- Gallia Belgica
- Belgicanisme
- Confetti’s — The Sound of C
- Flandre
- Marc Dutroux
- Baudouin
- Strip Tease (émission)
- Marie Janson
- Front 242
- Les Tueurs de Brabant
- L’Union fait la Force
- Amélie Nothomb
- Hergé
- Tribunal de la Jeunesse
- Front National Belge
- Molenbeek
- Congo
- Grèves sidérurgiques entre 1982 et 1984
- Wallonie
- Le Lion Belge (Leo Belgicus)
- Michel Demaret

Gallia Belgica
Long before « Belgium » meant a kingdom squeezed between France, Germany, and the Netherlands, the Romans drew a province called Gallia Belgica across roughly the same patch of land. It stretched from the Seine to the Rhine, encompassing tribes like the Belgae, whom Julius Caesar described as the fiercest fighters in Gaul. The name lay dormant for nearly two millennia, a Latin fossil waiting to be exhumed by 19th-century nation-builders looking for a respectable ancestry to stamp on a brand-new country.
Longtemps avant que « Belgique » ne désigne un royaume coincé entre la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, les Romains avaient tracé une province appelée Gallia Belgica sur à peu près le même territoire. Elle s’étendait de la Seine au Rhin, englobant des tribus comme les Belges, que Jules César décrivait comme les combattants les plus farouches de la Gaule. Le nom resterait en sommeil pendant près de deux millénaires, fossile latin attendant d’être exhumé par les bâtisseurs de nation du XIXe siècle, en quête d’une ascendance respectable à apposer sur un pays tout neuf.

Belgicanisme
A « belgicisme » is a small linguistic rebellion: a word, expression, or turn of phrase used in Belgian French that would raise an eyebrow in Paris. « Septante » for seventy, « nonante » for ninety, a « GSM » instead of a « portable » for a cellphone, « ça goûte quoi? » instead of « qu’est-ce que ça a comme goût? » — these aren’t mistakes, they’re markers of identity, proof that Belgian French has its own logic, often closer to older forms of French or shaped by contact with Dutch and Walloon. Parisians may smirk, but the joke’s on them — some of these « Belgicisms » are simply more sensible than their French counterparts.
Un belgicisme est une petite rébellion linguistique : un mot, une expression ou une tournure utilisés dans le français de Belgique qui ferait tiquer un Parisien. « Septante » pour soixante-dix, « nonante » pour quatre-vingt-dix, un « GSM » plutôt qu’un « portable », « ça goûte quoi ? » plutôt que « qu’est-ce que ça a comme goût ? » — ce ne sont pas des erreurs, mais des marqueurs d’identité, la preuve que le français de Belgique a sa propre logique, souvent plus proche d’anciennes formes du français ou façonnée par le contact avec le néerlandais et le wallon. Les Parisiens peuvent sourire, mais c’est eux qu’on devrait railler : certains de ces « belgicismes » sont tout simplement plus logiques que leurs équivalents hexagonaux.

Confetti’s — The Sound of C
In the late 1980s, a Belgian act called Confetti’s released « The Sound of C, » a bubblegum-pop confection so cheerfully synthetic it became an accidental time capsule of Eurodance’s earliest days. With its chirpy hooks and primary-colored aesthetic, it’s the kind of track that’s easy to mock and hard to forget — a reminder that Belgium, often associated with gritty industrial techno and EBM, also produced some of the era’s most unapologetically silly pop. Decades later, it resurfaces on nostalgia playlists, a small piece of evidence that the road to Belgium’s serious electronic music scene ran straight through pure kitsch.
À la fin des années 1980, un groupe belge nommé Confetti’s sortait « The Sound of C », une confiserie pop si joyeusement synthétique qu’elle est devenue, par accident, une capsule témoin des débuts de l’eurodance. Avec ses refrains pétillants et son esthétique aux couleurs primaires, c’est le genre de titre qu’on se moque facilement de mais qu’on n’oublie jamais — un rappel que la Belgique, souvent associée à la techno industrielle et à l’EBM les plus austères, a aussi produit certaines des pop les plus assurément kitsch de son époque. Des décennies plus tard, le morceau ressurgit sur les playlists nostalgiques, petite preuve que le chemin vers la scène électronique sérieuse belge passait aussi par le kitsch le plus pur.

