of Mohamed Boudiaf and subsequently Ali Kafi in 1992, the implementation of this legislation continued under President Liamine Zeroual (1994–1999), who maintained the deadline of 5 July 1998 for the complete Arabization of public life. Although the 1996 Constitution introduced the concept of « Amazighity » in its preamble as a component of the national identity, Arabic remained the only language granted national and official status in the operative provisions of the Constitution.
Durant les décennies 1980 et 1990, le processus de généralisation de la langue arabe s’est poursuivi sur les plans législatif et institutionnel. Sous le mandat de Chadli Bendjedid (1979-1992), des réglementations ont encadré la transcription officielle des patronymes et l’établissement d’un lexique national des prénoms conformes à l’usage traditionnel. La Charte nationale de 1986 a consacré la langue arabe comme l’élément linguistique fondamental de l’identité nationale, sans faire mention du berbère. L’étape majeure de cette période a été la promulgation de la loi n° 91-05 du 16 janvier 1991, qui disposait l’usage exclusif de l’arabe dans l’administration, la justice, les entreprises publiques, les médias et l’éducation, tout en interdisant l’usage de langues étrangères dans les délibérations officielles. Après une période de suspension partielle sous la présidence de Mohamed Boudiaf puis d’Ali Kafi en 1992, la mise en œuvre de cette législation s’est poursuivie sous la présidence de Liamine Zeroual (1994-1999), qui a maintenu l’échéance de l’arabisation complète de la vie publique fixée au 5 juillet 1998. Bien que la Constitution de 1996 ait introduit pour la première fois l’« amazighité » dans son préambule comme composante de l’identité nationale, l’arabe est resté l’unique langue dotée du statut national et officiel dans le corps du texte constitutionnel.
In the early 2000s, under the presidency of Abdelaziz Bouteflika, legislation incorporated new constitutional and educational provisions. In April 2002, a constitutional amendment recognized Tamazight as a « national language, » while Arabic remained the State’s sole official working language. At the same time, the 2005 Ordinance and the 2008 Framework Law on National Education made Arabic the compulsory language of instruction for all subjects and at every level of education, including in private schools, with administrative sanctions applicable to institutions that failed to comply with the official curricula.
Au début des années 2000, sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, la législation a intégré de nouvelles dispositions constitutionnelles et scolaires. En avril 2002, une révision constitutionnelle a instauré le tamazight comme « langue nationale », l’arabe demeurant l’unique langue officielle de travail de l’État. Parallèlement, l’ordonnance de 2005 et la loi d’orientation sur l’éducation nationale de 2008 ont rendu obligatoire l’enseignement en langue arabe pour l’ensemble des disciplines et des paliers d’enseignement, y compris au sein des établissements scolaires privés, donnant lieu à l’application de sanctions administratives pour les structures ne respectant pas les programmes officiels.
1989 — A New Constitution
A new constitution was promulgated in 1989 with the Algerian Constitution of 1989. It was adopted and promulgated by 23 February referendum the same year. The Social Democratic Party (Algeria) (PSD), the Islamic Salvation Front (FIS), the Socialist Vanguard Party (PAGS), the National Party for Solidarity and Development (PNSD) and the Rally for Culture and Democracy (RCD) were the first partisan formations approved by the Ministry of the Interior. It was during this period that political Islam became a public topic in Algeria. The Islamic Salvation Front was founded in 1989. Like in many other Arab countries at the time, the topic was considered sensitive. Many Arab states have tried to promote secularism while keeping Islamic roots — to illustrate the case, even the communist South Yemen never banned Islam practice. Islam in Algeria was always a complex issue. The National Liberation Front, for example, had a socialist ideology, but was willing to keep Islam as a fundamental part of Algerian identity. The whole period from 1988 to 1990 would see the State navigating between its willingness to liberalize the Algerian society, promote market economy and handle the political Islam topic. The years between 1988 and 1990 are marked by mass public meetings organized by the Islamic Salvation Front — mixing religious and political speeches — and growing violence.
