What happens when everything you have defended (or believed in) for decades crumbles in the space of just a few years? When you are reduced to the status of a powerless spectator, or even a virtual stranger? In this graphic novel, I explore these two questions through the eyes of Berislav, a fictional officer in the JNA — the Jugoslovenska Narodna Armija, or Yugoslav People’s Army — who faced the sudden collapse of Yugoslavia between 1987 and 1989.
Que se passe-t-il quand tout ce que l’on a défendu (ou cru) pendant des décennies s’effondre en seulement quelques années ? Lorsque l’on est réduit au statut de spectateur impuissant voire de quasi étranger ? Dans cette nouvelle graphique, j’explore ces deux questions au travers des yeux de Berislav, officier fictif de la JNA — Jugoslovenska Narodna Armija ou Armée populaire de Yougoslavie — confronté à l’effondrement brutal de la Yougoslavie de 1987 à 1989.

March 1991 — Like others, I was called up as a reinforcement in Belgrade to help police the massive demonstrations that were to take place from 9 to 14 March in the streets of the Yugoslav capital. I am not involved in politics — a personal commitment I made when I joined the army in 1978 — I am simply doing my duty. It is a chaotic day, the sort Yugoslavia has been experiencing since 1987. Privately and silently, I mock the national obsessions of a population whose country is on the brink of complete economic and political disintegration.
Mars 1991 — Je suis appelé en renfort comme d’autres à Belgrade pour participer à l’encadrement policier de manifestations monstres qui vont durer du 9 au 14 Mars dans les rues de la capitale Yougoslave. Je ne fais pas de politique — c’est un engagement personnel pris à mon entrée dans l’armée en 1978 — j’accomplis simplement mon devoir. C’est une journée chaotique comme en connaît la Yougoslavie depuis 1987. Intérieurement et en silence, j’ironise sur les obsessions nationales d’une population dont le pays est en voie de désintégration économique et politique intégrale.

Milošević in Kosovo in May 1987. Even though we are related — I am Serbian too, after all — I do not like him. The man whom some had nicknamed the “Serbian Gorbachev” seems above all seduced by opportunism and cynicism: more and more Serbs are dreaming of a Greater Serbia. All nations have wanted to settle the unresolved scores of the Second World War ever since Tito came to power. And it will be up to us to step in when politicians no longer wish to make grand speeches. I’m a bit of an old fogey these days when it comes to this topic among young people: I didn’t care about nationality, especially as I was in the military. I never shared the nationalists’ fanatical passion for obscure, forgotten medieval battles, nor that suspicious need to treat every individual Serb as an outpost of ‘Greater Serbia’. But I’d better be modest: I continued to serve after 1991 for the Federal Republic of Yugoslavia.
Milošević au Kosovo en Mai 1987. Même si nous avons un lien de parenté — je suis Serbe moi aussi après tout — je ne l’apprécie pas. L’homme que certains avaient surnommé le “Gorbatchev Serbe” semble surtout séduit par l’opportunisme et le cynisme : les Serbes sont de plus en plus nombreux à rêver d’une grande Serbie. Toutes les nations veulent régler les comptes non soldés de la Seconde Guerre Mondiale dès la mise en œuvre du règne de Tito. Et ce sera à nous d’intervenir lorsque les politiques ne voudront plus faire de grands discours. Je suis ringard aujourd’hui sur ce sujet auprès des jeunes : je m’en moquais de la nationalité, étant en plus militaire. Je n’ai jamais eu la passion délirante des nationalistes pour d’obscures batailles médiévales oubliées ou encore ce besoin suspect de traiter chaque serbe isolé comme un ilôt de la “grande serbie”. Mais je ferais mieux de me faire modeste : j’ai poursuivi mon service après 1991 pour la République Fédérale de Yougoslavie.