Flandre
Flanders is the part of Belgium where the windmills, gabled townhouses, and Flemish masters live in postcards — and where, underneath that picturesque surface, a fierce sense of regional identity has reshaped the country’s politics for half a century. Once the poorer, more rural half of Belgium while Wallonia hummed with coal and steel, Flanders flipped the economic script in the late 20th century, becoming the wealthier region and, with that, increasingly assertive about autonomy, language rights, and its own seat at the European table.
La Flandre, c’est la partie de la Belgique où les moulins à vent, les maisons à pignons et les maîtres flamands vivent sur les cartes postales — et où, sous cette surface pittoresque, un sentiment identitaire régional très affirmé a redessiné la politique du pays depuis un demi-siècle. Autrefois la moitié la plus pauvre et la plus rurale de la Belgique, tandis que la Wallonie vibrait au rythme du charbon et de l’acier, la Flandre a inversé la donne économique à la fin du XXe siècle, devenant la région la plus riche et, avec cela, de plus en plus revendicative sur l’autonomie, les droits linguistiques et sa propre place à la table européenne.

Marc Dutroux
In the mid-1990s, the discovery of Marc Dutroux’s crimes — the kidnapping, abuse, and murder of several young girls — became one of the darkest chapters in modern Belgian history, not only for the horror of the acts themselves but for what it revealed about the failures of the institutions meant to prevent them. Botched investigations, ignored tips, and a justice system that seemed to look away combined into what Belgians call the « Dutroux affair, » a scandal that triggered mass protests, a parliamentary inquiry, and a lasting erosion of public trust in police and judicial authorities. For many Belgians of a certain generation, it marks a before-and-after in how the country viewed its own institutions.
Au milieu des années 1990, la découverte des crimes de Marc Dutroux — l’enlèvement, les sévices et le meurtre de plusieurs jeunes filles — est devenue l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire belge contemporaine, non seulement par l’horreur des actes eux-mêmes, mais par ce qu’elle a révélé des défaillances des institutions censées les empêcher. Des enquêtes bâclées, des signalements ignorés et une justice qui semblait détourner le regard se sont combinés pour former ce que les Belges appellent « l’affaire Dutroux », un scandale qui a déclenché des manifestations massives, une commission d’enquête parlementaire et une érosion durable de la confiance du public dans la police et la justice. Pour de nombreux Belges d’une certaine génération, cette affaire marque un avant et un après dans le regard porté sur les institutions du pays.

Baudouin
King Baudouin reigned over Belgium for 42 years, from 1951 to 1993, a span that covered the country’s transformation from colonial power to federal state, and from a relatively unified kingdom to one increasingly split along linguistic lines. Shy and devout, he became an unlikely symbol of national continuity precisely because he said so little — a constitutional monarch whose most famous act of agency, refusing in 1990 to sign an abortion liberalization law and briefly stepping aside from his duties to avoid doing so, remains a strange footnote in a reign otherwise defined by quiet stability.
Le roi Baudouin a régné sur la Belgique pendant 42 ans, de 1951 à 1993, une période qui a vu le pays passer de puissance coloniale à État fédéral, et d’un royaume relativement unifié à un pays de plus en plus clivé sur le plan linguistique. Timide et pieux, il est devenu un symbole improbable de continuité nationale précisément parce qu’il en disait si peu — un monarque constitutionnel dont l’acte le plus marquant d’affirmation personnelle, le refus en 1990 de signer la loi dépénalisant l’avortement et son retrait temporaire de ses fonctions pour l’éviter, reste une étrange parenthèse dans un règne par ailleurs marqué par une stabilité discrète.