Une nouvelle Constitution a été promulguée en 1989 : il s’agit de la Constitution algérienne de 1989. Elle a été adoptée et promulguée à la suite du référendum du 23 février de la même année. Le Parti social-démocrate (Algérie) (PSD), le Front islamique du salut (FIS), le Parti d’avant-garde socialiste (PAGS), le Parti national de solidarité et de développement (PNSD) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) ont été les premières formations partisanes approuvées par le ministère de l’Intérieur. C’est au cours de cette période que l’islam politique est devenu un sujet d’actualité en Algérie. Le Front islamique du salut a été fondé en 1989. Comme dans de nombreux autres pays arabes à l’époque, le sujet était considéré comme sensible. De nombreux États arabes ont tenté de promouvoir la laïcité tout en conservant leurs racines islamiques — pour illustrer ce cas, même le Yémen du Sud communiste n’a jamais interdit la pratique de l’islam. L’islam en Algérie a toujours été une question complexe. Le Front de libération nationale, par exemple, avait une idéologie socialiste, mais était disposé à conserver l’islam comme élément fondamental de l’identité algérienne. Toute la période de 1988 à 1990 a vu l’État naviguer entre sa volonté de libéraliser la société algérienne, de promouvoir l’économie de marché et de gérer la question de l’islam politique. Les années 1988 à 1990 sont marquées par des rassemblements publics de masse organisés par le Front islamique du salut — mêlant discours religieux et politiques — et par une violence croissante.

1990–1992 — FLN lost control
The first clear sign of the loss of control by the National Liberation Front is the 1990 local elections. Despite the ongoing reforms led by the NLF, the Islamic Salvation Front won 54% of the vote in Algeria. Violence ensued during the early 1991 and the two leaders of the Islamic Salvation Front (Abbassi Madani and Ali Belhadj) were arrested. Despite growing tensions and concerns, the 1991 Algerian parliamentary elections were held, with a clear advantage for the Islamic Salvation Front which gained 47% of the vote. The Algerian army decided to stop the electoral process, and organized the 1992 Algerian coup d’état on 11 January 1992. The elections were cancelled and the Algerian president Chadli Bendjedid was dismissed.
Les élections locales de 1990 constituent le premier signe manifeste de la perte de contrôle du Front de libération nationale. Malgré les réformes en cours menées par le FLN, le Front de libération islamique a remporté 54 % des suffrages en Algérie. Des violences ont éclaté au début de l’année 1991 et les deux dirigeants du Front Islamique du Salut (Abbassi Madani et Ali Belhadj) ont été arrêtés. Malgré des tensions et des inquiétudes croissantes, les élections législatives algériennes de 1991 ont eu lieu, avec un net avantage pour le Front Islamique du Salut qui a recueilli 47 % des voix. L’armée algérienne a décidé de mettre fin au processus électoral et a organisé le coup d’État algérien de 1992, le 11 janvier 1992. Les élections ont été annulées et le président algérien Chadli Bendjedid a été destitué.

1992 — Beginning of the Black Decade
Several measures were enacted following the 1992 Coup d’Etat. One of the most important ones was the decision to bring back Mohamed Boudiaf (a leader of the National Liberation Front during the Algerian War of Independence) back to Algeria. He was nominated as the Head of the High Council of State (Algeria) — formed after the 1992 Coup d’Etat. While popular among the Algerian people, Boudiaf was heavily dependent on the Algerian army and lacked a complete understanding of the Algerian society — he was exiled for 27 years in Morocco before his return to Algeria. Unfortunately, Boudiaf was assassinated in June 1992. The same year, in August 1992, the Houari Boumédiène Airport bombings by the Armed Islamic Group of Algeria — founded the same year too. Several organisations fought against the government. The most prominent ones were the Armed Islamic Group, the Islamic Salvation Army and Islamic Front for Armed Jihad. Most of them operated until the late 1990s. The economic situation of the country was still a major concern, with nearly 20% of its population unemployed in 1991, and 31% in 1995.