Everything was going well until Tito’s death on 4 May 1980 — after which Yugoslavia came to be governed by a collective presidency. The economic situation then gradually deteriorated: rationing, shortages, inflation… and occasionally financial scandals too. The self-management of previous years had not borne the expected fruit. But all this serves as a pretext — Tito’s main interest had been to be a unifying leader who had managed to keep the deep-seated problems linked to nationalities under wraps. The JNA may well have remained the only Yugoslav state body to stick to the end, as I sometimes say with a touch of humour — right into Yugoslavia’s coffin and into the mire of the mass graves of the 1990s, which still stain our former shared country to this day. Tito is perhaps the only thing left that we can still take pride in across our various countries today.
Tout allait pour le mieux jusqu’à la mort de Tito le 4 Mai 1980 — puis la Yougoslavie est devenue dirigée par une présidence collégiale. Puis la situation économique s’est progressivement aggravée : rationnement, pénurie, inflation… parfois scandales financiers aussi. L’autogestion des années précédentes n’a pas apporté les fruits attendus. Mais tout cela constitue des prétextes — Tito avait surtout eu pour intérêt d’être un leader fédérateur qui avait su mettre sous couveuse les problèmes profonds liés aux nationalités. La JNA est peut-être restée le seul organe étatique Yougoslave jusqu’au-boutiste comme je le dis parfois avec humour — jusque dans le cercueil de la Yougoslavie et dans la fange des charniers des années 1990 qui souillent encore aujourd’hui notre ancien pays commun. Tito, c’est peut-être la seule chose qui reste encore acceptable comme fierté entre nos différents pays aujourd’hui.

To say that everything was fine with Tito would be untrue. But there was something that allowed us to move forward — quite the opposite of what would happen in the years following his death. Hey, we were practically the only communist country in the world that appealed to many Westerners. We could listen to rock and reggae, we had tourists, we even exported cars like the Yugo… and some of our workers too. In short, one of the few communist countries in the world that could hold its head high.
Dire que tout était bien avec Tito serait mensonger. Mais il y avait un quelque chose qui permettait d’aller de l’avant — tout le contraire de ce qui arrivera dans les années après sa mort. Eh, on était presque le seul état communiste du monde attractif pour de nombreux Occidentaux. On pouvait écouter du rock et du reggae, on avait des touristes, on exportait même des voitures comme la Yugo… certains de nos travailleurs aussi. Bref, un des rares pays communiste au monde à pouvoir se montrer sans honte.

Yugoslavia — as I jokingly remarked to one of my colleagues at the time — was becoming more and more like the Soviet Union: rationing, queues, shortages… A way of reconciling us with our Soviet brothers? Ironically, as a result of the non-alignment policies adopted by Tito, Yugoslavia found itself, very quickly in the early 1980s, having to renegotiate loans taken out from both the Eastern and Western blocs. Consequently, it was forced to accept reform programmes. At the time, I found the whole situation rather amusing at first, but gradually it began to feel like a humiliation. Being in the army, my neighbours gradually started to look at me askance.
La Yougoslavie — comme je le dis à l’époque avec humour à l’un de mes collègues — devient de plus en plus comme l’Union Soviétique : rationnement, file d’attentes, pénuries… Une façon de nous réconcilier avec nos frères soviétiques ? Ironiquement, du fait des choix liés au non-alignement décidés par Tito, la Yougoslavie s’est retrouvée prise très rapidement au début des années 1980 à devoir renégocier des emprunts pris de part et d’autres des blocs Est/Ouest. Et par conséquent, à accepter des programmes de réformes. Je vis cette situation à l’époque d’abord avec amusement, puis progressivement comme une humiliation. Étant dans l’armée, mon voisinage me regarde progressivement de travers.

A memory from the border with Slovenia in early 1991 — these two soldiers with civilians. They look — sadly — like relics of the past, stiff in their outdated Yugoslav uniforms in the style of the 1950s and 1960s. Yet they are on duty that day and following orders. They are Bosnians and Croats. The local civilians speak to them as if they were strangers — there is no ‘home’ on the other side. These two soldiers do not understand the scene at all — they stand there stoically, taking the insults from two locals who do not even seem to realise the brutality of their actions. My promotion to officer changes nothing — we no longer belong to the same world.
Un souvenir à la frontière à la Slovénie début 1991 — ces deux soldats avec des civils. Ils ressemblent — malheureusement — à des reliques du passé engoncées dans leurs uniformes yougoslaves datés dans le style des années 1950–1960. Ils sont pourtant en poste ce jour-là et fidèles aux ordres. Ils sont Bosniaques et Croates. Les habitants civils leurs parlent comme à des étrangers — Il n’y a pas de chez vous en face. Ces deux soldats ne comprennent rien à la scène — ils sont là stoïques à encaisser les insultes face à deux habitants qui ne semblent même pas se rendre compte de la brutalité de leurs gestes. Mon arrivée en tant qu’officier ne change rien — nous ne sommes plus du même monde.

