Simon CHABROL

Écriture et recherche indépendante (FR/EN)

Technicien de support IT

Alger — Ville aux Trois Vies

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Ce qu’on peut aimer à Alger, c’est ce dont tout le monde vit : la mer au tournant de chaque rue, un certain poids de soleil, la beauté de la race. — Albert Camus

Quand on passe par Alger, on traverse le miroir. On arrive avec une âme et l’on s’en va avec une autre, toute neuve, sublime. Alger vous change une personne d’un claquement de doigts. — Mohammed Moulessehoul, dit Yasmina Khadra

Alger la rebelle, l’insoumise, l’infidèle aux belles femmes, aussi traîtresses que les pirates. — Olivier WEBER

  1. I. Before the Tricolour
    1. 1. The Casbah
    2. 2. Ketchaoua Mosque
    3. 3. La Pêcherie — The Old Harbour
  2. II. The French City
    1. 4. Notre-Dame d’Afrique
    2. 5. La Grande Poste
    3. 6. Milk Bar
    4. 7. Rue Larbi Ben M’hidi — formerly Rue d’Isly
    5. 8. Jardin d’Essai du Hamma
    6. 9. Aérohabitat
    7. 10. Lycée Émir Abdelkader
    8. 11. Lycée Cheikh Bouamama — formerly Lycée Descartes
  3. III. The City That Became Itself
    1. 12. Maqam Echahid — The Martyrs’ Memorial
    2. 13. Bab Ezzouar Business District
    3. 14. Djamaa El Djazaïr — The Great Mosque of Algiers

I. Before the Tricolour

1. The Casbah

There is no more honest place in Algiers than the Casbah. Honest in the way a hillside is honest — it does not pretend to be anything other than what centuries have made it: a city within a city, folded upon itself like a manuscript, its lanes too narrow for impatience. Built across the Ottoman centuries from the sixteenth onwards, the Casbah climbs the slope above the bay in a dense cascade of whitewashed houses, each one resting its weight on the shoulders of the one below. It is a UNESCO World Heritage Site, though the designation carries an irony — the designation honours what neglect has brought to the edge of ruin. To walk the Casbah is to walk inside time itself: the smell of jasmine and cumin, the sound of a television drifting through a mashrabiyya screen, the occasional flash of a tiled courtyard glimpsed through an open door. The Casbah survived the French conquest, survived independence, survived the civil war. It still survives, imperfect and irreplaceable, the oldest heartbeat of this city.

Il n’est pas de lieu plus honnête à Alger que la Casbah. Honnête comme l’est un versant — il ne prétend rien être d’autre que ce que les siècles en ont fait : une ville dans la ville, repliée sur elle-même comme un manuscrit, ses ruelles trop étroites pour l’impatience. Bâtie au fil des siècles ottomans à partir du XVIe siècle, la Casbah escalade la pente au-dessus de la baie en une cascade dense de maisons blanchies à la chaux, chacune posant son poids sur les épaules de celle du dessous. C’est un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO — distinction qui porte une ironie, car elle honore ce que la négligence a conduit au bord du gouffre. Se promener dans la Casbah, c’est marcher à l’intérieur du temps lui-même : l’odeur du jasmin et du cumin, le son d’une télévision qui s’échappe à travers un écran de moucharabieh, l’éclair d’une cour carrelée entrevue par une porte entrouverte. La Casbah a survécu à la conquête française, à l’indépendance, à la guerre civile. Elle survit encore, imparfaite et irremplaçable, le battement de cœur le plus ancien de cette ville.

2. Ketchaoua Mosque

If any single building in Algiers could stand as the city’s biography, it is the Ketchaoua Mosque. Built under Ottoman rule in the seventeenth century, it stood for nearly two hundred years as a place of Muslim prayer at the foot of the Casbah — until the French army entered Algiers in 1830 and, within weeks, converted it into the Cathedral of Saint-Philippe. The minarets became bell towers. The mihrab was plastered over. A crucifix rose above the portal. For a century and thirty years, the building wore this imposed identity, its stones holding the memory of what they had been even as they were made to serve another faith. Then, in 1962, two weeks after independence was declared, the cathedral became a mosque again. The Ketchaoua is not merely historic — it is the most complete metaphor Algiers has to offer: a place that was transformed by force and reclaimed by time, whose walls contain, in silent superimposition, every layer of the city’s contested soul.

S’il existe un seul bâtiment à Alger pouvant tenir lieu de biographie de la ville, c’est bien la mosquée Ketchaoua. Construite sous domination ottomane au XVIIe siècle, elle fut pendant près de deux cents ans un lieu de prière islamique au pied de la Casbah — jusqu’à ce que l’armée française entre dans Alger en 1830 et la convertisse en quelques semaines en cathédrale Saint-Philippe. Les minarets devinrent des clochers. Le mihrab fut recouvert de plâtre. Un crucifix s’éleva au-dessus du portail. Pendant un siècle et trente ans, l’édifice porta cette identité imposée, ses pierres gardant la mémoire de ce qu’elles avaient été, même contraintes de servir une autre foi. Puis, en 1962, deux semaines après la proclamation de l’indépendance, la cathédrale redevint une mosquée. La Ketchaoua n’est pas seulement historique — elle est la métaphore la plus complète qu’Alger ait à offrir : un lieu transformé de force et recouvert par le temps, dont les murs contiennent, en silencieuse superposition, chaque strate de l’âme disputée de cette ville.