Plusieurs mesures ont été adoptées à la suite du coup d’État de 1992. L’une des plus importantes fut la décision de faire revenir Mohamed Boudiaf (un dirigeant du Front de libération nationale pendant la guerre d’indépendance algérienne) en Algérie. Il a été nommé à la tête du Haut Conseil d’État (Algérie), formé après le coup d’État de 1992. Bien que populaire auprès du peuple algérien, Boudiaf dépendait fortement de l’armée algérienne et ne comprenait pas pleinement la société algérienne — il avait en effet été exilé pendant 27 ans au Maroc avant son retour en Algérie. Malheureusement, Boudiaf a été assassiné en juin 1992. La même année, en août 1992, le Groupe islamique armé d’Algérie — fondé la même année également — a perpétré les attentats à la bombe de l’aéroport Houari Boumédiène. Plusieurs organisations ont combattu le gouvernement. Les plus importantes étaient le Groupe islamique armé, l’Armée islamique du salut et le Front islamique du djihad armé. La plupart d’entre elles ont opéré jusqu’à la fin des années 1990. La situation économique du pays restait une préoccupation majeure, avec près de 20 % de la population au chômage en 1991, et 31 % en 1995.

1990s Algeria — A country under massive economic pressure


The 1990s in Algeria were a complex period, far from being uniform. While terrorism was rampant, the country pursued its economic reform. The GDP PPP grew from 189 billion dollars in 1992 to 295 billion dollars in 2002. The unemployment was high through the 1990s ranging from 20 to 30%, but fell progressively to 10% of the population. But many of these successes were only achieved through job-cuts in the industrial sector, privatisation and under internal and external pressure. Capital flight was an important issue of the 1990s Algeria economy, and the government was even obligated to restructure its debts. Despite these mounting difficulties, the government kept its import substitution industrialization scheme — something still working today. All this led to more economic difficulties and lack of investment in the industrial sector. The topic of food self-sufficiency still mattered during the 1990s with food imports amounting for 23% in 1993 and 32% in 1997 of imported goods. Inflation was high, reaching 31% in 1995.
Les années 1990 en Algérie ont constitué une période complexe, loin d’être homogène. Alors que le terrorisme sévissait, le pays a poursuivi ses réformes économiques. Le PIB PPA est passé de 189 milliards de dollars en 1992 à 295 milliards de dollars en 2002. Le taux de chômage, qui s’est maintenu à un niveau élevé tout au long des années 1990, oscillant entre 20 et 30 %, a progressivement baissé pour atteindre 10 % de la population. Mais bon nombre de ces succès n’ont été obtenus qu’au prix de suppressions d’emplois dans le secteur industriel, de privatisations et sous la pression interne et externe. La fuite des capitaux a constitué un problème majeur de l’économie algérienne des années 1990, et le gouvernement a même été contraint de restructurer sa dette. Malgré ces difficultés croissantes, le gouvernement a maintenu son programme d’industrialisation par substitution des importations — un programme qui fonctionne encore aujourd’hui. Tout cela a entraîné davantage de difficultés économiques et un manque d’investissements dans le secteur industriel. La question de l’autosuffisance alimentaire restait d’actualité dans les années 1990, les importations alimentaires représentant 23 % des marchandises importées en 1993 et 32 % en 1997. L’inflation était élevée, atteignant 31 % en 1995.

Black Decade Spillover
The spillover effects of the Algerian Civil War in the 1990s had significant regional consequences, particularly in North Africa and parts of Europe. As violence intensified between the Algerian state and Islamist armed groups, instability spread beyond national borders through refugee flows, arms trafficking, and transnational militant networks. Neighboring countries such as Morocco and Tunisia increased security measures to prevent infiltration by armed groups, while also facing internal Islamist opposition. In the Sahel region, especially in Mali and Niger, porous borders facilitated the movement of fighters and weapons, contributing to long-term regional instability. At the same time, France was directly affected due to its historical ties with Algeria, notably through a wave of terrorist attacks in 1995, including the 1995 Paris Metro bombing, carried out by networks linked to Algerian Islamist groups. These dynamics illustrate how the conflict extended beyond Algeria, transforming it into a broader regional security issue.