The 14th Congress of the League of Communists of Yugoslavia — a last hope, or not, for Yugoslavia. But several delegations are already leaving. The Yugoslav Communist League was dissolved in the wake of this. Despite my attachment to Yugoslavia, I never liked its youth organisations, nor did I wish to join any political parties or ideological groups after the party was dissolved. I must admit, though, that I still have a soft spot for this poster from the 14th Congress, with its Yugoslav red star, in a graphic style that gradually fades it away. Prophetic?
Le 14e Congrès de la Ligue des communistes de Yougoslavie — un dernier espoir ou pas pour la Yougoslavie. Mais déjà plusieurs délégations s’en vont. La Ligue Communiste Yougoslave est dissoute dans la foulée. Malgré mon attachement à la Yougoslavie, je n’ai jamais aimé ses organisations de jeunesse, ni voulu adhérer à des partis ou cercles d’idées après la dissolution du parti. Je dois quand même avouer que j’ai toujours un faible pour cette affiche du 14ème Congrès avec son étoile rouge yougoslave, dans un style graphique qui l’efface progressivement. Prémonitoire ?

Slobodan Milošević (Serbian president) and Franjo Tuđman (Croatian president) — whom I have always regarded as mere cynics, obsessed with opportunism and nationalism, without ever having the slightest economic or political vision for Yugoslavia. But they were not the only ones in Yugoslavia at the time who wanted to take advantage of the situation, and the population bears some responsibility for what happened. Memories of the populist demonstrations and the forced resignations of officials during the anti-bureaucratic revolution of 1988–1989. But then again, that’s probably just pent-up anger on my part: I had to carry on with my service in the post-communist Yugoslavia.
Slobodan Milošević (président Serbe) et Franjo Tuđman (président Croate) — que j’ai toujours considérés comme de simples cyniques, obsédés par l’opportunisme et le nationalisme, sans jamais une once de vision économique ou politique pour la Yougoslavie. Mais ils n’étaient pas les seuls à l’époque en Yougoslavie à vouloir profiter de la situation, et la population porte une part de responsabilité dans ce qui est arrivé. Souvenirs des manifestations populistes et des démissions forcées de responsables lors de la révolution anti-bureaucratique en 1988–1989. Mais là encore, c’est sans doute de la rage rentrée de ma part : il a fallu continuer mon service dans le monde post-Yougoslavie communiste.

I was naive and “childish” myself in the final years of Yugoslavia. Everyone makes fun of me, but I miss the 1 May barbecues in the garden with my parents — those of us who were children or teenagers in the 1980s and 1990s, whose parents were keen to celebrate 1 May, remember above all the bullying and mockery from the neighbourhood. And also that mix of different people, like that mosque standing next to a church in an old news report.
J’ai été naïf et “enfant” moi aussi dans les dernières années de la Yougoslavie. Tout le monde se moque de moi, mais ça me manque des barbecues du 1er Mai dans le jardin avec les parents — ceux enfants ou adolescentes dans les années 1980–1990 dont les parents tenaient à célébrer le 1er Mai, se souviennent surtout des brimades et moqueries du voisinage. Et aussi ce mélange de personnes différentes, comme cette mosquée côtoyant une église dans un vieux reportage.

These children, however, will not have our dreams or memories — they will flee like their parents, taking to the roads, or watch the JNA tanks on the roads in 1990–1991. Far from any grand reflections or private conversations, I find myself dithering, and above all, passively going along with the situation.
Ces enfants par contre n’auront pas nos rêves ou souvenirs — ils fuiront comme leurs parents sur les routes ou observeront les tanks de la JNA sur les routes en 1990–1991. Ce sont des moments dont je n’aime pas me souvenir. Loin des grandes réflexions et discours en privée, je me retrouve à tergiverser, et surtout obéir, bien passivement devant la situation.

In March 1991, it was my employer, the Yugoslav Army itself, that made a final — one might call it ‘personal’ — attempt to save Yugoslavia. The army wanted to impose a state of emergency to save Yugoslavia. I only heard about this much later — having been in Belgrade during the demonstrations at the time. Accounts of that meeting are unanimous: the military came up against a brick wall in the face of political leaders who had long since decided that Yugoslavia was doomed to disappear. Representatives from Serbia, Montenegro, Vojvodina and Kosovo had spoken in favour of this plan, whilst those from Slovenia, Croatia, Macedonia and Bosnia and Herzegovina had opposed it.
En Mars 1991, c’est mon employeur l’armée Yougoslave elle-même qui fait une dernière tentative — que l’on pourrait qualifier de “personnelle” — pour sauver la Yougoslavie. L’armée veut imposer l’état d’urgence pour sauver la Yougoslavie. Je n’entends parler de cette histoire que bien plus tard — étant à Belgrade lors des manifestations au même moment. Les témoignages de cette réunion sont univoques : les militaires font face à un mur devant des politiques qui ont depuis longtemps décidé que la Yougoslavie était vouée à disparaître. Les représentants de la Serbie, du Monténégro, de la Voïvodine et du Kosovo s’étaient prononcés en faveur de ce plan, tandis que ceux de la Slovénie, de la Croatie, de la Macédoine et de la Bosnie-Herzégovine s’y étaient opposés.