Strip Tease (émission)
Despite its title, « Strip-Tease » was never about nudity — it was a Belgian-French documentary series that stripped away the polish of ordinary life, following everyday people (a postman, a couple arguing over a sofa, a small-town mayor) with a fixed camera and almost no narration. Running from the late 1980s into the 2000s, it became a cult classic precisely because of its refusal to dramatize: the comedy and tragedy of ordinary existence were left to speak for themselves, often with a deadpan absurdity that felt distinctly Belgian.
Malgré son titre, « Strip-Tease » n’a jamais eu affaire à la nudité — c’était une série documentaire franco-belge qui mettait à nu le vernis de la vie ordinaire, en suivant des gens du quotidien (un facteur, un couple se disputant à propos d’un canapé, un maire de petite ville) avec une caméra fixe et quasiment aucun commentaire. Diffusée de la fin des années 1980 jusque dans les années 2000, l’émission est devenue culte précisément parce qu’elle refusait toute dramatisation : la comédie et la tragédie de l’existence ordinaire étaient laissées à elles-mêmes, souvent avec un absurde pince-sans-rire typiquement belge.

Marie Janson
Marie Janson spent her life pushing at the edges of what Belgian society allowed women to do, becoming in 1921 one of the first women to sit in the Belgian Senate, decades before Belgian women could even vote in national elections. A socialist and feminist active in the labor movement, she fought for women’s suffrage, social reform, and workers’ rights at a time when Belgian politics was almost entirely a male affair — a quiet but persistent presence whose career maps the slow, uneven progress of women’s political rights in the country.
Marie Janson a passé sa vie à repousser les limites de ce que la société belge autorise aux femmes, devenant en 1921 l’une des premières femmes à siéger au Sénat belge, des décennies avant que les Belges ne puissent voter aux élections nationales. Socialiste et féministe active dans le mouvement ouvrier, elle s’est battue pour le suffrage des femmes, la réforme sociale et les droits des travailleurs, à une époque où la politique belge était presque exclusivement une affaire d’hommes — une présence discrète mais tenace, dont la carrière retrace les progrès lents et inégaux des droits politiques des femmes dans le pays.

Front 242
Few bands embody Belgium’s contribution to electronic music as starkly as Front 242, the Brussels-area group often credited with inventing — or at least crystallizing — the genre known as EBM, electronic body music. Formed in 1981, they fused industrial aggression with danceable rhythms, military imagery, and a stark, almost propaganda-poster aesthetic that influenced everything from industrial rock to techno. Their sound was harsh, repetitive, and deliberately cold, a far cry from Confetti’s bubblegum optimism — proof that Belgian electronic music could swing from the silliest pop to some of the most uncompromisingly bleak music of its era.
Peu de groupes incarnent aussi nettement la contribution de la Belgique à la musique électronique que Front 242, le groupe originaire de la région bruxelloise souvent crédité d’avoir inventé — ou du moins cristallisé — le genre connu sous le nom d’EBM, electronic body music. Formé en 1981, il a fusionné l’agressivité industrielle avec des rythmes dansants, une imagerie militaire et une esthétique austère, quasi propagandiste, qui a influencé aussi bien le rock industriel que la techno. Leur son était dur, répétitif et délibérément froid, à mille lieues de l’optimisme bubblegum de Confetti’s — preuve que la musique électronique belge pouvait aller de la pop la plus niaise à certaines des musiques les plus radicalement sombres de son époque.

Les Tueurs de Brabant
Between 1982 and 1985, a series of violent armed robberies of supermarkets in Belgium left 28 people dead, carried out with a brutality that seemed to go far beyond what any robbery required. The perpetrators, known as the « Brabant Killers » (Tueurs du Brabant), were never definitively identified, and the case became entangled with theories about far-right networks, rogue elements of the gendarmerie, and a so-called « strategy of tension » meant to destabilize Belgian democracy. Decades later and despite renewed investigations, the case remains officially unsolved — an open wound in Belgium’s collective memory and one of Europe’s most persistent unsolved crime mysteries.
Entre 1982 et 1985, une série de braquages violents de supermarchés en Belgique a fait 28 morts, perpétrés avec une brutalité qui semblait largement dépasser ce qu’exigeait le simple vol. Les auteurs, connus sous le nom de « Tueurs du Brabant », n’ont jamais été formellement identifiés, et l’affaire s’est retrouvée mêlée à des théories sur des réseaux d’extrême droite, des éléments incontrôlés de la gendarmerie, et une éventuelle « stratégie de la tension » destinée à déstabiliser la démocratie belge. Des décennies plus tard, et malgré des enquêtes relancées, l’affaire reste officiellement non résolue — une plaie ouverte dans la mémoire collective belge et l’une des énigmes criminelles non résolues les plus persistantes d’Europe.