Les effets de diffusion de la guerre civile algérienne dans les années 1990 ont eu d’importantes conséquences régionales, notamment en Afrique du Nord et en Europe. À mesure que la violence s’intensifie entre l’État algérien et les groupes islamistes armés, l’instabilité dépasse les frontières nationales à travers les flux de réfugiés, les trafics d’armes et les réseaux militants transnationaux. Des pays voisins comme le Maroc et la Tunisie renforcent leurs dispositifs sécuritaires pour empêcher l’infiltration de groupes armés, tout en faisant face à leurs propres oppositions islamistes. Dans la région du Sahel, notamment au Mali et au Niger, la porosité des frontières facilite la circulation des combattants et des armes, contribuant à une instabilité durable. Par ailleurs, la France est directement touchée en raison de ses liens historiques avec l’Algérie, notamment par une vague d’attentats en 1995, dont l’attentat du RER B à Saint-Michel, perpétrés par des réseaux liés à des groupes islamistes algériens. Ces éléments montrent que le conflit a dépassé le cadre national pour devenir un enjeu de sécurité régionale.

Massacres and ”Qui tue qui ?” controversy
In its campaign against the Algerian government, the Islamic factions extended their targets throughout the 1990s. Progressively, journalists, singers, writers and even simple people were killed daily in Algeria. Two of them were Tahar Djaout in 1993 — a renowned journalist and writer both in France and Algeria, considered one of the first “intellectual” victims — and the famous Rai singer Cheb Hasni in 1994. Two other events marked the escalation of the crisis. First, the Air France Flight 8969 hostage crisis in 1994. Then the murder of the monks of Tibhirine in 1996. The latter one could be considered as the beginning of the zenith of violence in Algeria. In 1997 and 1998, dozens of mass massacres were committed in small communities or villages throughout Algeria. The most famous occurred in Bentalha (1997) and Tadjen (1998). These unexpected and sometimes irrational acts led some people to develop the controversial idea that some of them were orchestrated by the Algerian government under the “Qui tue qui ?” theory — the idea that several Islamic factions were infiltrated by the security forces and that some massacres were committed within this context. The phrase “Qui tue qui ?” (“Who is killing whom?”) emerged during the Algerian Civil War to express uncertainty and controversy over responsibility for widespread violence. After the Islamic Salvation Front (FIS) won the first round of the 1991 elections, the military canceled the process in January 1992, triggering a brutal conflict between state forces and Islamist armed groups. Mass killings, assassinations, and terror attacks — often attributed to groups like the Armed Islamic Group — led to tens of thousands of deaths. The “Qui tue qui ?” thesis, promoted by some journalists, activists, and political figures (especially in France), argued that the Algerian army itself bore significant or even primary responsibility for massacres, either directly or by allowing them to happen. This view remains highly controversial, as many attacks were claimed by Islamist groups themselves. The debate also surrounds events like the 1996 assassination of the Tibhirine monks, where competing theories blame either the GIA or Algerian authorities; French judge Marc Trévidic notably explored these competing hypotheses. Overall, the phrase reflects enduring ambiguity, political tension, and competing narratives about accountability during one of Algeria’s most violent periods.