Just as in the Soviet Union at that time — some want to believe in the dream of a communist society right to the very end. Memories of those television images of a march by Tito’s nostalgics — portraits of the general and red flags fluttering in the wind.
Comme en Union Soviétique à ce moment-là — certains veulent croire jusqu’au bout au rêve d’une société communiste. Souvenir des ces images à la télévision d’une marche de nostalgiques de Tito — portraits du général et drapeaux rouges flottants au vent.

And at the same time — those who sometimes call themselves the winners of history — march with their Serbian, Croatian and Slovenian flags… They know that Yugoslavia’s days are numbered.
Et dans le même temps — ceux qui se surnomment parfois les gagnants de l’histoire — défilent quant à eux avec leurs drapeaux serbes, croates, slovènes… Ils savent que les jours de la Yougoslavie sont comptés.

In 1990, during a lull in the action, I went to watch a match with some Croatian friends. The Zagreb-Belgrade match descended into a riot — the police were forced to intervene right inside the stadium. The images were broadcast across Yugoslavia. It seemed as though even life’s simple pleasures could not escape being tainted by the atmosphere of the time.
En 1990, j’assiste dans un moment de répit à un match avec des amis croates. Le match Zagreb-Belgrade tourne à l’émeute — la police est forcée d’intervenir à même le stade. Les images font le tour de la Yougoslavie. On dirait que même les loisirs simples de la vie ne peuvent être que contaminés par l’atmosphère de la période.

I was with a riot squad that day. In a region of Kosovo to restore federal order. This scene struck me: a soldier deserting in the thick of the clash. He spits his venom in the face of the officer organising our unit that day, who is Bosnian: he has no orders to take from a subhuman admirer of Tito. The officer lets him go: the crowd is causing too many problems and we are understaffed. We spent the day patrolling the streets of this small town and firing tear gas grenades at demonstrators. Their one and only crime that day — shouting “Democracy, Democracy”. And on that day, I’ll be doing what everyone else is doing: keeping the peace.
Je suis dans une unité anti-émeutes ce jour-là. Dans une région du Kosovo pour rétablir l’ordre fédéral. Cette scène m’a frappé : c’est un soldat qui déserte au cœur de l’affrontement. Il crache son venin à la face de l’officier qui organise notre unité ce jour-là et qui est Bosniaque : il n’a pas d’ordre à recevoir d’un sous-homme admirateur de Tito. L’officier le laisse partir : la foule lui pose trop de problèmes et nous sommes en sous effectif. On passera la journée à arpenter les rues de cette petite ville et à tirer des grenades lacrymogènes sur des manifestants. Leur seul et unique tort ce jour-là — crier “Démocratie, Démocratie”. Et moi ce jour-là, je fais comme les autres : je fais du maintien de l’ordre.

I still think back to those days in March 1991 in Belgrade — confusion, chaos, screams, violence… for me, a distillation of the absurdity of my mission in a dying Yugoslavia. In April 1992: the country ceased to exist.
Je repense encore à ces jours de Mars 1991 à Belgrade — confusion, chaos, cris, violence… un condensé pour moi de l’absurdité de ma mission dans une Yougoslavie mourante. En Avril 1992 : le pays disparaît définitivement.

1992 — This is what my former Yugoslavia has been reduced to: a rump state comprising only Serbia and Montenegro, known as the Federal Republic of Yugoslavia. A mere speck on the map of Europe, symbolised by nostalgia through the red star of the old Yugoslav flag. A mere speck on the fringes of Europe in the midst of a major reshuffle. In the chaos that followed the 14th Congress of the League of Communists of Yugoslavia, the JNA gradually disbanded amidst calls for independence, the formation of new territorial units, and chaotic attempts to regain control… Everyone eventually ended up going home. Much to my regret.
1992 — Voilà à quoi est réduite mon ancienne Yougoslavie : un état résiduel réduit à la Serbie et au Monténégro nommé République Fédérale de Yougoslavie. Un confetti symbolisé par nostalgie par l’étoile rouge de l’ancien drapeau Yougsolave sur une carte de l’Europe. Un confetti en marge d’une Europe en pleine recomposition. Dans le chaos qui a suivi le 14e Congrès de la Ligue des communistes de Yougoslavie, la JNA s’est progressivement dissoute au milieu des indépendances, formation de nouvelles unités territoriales, tentatives de reprise en main dans le désordre… Chacun a finalement fini par retourner chez lui. A mon regret.