L’Union fait la Force
« L’Union fait la Force » — « Unity makes Strength » — is Belgium’s national motto, emblazoned on its coat of arms in French, Dutch (« Eendracht maakt macht »), and sometimes Latin, a three-language statement that is itself a small monument to the country’s perpetual balancing act. Adopted at the country’s founding in 1830, the motto was meant to project confidence in a brand-new state stitched together from Catholic and liberal factions, Walloon and Flemish populations, and competing loyalties — an aspiration that, nearly two centuries later, still reads as much like a hope as a description.
« L’Union fait la Force » est la devise nationale de la Belgique, inscrite sur ses armoiries en français, en néerlandais (« Eendracht maakt macht ») et parfois en latin, une formule trilingue qui constitue elle-même un petit monument à l’équilibre permanent du pays. Adoptée à la fondation du pays en 1830, la devise visait à projeter la confiance d’un État tout neuf, assemblé à partir de factions catholiques et libérales, de populations wallonnes et flamandes, et de loyautés concurrentes — une aspiration qui, près de deux siècles plus tard, ressemble encore autant à un souhait qu’à une description.

Amélie Nothomb
Amélie Nothomb writes a novel almost every year, publishes it almost every autumn, and has done so with such clockwork regularity since 1992 that the literary « rentrée » in France and Belgium feels incomplete without her. Born in Kobe to a Belgian diplomat father, raised across continents, and famous for a public persona as theatrical as her prose — the wide-brimmed hats, the often-morbid humor, the autobiographical games she plays with readers about what’s true and what’s invented — she occupies a strange space in Francophone letters: simultaneously a literary institution and an outsider, claimed by Belgium but never quite contained by it.
Amélie Nothomb écrit un roman presque chaque année, le publie presque chaque automne, et le fait avec une régularité d’horloge depuis 1992, si bien que la rentrée littéraire en France et en Belgique semblerait incomplète sans elle. Née à Kobe d’un père diplomate belge, élevée sur plusieurs continents, et connue pour une image publique aussi théâtrale que sa prose — les chapeaux à larges bords, l’humour souvent macabre, les jeux autobiographiques qu’elle entretient avec ses lecteurs sur ce qui est vrai et ce qui est inventé — elle occupe une place étrange dans les lettres francophones : à la fois institution littéraire et figure à part, revendiquée par la Belgique mais jamais tout à fait contenue par elle.

Hergé
Hergé — the pen name of Georges Remi — gave Belgium its most recognizable cultural export in the form of a quiffed young reporter named Tintin, whose adventures have been translated into dozens of languages and sold hundreds of millions of copies. But Hergé’s legacy is also a case study in how a national icon can carry uncomfortable baggage: his early work, particularly « Tintin au Congo, » reflects the casual colonial racism of 1930s Belgium, and his collaboration with a Nazi-controlled newspaper during the German occupation has complicated retrospective views of a man whose clean, precise drawing style (« ligne claire ») became one of the most influential in the history of comics.
Hergé — pseudonyme de Georges Remi — a offert à la Belgique son export culturel le plus reconnaissable, sous la forme d’un jeune reporter à la houppette nommé Tintin, dont les aventures ont été traduites dans des dizaines de langues et vendues à des centaines de millions d’exemplaires. Mais l’héritage d’Hergé est aussi un cas d’école sur la façon dont une icône nationale peut porter un bagage inconfortable : ses œuvres de jeunesse, en particulier « Tintin au Congo », reflètent le racisme colonial banalisé de la Belgique des années 1930, et sa collaboration avec un journal sous contrôle nazi pendant l’occupation allemande a compliqué le regard rétrospectif porté sur un homme dont le style de dessin épuré et précis (la « ligne claire ») est devenu l’un des plus influents de l’histoire de la bande dessinée.