Dans le cadre de leur campagne contre le gouvernement algérien, les factions islamistes ont élargi leurs cibles tout au long des années 1990. Peu à peu, journalistes, chanteurs, écrivains et même de simples citoyens ont été tués quotidiennement en Algérie. Parmi eux figuraient Tahar Djaout en 1993 — journaliste et écrivain de renom tant en France qu’en Algérie, considéré comme l’une des premières victimes « intellectuelles » — et le célèbre chanteur de raï Cheb Hasni en 1994. Deux autres événements ont marqué l’escalade de la crise. Tout d’abord, la prise d’otages du vol Air France 8969 en 1994. Puis le massacre des moines de Tibhirine en 1996. Ce dernier événement peut être considéré comme le début de l’apogée de la violence en Algérie. En 1997 et 1998, des dizaines de massacres ont été perpétrés dans de petites communautés ou des villages à travers toute l’Algérie. Les plus célèbres ont eu lieu à Bentalha (1997) et à Tadjena (1998). Ces actes inattendus et parfois irrationnels ont conduit certaines personnes à développer l’idée controversée selon laquelle certains d’entre eux auraient été orchestrés par le gouvernement algérien dans le cadre de la théorie du « Qui tue qui ? » — l’idée selon laquelle plusieurs factions islamistes auraient été infiltrées par les forces de sécurité et que certains massacres auraient été commis dans ce contexte. L’expression « Qui tue qui ? » est apparue pendant la guerre civile algérienne pour traduire l’incertitude et la controverse entourant la responsabilité des violences généralisées. Après la victoire du Front islamique du salut (FIS) au premier tour des élections de 1991, l’armée a annulé le scrutin en janvier 1992, déclenchant un conflit brutal entre les forces de l’État et les groupes armés islamistes. Les massacres, les assassinats et les attentats terroristes — souvent attribués à des groupes tels que le Groupe islamique armé — ont fait des dizaines de milliers de morts. La thèse « Qui tue qui ? », défendue par certains journalistes, militants et personnalités politiques (notamment en France), soutenait que l’armée algérienne elle-même portait une responsabilité importante, voire principale, dans ces massacres, soit directement, soit en les laissant se produire. Ce point de vue reste très controversé, car de nombreuses attaques ont été revendiquées par les groupes islamistes eux-mêmes. Le débat porte également sur des événements tels que l’assassinat des moines de Tibhirine en 1996, où des théories contradictoires attribuent la responsabilité soit au GIA, soit aux autorités algériennes ; le juge français Marc Trévidic a notamment exploré ces hypothèses contradictoires. Dans l’ensemble, cette expression reflète une ambiguïté persistante, des tensions politiques et des récits contradictoires quant à la responsabilité lors de l’une des périodes les plus violentes de l’histoire de l’Algérie.

Women and minorities
The Algerian Civil War had profound social consequences, disproportionately affecting certain segments of the population. Rural communities were among the most exposed to violence, as many massacres took place in isolated villages where state protection was limited. Urban populations, particularly in working-class neighborhoods, also suffered from insecurity, unemployment, and political repression. Women were especially vulnerable during the conflict: they were targeted both as symbols of social change and for refusing to conform to strict Islamist norms, leading to threats, forced veiling, and acts of violence. At the same time, journalists, intellectuals, and civil servants became frequent targets of assassinations, as armed groups sought to silence opposition and undermine state authority. Religious and cultural minorities, including Berbers, were also impacted, particularly when they resisted Islamist ideological pressure or defended secular and pluralist identities. Overall, the war deepened social divisions and left lasting scars across Algerian society.
La guerre civile algérienne a eu de profondes conséquences sociales, affectant de manière disproportionnée certaines catégories de la population. Les populations rurales ont été parmi les plus exposées à la violence, de nombreux massacres ayant eu lieu dans des villages isolés où la protection de l’État était limitée. Les populations urbaines, notamment dans les quartiers populaires, ont également souffert de l’insécurité, du chômage et de la répression politique. Les femmes ont été particulièrement vulnérables durant le conflit : elles ont été prises pour cibles à la fois comme symboles de modernité et pour leur refus de se conformer aux normes islamistes strictes, subissant menaces, violences et parfois l’imposition du voile. Par ailleurs, les journalistes, intellectuels et fonctionnaires ont été fréquemment visés par des assassinats, les groupes armés cherchant à faire taire toute opposition et à affaiblir l’État. Les minorités religieuses et culturelles, notamment les Berbères, ont également été touchées, en particulier lorsqu’elles résistaient aux pressions idéologiques ou défendaient des identités pluralistes et laïques. Dans l’ensemble, la guerre a accentué les fractures sociales et laissé des séquelles durables dans la société algérienne.
Normalisation and end of the conflict
Despite these violences, the country was moving toward a normalisation process. The Algerian presidential election was held in 1995 — the first since 1988. The 1997 Algerian parliamentary elections (the first since 1991) were held in June of the same year. They were won by the National Rally for Democracy (a pro-government coalition). This event combined with growing discontent and distance between the Algerian people and the Islamic organizations. While the massacres were still occurring in Algeria, the Islamic Salvation Army was one of the first organizations to order an unilateral ceasefire, followed by several other Islamic factions. The first second presidential election was held in 1999, and won by Abdelaziz Bouteflika — leader of the National Liberation Front. The solution to end the civil war was the Civil Concord. An agreement that would amnesty all the opponents of the civil war, especially for the islamic fighters. The Civil Concord was approved during the 1999 Algerian Civil Concord referendum by more than 90% of the vote. In the following months and year, most violence declined and nearly ceased — as militants decided to use the amnesty law to move back to civilian life. The Armed Islamic Group dwindled and collapsed in the early 2000s.