It’s a column of tanks I’d rather forget, having remained loyal to the army despite the political upheavals and the break-up of Yugoslavia — I, too, am on one of them. I never liked Milošević, but I didn’t know any other trade at the time. An excuse that excuses nothing, given the events that were to unfold in those years. On the way to I don’t know where. Or perhaps I don’t want to know. Slovenia or Croatia in 1991–1995? Bosnia in 1994? Kosovo in 1998?
C’est une colonne de chars que je préfère oublier étant resté fidèle à l’armée malgré les évènements politiques et la disparition de la Yougoslavie — je suis moi aussi sur l’un d’entre eux. Je n’ai jamais aimé Milošević, mais je ne connaissais pas d’autre métier à l’époque. Excuse qui n’excuse rien, vu les évènements qui se produiront ces années-là. En route vers je ne sais plus quel endroit. Ou que je ne veux pas savoir. La Slovène ou la Croatie en 1991–1995 ? En Bosnie en 1994 ? Au Kosovo en 1998 ?

To speak of shame is an exaggeration in my case, as I have not committed any irreparable acts. But the wars of the 1990s, in which I played a part, have left me with rather bitter memories. First and foremost, a sense of social decline. Going from being soldiers in a major national army to serving in the armed forces of a state whose very existence was disputed. A state viewed as ‘dubious’ — at best — on the international stage. Something that at times bordered on mercenary service. With the disintegration of the JNA, military service sometimes became a case of ‘making do’: a lack of vehicles, supply problems, dubious links with certain partisan units, and sometimes mismatched uniforms… Being strictly confined to the army of the Federal Republic of Yugoslavia, my “luck” was at least that I did not take part in the worst of that period — “only”, so to speak, the Ten-Day War and then mainly logistical missions. That is what we will say.
Parler de honte est excessif dans mon cas, car je n’ai pas commis l’irréparable. Mais les guerres des années 1990 auxquelles j’ai participé en partie m’ont laissé un souvenir plutôt amer. D’abord une forme de dégradation sociale. Passer de soldats d’une grande armée nationale à celui de membre d’une armée d’un État dont l’existence même était contestée. Un état vu comme “douteux” — au mieux — sur la scène internationale. Quelque chose de parfois proche du mercenariat. Avec la désintégration de la JNA, le travail militaire est devenu parfois du “système-D” : manque de véhicules, problèmes d’approvisionnement, liens douteux avec certaines unités partisanes, uniformes disparates parfois… Étant strictement cantonné à l’armée de la République Fédérale de Yougoslavie, ma “chance” est au moins de ne pas avoir participé au pire de la période — “seulement” si on peut dire la Guerre des Dix Jours puis essentiellement des missions logistiques. C’est ce qu’on dira.

My girlfriend laughed at me when I bought it — you’re just like those young people who buy Che T-shirts. A white T-shirt with an old portrait of Tito. It’s perhaps the one thing I can wear in public to express my nostalgia for Yugoslavia — who would seriously dare to criticise the liberator from the Nazi occupiers? I also bought a Yugoslav flag and an old VIS IDOLI vinyl. The rest — my political views from the 1980s and 1990s, my involvement in the operations during the March 1991 demonstrations, or that memory of the two young soldiers being humiliated by the side of the road — I have to keep to myself.
Ma copine s’est moquée de moi lorsque je l’ai acheté — tu fais comme ces jeunes qui achètent les t-shirts du Ché. Un t-shirt blanc avec un vieux portrait de Tito. C’est peut-être la chose que je peux assumer publiquement dans la rue de mes regrets quant à la Yougoslavie — qui oserait sérieusement critiquer le libérateur de l’occupant nazi ? J’ai aussi acheté un drapeau Yougoslave et un vieux vinyle de VIS IDOLI. Le reste, mes opinions politiques des années 1980–1990, ma participation aux opérations lors des manifestations de Mars 1991, ou encore ce souvenir des deux jeunes soldats humiliés au bord de la route — je dois les garder pour moi.

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