Tribunal de la Jeunesse
Belgium’s « Tribunal de la Jeunesse » (Youth Court) operates on a principle that sounds almost old-fashioned in an era of tough-on-crime rhetoric: that children and teenagers who break the law, or who are themselves in danger, need protection and guidance more than punishment. Rather than handing out prison sentences, these courts can order measures like supervised education, placement in specialized institutions, or family mediation — a system rooted in a philosophy, dating back to a 1912 law, that minors are fundamentally different from adults and that the state’s role is as much « parens patriae » (substitute parent) as judge.
Le Tribunal de la Jeunesse belge repose sur un principe qui peut sembler presque désuet à l’ère du discours sécuritaire : les enfants et adolescents qui enfreignent la loi, ou qui sont eux-mêmes en danger, ont davantage besoin de protection et d’encadrement que de sanction. Plutôt que de prononcer des peines de prison, ces tribunaux peuvent ordonner des mesures comme une éducation surveillée, un placement en institution spécialisée ou une médiation familiale — un système ancré dans une philosophie, remontant à une loi de 1912, selon laquelle les mineurs sont fondamentalement différents des adultes et où l’État joue autant un rôle de « parens patriae » (parent de substitution) que de juge.

Front National Belge
The Front National (Belgian) was a far-right party that emerged in the 1980s and 90s, riding the same wave of anti-immigration and law-and-order politics that fueled its more (in)famous Flemish counterpart, the Vlaams Blok, but on the French-speaking side of the country. Never as electorally successful or organizationally coherent as its Flemish cousin, it was plagued by internal splits, financial scandals, and a reputation that made it largely untouchable for coalition purposes — a reminder that Belgium’s far-right story isn’t a single narrative, but two parallel and quite different ones unfolding on either side of the linguistic border.
Le Front National (belge) était un parti d’extrême droite apparu dans les années 1980 et 1990, porté par la même vague de discours anti-immigration et sécuritaire qui alimentait son équivalent flamand, plus (tristement) célèbre, le Vlaams Blok, mais du côté francophone du pays. Jamais aussi performant électoralement ni aussi structuré que son cousin flamand, il a été miné par des scissions internes, des scandales financiers, et une réputation qui le rendait largement infréquentable pour d’éventuelles alliances — un rappel que l’histoire de l’extrême droite belge n’est pas un récit unique, mais deux trajectoires parallèles et bien distinctes de part et d’autre de la frontière linguistique.

Molenbeek
Molenbeek-Saint-Jean, a working-class district just west of central Brussels, became internationally infamous after the November 2015 Paris attacks and the 2016 Brussels bombings, when investigators traced several perpetrators back to its streets — earning it lazy media labels like « Europe’s jihadi central. » But that narrative obscures a more complicated reality: a densely packed, multicultural municipality with high unemployment and a long history of immigration from Morocco and Turkey, where most residents have spent the years since fielding the same uncomfortable question — how a few square kilometers of their home became shorthand for terrorism in the global imagination.
Molenbeek-Saint-Jean, quartier populaire situé juste à l’ouest du centre de Bruxelles, est devenu tristement célèbre à l’international après les attentats de Paris de novembre 2015 et les attentats de Bruxelles de 2016, lorsque les enquêteurs ont retracé le parcours de plusieurs auteurs jusque dans ses rues — lui valant des étiquettes médiatiques faciles comme « la plaque tournante du djihadisme en Europe ». Mais ce récit occulte une réalité plus complexe : une commune dense et multiculturelle, marquée par un fort taux de chômage et une longue histoire d’immigration marocaine et turque, dont la plupart des habitants ont passé les années suivantes à répondre à la même question dérangeante — comment quelques kilomètres carrés de chez eux sont devenus, dans l’imaginaire mondial, synonymes de terrorisme.