Malgré ces violences, le pays s’engageait dans un processus de normalisation. L’élection présidentielle algérienne eut lieu en 1995 — la première depuis 1988. Les élections législatives algériennes de 1997 (les premières depuis 1991) se déroulèrent en juin de la même année. Elles furent remportées par le Rassemblement national pour la démocratie (une coalition pro-gouvernementale). Cet événement s’est ajouté au mécontentement croissant et à la distance grandissante entre le peuple algérien et les organisations islamiques. Alors que les massacres se poursuivaient en Algérie, l’Armée islamique du salut a été l’une des premières organisations à ordonner un cessez-le-feu unilatéral, suivie par plusieurs autres factions islamiques. Le premier second tour de l’élection présidentielle a eu lieu en 1999 et a été remporté par Abdelaziz Bouteflika, chef du Front de libération nationale. La solution pour mettre fin à la guerre civile a été la Concorde civile. Un accord prévoyant l’amnistie de tous les opposants à la guerre civile, en particulier des combattants islamistes. La Concorde civile a été approuvée lors du référendum de 1999 sur la Concorde civile algérienne par plus de 90 % des votants. Au cours des mois et de l’année qui ont suivi, la plupart des violences ont diminué et ont pratiquement cessé, les militants ayant décidé de profiter de la loi d’amnistie pour réintégrer la vie civile. Le Groupe islamique armé s’est affaibli et s’est effondré au début des années 2000.
Conclusion
Following the Civil Concord in 1999, one of the last operating terrorist factions was the Salafist Group for Preaching and Combat — until 2007 and at a very low level. Casualties and death toll estimates are controversial, and estimates range from 40 000 to 100 000 people killed or disappeared during the Black Decade in Algeria. The topic remains controversial in Algeria given the provision of the Civil Concord — speeches and writing over this period have been heavily monitored since the 2005 charter for National reconciliation. One of the few explicit movies on the topic was “Le Repenti” by Merzak Allouache in 2012. Politically and socially, the key issue of the early 1990s — political discontent against the Algerian government — is probably still unresolved. The Hirak movement between 2019 and 2020 was a major illustration of this deep issue in Algerian society — Algerian people are still in hope of a new political future despite few alternatives. However, the conviction on 23 April 2026 of Kamel Daoud for his novel *Houris*, which refers to the Black Decade — under Article 46 of the 2006 Charter for Peace and National Reconciliation — serves as yet another reminder of the fragility of democratic gains in Algeria, and of the lingering impact of the Black Decade on public attitudes.
Après la Concorde civile de 1999, l’un des derniers groupes terroristes encore actifs était le Groupe salafiste pour la prédication et le combat — jusqu’en 2007, mais à un niveau très faible. Les estimations du nombre de victimes et de morts sont controversées, et varient entre 40 000 et 100 000 personnes tuées ou disparues au cours de la Décennie Noire en Algérie. Le sujet reste controversé en Algérie compte tenu des dispositions de la Concorde civile — les discours et les écrits sur cette période ont été étroitement surveillés depuis la charte de 2005 pour la réconciliation nationale. L’un des rares films explicites sur le sujet est « Le Repenti » de Merzak Allouache, sorti en 2012. Sur le plan politique et social, la question centrale du début des années 1990 — le mécontentement politique à l’égard du gouvernement algérien — n’est probablement toujours pas résolue. Le mouvement Hirak entre 2019 et 2020 a été une illustration majeure de ce problème profond de la société algérienne — le peuple algérien continue d’espérer un nouvel avenir politique malgré le peu d’alternatives disponibles. Toutefois, la condamnation le 23 Avril 2026 de Kamel Daoud pour son roman Houris évoquant la Décennie Noire — au titre de l’article 46 de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale de 2006 — rappelle encore une fois la fragilité des acquis démocratiques en Algérie, et du poids de la Décennie Noire dans les mentalités.