Congo
For 75 years, a chunk of Central Africa roughly 75 times the size of Belgium itself was, first, the personal property of King Leopold II — a regime so brutal in its extraction of rubber and ivory that it’s estimated to have caused millions of deaths — and then a Belgian colony run with the same extractive logic, if marginally less violent bookkeeping. Belgium granted independence in 1960 with almost no preparation, leaving behind a handful of university graduates and a power vacuum that contributed to decades of instability in what became Zaire and then the Democratic Republic of Congo — a history that Belgium has only recently, and unevenly, begun to reckon with in its museums, school curricula, and public monuments.
Pendant 75 ans, un territoire d’Afrique centrale environ 75 fois plus vaste que la Belgique a d’abord été la propriété personnelle du roi Léopold II — un régime d’une telle brutalité dans l’exploitation du caoutchouc et de l’ivoire qu’il aurait causé la mort de millions de personnes — puis une colonie belge gérée selon la même logique extractive, avec une comptabilité à peine moins violente. La Belgique a accordé l’indépendance en 1960 sans quasiment aucune préparation, laissant derrière elle une poignée de diplômés universitaires et un vide de pouvoir qui a contribué à des décennies d’instabilité dans ce qui est devenu le Zaïre puis la République démocratique du Congo — une histoire dont la Belgique n’a commencé que récemment, et de manière inégale, à rendre compte dans ses musées, ses programmes scolaires et ses monuments publics.

Grèves sidérurgiques entre 1982 et 1984
In the early 1980s, Wallonia’s steel industry — once the beating heart of Belgian industrialization — went into a death spiral, and the strikes that erupted between 1982 and 1984 were less about wages than about survival itself. As plants in Liège, Charleroi, and the Sambre valley faced closures and mass layoffs under austerity programs designed to modernize a sector that could no longer compete globally, workers staged increasingly desperate and sometimes violent protests — a last stand for an industrial identity that had defined entire towns for over a century, and whose slow death left scars on Wallonia’s economy and self-image that are still visible today.
Au début des années 1980, la sidérurgie wallonne — autrefois le cœur battant de l’industrialisation belge — entre dans une spirale mortelle, et les grèves qui éclatent entre 1982 et 1984 portent moins sur les salaires que sur la survie elle-même. Alors que les usines de Liège, Charleroi et de la vallée de la Sambre font face à des fermetures et des licenciements massifs dans le cadre de programmes d’austérité censés moderniser un secteur devenu incapable de rivaliser à l’échelle mondiale, les travailleurs mènent des actions de plus en plus désespérées, parfois violentes — un dernier baroud d’honneur pour une identité industrielle qui avait façonné des villes entières pendant plus d’un siècle, et dont le déclin lent a laissé des cicatrices encore visibles aujourd’hui dans l’économie et l’image de soi de la Wallonie.

Wallonie
Wallonia is the southern, French-speaking half of Belgium, a region whose 20th-century arc traces an almost perfect inversion of Flanders’: once the industrial powerhouse of a young Belgium, rich on coal and steel and drawing immigrant labor from across Europe, it slid into post-industrial decline just as Flanders was taking off, leaving it with higher unemployment, a less dynamic economy, and — for some — a lingering sense of having been overtaken by a region it once looked down on. Politically, it leans more to the left than Flanders, and its relationship to « Belgitude » is often less ambivalent than Flanders’ — Walloon identity has historically been more linked to French language and culture than to a separate national project.
La Wallonie est la moitié méridionale et francophone de la Belgique, une région dont la trajectoire du XXe siècle dessine une inversion presque parfaite de celle de la Flandre : autrefois moteur industriel d’une jeune Belgique, riche de son charbon et de son acier, attirant une main-d’œuvre immigrée venue de toute l’Europe, elle a connu un déclin postindustriel précisément au moment où la Flandre prenait son envol, la laissant avec un chômage plus élevé, une économie moins dynamique et, pour certains, le sentiment persistant d’avoir été dépassée par une région qu’elle regardait autrefois de haut. Politiquement, elle penche davantage à gauche que la Flandre, et son rapport à la « belgitude » est souvent moins ambivalent que celui de la Flandre — l’identité wallonne a historiquement été davantage liée à la langue et à la culture françaises qu’à un projet national distinct.

Le Lion Belge (Leo Belgicus)
The « Leo Belgicus » is one of those maps that’s also a joke: drawn since the late 16th century, it depicts the Low Countries — roughly today’s Belgium, the Netherlands, and Luxembourg — contorted into the shape of a heraldic lion, claws and mane included. It became a widely used symbol in the Low Countries from the 12th and 13th centuries, eventually adopted as the lion on Belgium’s coat of arms and, according to the Belgian constitution, the official heraldic emblem of the nation paired with the motto « L’Union fait la Force. » Centuries later, the same lion lent its name to something far more modern and far less heraldic: the « Lion Belge » is now also an annual sports award ceremony, created in 2010, honoring the best footballers of Arab origin playing in Belgium’s national divisions — proof that even the stuffiest medieval symbols can be repurposed for a celebratory evening of football.
Le « Leo Belgicus » est l’une de ces cartes qui sont aussi une blague : dessinée depuis la fin du XVIe siècle, elle représente les Pays-Bas méridionaux et septentrionaux — en gros, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg actuels — tordus pour former la silhouette d’un lion héraldique, griffes et crinière comprises. Le symbole s’est largement répandu dans les anciens Pays-Bas dès les XIIe et XIIIe siècles, avant d’être repris comme lion figurant sur les armoiries de la Belgique et, selon la Constitution belge, comme emblème héraldique officiel de la nation, associé à la devise « L’Union fait la Force ». Des siècles plus tard, le même lion a prêté son nom à quelque chose de bien plus moderne et bien moins héraldique : le « Lion Belge » est aujourd’hui aussi une cérémonie sportive annuelle, créée en 2010, récompensant les meilleurs footballeurs d’origine arabe évoluant dans les divisions nationales belges — preuve que même les symboles médiévaux les plus solennels peuvent être recyclés pour une soirée festive autour du football.

Michel Demaret
If Belgium has a patron saint of folksy, semi-corrupt local politics, it might be Michel Demaret — a corpulent man popularly known as « Dikke Mich » (Fat Mike) or « Monsieur 10%, » for his reputation of taking a 10% cut on every public works contract he oversaw as alderman. Originally from the working-class Marolles neighborhood and proud of his modest roots, he became, in 1976, the first Catholic alderman of Brussels since the country’s founding in 1830, eventually serving as acting and then appointed mayor of the city in the early 1990s. He was a recurring, beloved character on the documentary show « Strip-Tease, » where he openly admitted to being handsomely paid for clowning around in parliament — and when customs officers once caught him drunk on a train with wads of cash spilling from his pockets, they confiscated part of it but let him continue on his way, on condition he later prove the money was legitimate. He died in 2000, shortly after collapsing during a charity event he was organizing for elderly people in need — a fittingly improbable end for a man whose entire career blurred the line between beloved local character and textbook case of clientelism.
Si la Belgique a un saint patron de la politique locale folklorique et un peu corrompue, ce pourrait bien être Michel Demaret — un homme corpulent que tout le monde appelait « Dikke Mich » (Gros Mike) ou « Monsieur 10% », en raison de sa réputation de prélever 10% sur chaque marché public dont il avait la charge comme échevin. Originaire du quartier populaire des Marolles et fier de ses origines modestes, il devient en 1976 le premier échevin catholique de Bruxelles depuis la fondation du pays en 1830, avant d’occuper la fonction de bourgmestre, d’abord par intérim puis nommé, au début des années 1990. Personnage récurrent et populaire de l’émission « Strip-Tease », il y avoue sans détour être largement payé pour faire le zwanze au parlement — et lorsque des douaniers le surprennent un jour ivre dans un train, des liasses de billets dépassant de ses poches, ils en confisquent une partie mais le laissent repartir avec le reste, à condition qu’il prouve plus tard la licéité de ces fonds. Il meurt en 2000, peu après un malaise survenu lors d’une œuvre de charité qu’il organisait pour des personnes âgées dans le besoin — une fin tout aussi improbable qu’une carrière qui n’a cessé de brouiller la frontière entre figure populaire attachante et cas d’école de clientélisme.

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