The end of the Civil War and the early 2000s marked several significant changes for Algeria. In 2001, the “Black Spring” took place—a name that refers to the Berber Spring of 1980. The Kabyles took to the streets once again to defend their identity, their distinct characteristics, and their language. The crackdown was particularly brutal, with at least a hundred protesters killed. The intensity of the protests and the violence of the crackdown forced the Algerian government to implement a two-step change: Tamazight (the Berber language) was incorporated into the Algerian Constitution in 2002 and finally became an official language in 2016. The political situation remained largely unchanged following the “Black Decade” in the early 2000s, with the FLN remaining in power, despite even the Hirak protests in 2019, which brought about only minor changes in Algeria’s democratic life.However, the return of pluralism is bringing about changes. The FLN now governs through a coalition, notably with the National Democratic Rally—even if this comes across as a democratic facade to many Algerians and observers. The high abstention rate in the July 2026 elections (nearly 80%) shows that Algeria is facing a crisis of confidence in its political model. Economically, the country has fully transitioned to a market economy in most sectors of the economy, putting an end to the old dreams of a socialist economy.
La fin de la Guerre Civile et le début des années 2000 marquent plusieurs changements importants pour l’Algérie. En 2001 se produit le Printemps Noir — nom qui fait référence au Printemps Berbère de 1980. Les Kabyles descendent à nouveau dans la rue pour défendre leur identité, leurs spécificités et leur langue. La répression est particulièrement brutale avec au moins une centaine de tués du côté des protestataires. La gravité des protestations et la violence de la répression forcent le pouvoir Algérien à réaliser une évolution en deux temps : le Tamazight (la langue berbère) est intégrée à la Constitution algérienne en 2002, et devient finalement langue officielle en 2016. La situation politique reste globalement inchangée à l’issue de la Décennie Noire au début des années 2000, le FLN se maintenant au pouvoir, en dépit même des protestations du Hirak en 2019 qui n’amènent que peu de changements dans la vie démocratique de l’Algérie. Toutefois, le retour du pluralisme amène des changements. Le FLN dirige aujourd’hui par alliance, notamment avec le Rassemblement National Démocratique — même si cela donne le sentiment d’une façade démocratique pour de nombreux algériens et observateurs. L’abstention aux élections de Juillet 2026 (près de 80%) montre que l’Algérie est confrontée à une usure de son modèle politique. Sur le plan économique, le pays est totalement passé à l’économie de marché dans la plupart des secteurs de la vie économique, mettant fin aux anciens rêves d’une économie socialiste.
Finally, on the subject of Islamism—which had deeply traumatized the country in the wake of the Algerian Civil War—the country still appears to be grappling with this problem—even though the situation seems more under control from a security standpoint, as society has, to some extent, learned from the serious crisis of the 1990s. However, the 2015 social media campaign “Be a man, veil your wife”; the images of thousands of people attending the 2019 funeral in Algiers for FIS co-founder Abbassi Madani, who died that same year; and the sometimes recurring statements in the press containing problematic remarks about women all show that the issue remains latent in Algeria—even if it takes the more subdued and socially acceptable form of debates or critiques of social mores, among other things.
Enfin, sur le sujet de l’islamisme qui avait profondément traumatisé le pays à l’issue de la Guerre Civile en Algérie, le pays semble toujours aux prises avec ce problème — même si la situation semble davantage sous contrôle sur le plan sécuritaire, la société ayant tiré en partie les leçons de la grave crise des années 1990. Toutefois, la campagne « Sois un homme, voile ta femme » sur les réseaux sociaux en 2015; les images de milliers de personnes présentes aux obsèques, en 2019 à Alger, du co-fondateur du FIS Abbassi Madani mort la même année; ou encore, les déclarations parfois récurrentes dans la presse de propos problématiques à l’encontre des femmes montre que le sujet reste latent en Algérie — même si cela prend la forme plus feutrée et socialement acceptable en Algérie de débats ou critiques des moeurs notamment.

Laisser un commentaire