3. La Pêcherie — The Old Harbour

Long before the French built their grand promenade along the waterfront, long before the Ottomans raised their fortifications above the bay, there was already a harbour here. La Pêcherie — the old fish market of Algiers — is where the city’s relationship with the sea began, a relationship that predates every political chapter that followed. It sits at the northern tip of the port, and even today, in the pre-dawn dark, the stalls fill with the night’s catch: sea bream, mullet, octopus laid out on slabs of ice, fishermen speaking in the rapid cadences of a port that has heard a thousand languages over the centuries. The market is unglamorous by design, and that is precisely its virtue. It does not present itself for the tourist’s gaze. It is simply and stubbornly alive, a fragment of pre-colonial Algiers that has survived by being too essential to disappear — the city feeding itself, as it has always done, from the sea.

Bien avant que les Français ne construisent leur grand boulevard en front de mer, bien avant que les Ottomans érigent leurs fortifications au-dessus de la baie, il y avait déjà un port ici. La Pêcherie — l’ancien marché aux poissons d’Alger — est là où commence la relation de la ville avec la mer, une relation qui précède chaque chapitre politique qui suit. Elle se trouve à la pointe nord du port, et même aujourd’hui, dans l’obscurité d’avant l’aube, les étals se remplissent de la prise de la nuit : daurades, mulets, pieuvres disposées sur des dalles de glace, des pêcheurs parlant dans les cadences rapides d’un port qui a entendu mille langues au fil des siècles. Le marché n’est pas fait pour séduire, et c’est précisément sa vertu. Il ne se présente pas au regard du touriste. Il est simplement et obstinément vivant, un fragment d’Alger précoloniale qui a survécu parce qu’il est trop essentiel pour disparaître — la ville se nourrissant elle-même, comme elle l’a toujours fait, de la mer.

II. The French City

4. Notre-Dame d’Afrique

She watches over Algiers from a cliff one hundred and twenty metres above the Bay, and she has been watching since 1872. Notre-Dame d’Afrique is the most dramatically positioned building in the city — a Romano-Byzantine basilica painted in ochre and black, crowned by a dome that catches the last light of the Mediterranean afternoon. Cardinal Lavigerie commissioned it; Jean-Eugène Fromageau designed it; fourteen years of labour raised it from the limestone of the Bouzaréah hillside. Inside, a Black Madonna presides over the nave beneath an inscription that reads, in Arabic and French alike: ‘Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les Musulmans.’ The building is not innocent of the colonial project, yet that inscription complicates easy judgment. The basilica remains open and active, tended by a small Christian community, visible from almost every point in the city. To stand on its terrace at dusk, with the bay shimmering below and the call to prayer rising from the city’s minarets, is to feel Algiers in its full, unresolved complexity.

Elle veille sur Alger depuis une falaise à cent vingt mètres au-dessus de la baie, et elle veille depuis 1872. Notre-Dame d’Afrique est l’édifice le plus dramatiquement situé de la ville — une basilique romano-byzantine peinte en ocre et noir, couronnée d’un dôme qui capte les dernières lumières de l’après-midi méditerranéen. Le cardinal Lavigerie l’a commandée ; Jean-Eugène Fromageau l’a dessinée ; quatorze années de travaux l’ont hissée hors du calcaire du versant de Bouzaréah. À l’intérieur, une Vierge noire préside la nef sous une inscription qui proclame, en arabe comme en français : « Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les Musulmans. » L’édifice n’est pas innocent du projet colonial, et pourtant cette inscription résiste au jugement facile. La basilique reste ouverte et active, entretenue par une petite communauté chrétienne, visible depuis presque tout point de la ville. Se tenir sur sa terrasse au crépuscule, avec la baie qui scintille en contrebas et l’appel à la prière qui monte des minarets de la ville, c’est ressentir Alger dans toute sa complexité entière et non résolue.

5. La Grande Poste

The Grande Poste d’Alger, inaugurated in 1910, is one of the most seductive and most troubled objects of colonial architecture in the world. Designed by Voinot and Tondoire in the neo-Moorish style that the French called ‘style arabisant,’ it borrows its horseshoe arches, its geometric tiles, its stalactite vaulting from the very culture it was simultaneously dispossessing. This is the great ambiguity of colonial Algiers’s built heritage: beauty in bad faith, appropriation dressed as homage. And yet the building is genuinely, unreservedly beautiful — its white and ochre facade presiding over the Rue Larbi Ben M’hidi like an act of architectural self-confidence. Today it remains a functioning post office, which is somehow exactly right: a building that was always about communication, about the flow of words and money across a contested territory, still doing what it was built to do, indifferent to the ironies it embodies.

La Grande Poste d’Alger, inaugurée en 1910, est l’un des objets d’architecture coloniale à la fois les plus séduisants et les plus troublés au monde. Conçue par Voinot et Tondoire dans ce style néo-mauresque que les Français appelaient « style arabisant », elle emprunte ses arcs en fer à cheval, ses carreaux géométriques, ses voûtes à stalactites à la culture même qu’elle dépossédait simultanément. C’est là la grande ambiguïté du patrimoine bâti de l’Alger coloniale : une beauté de mauvaise foi, une appropriation habillée en hommage. Et pourtant l’édifice est, sans réserve, réellement magnifique — sa façade blanche et ocre dominant la rue Larbi Ben M’hidi comme un acte de confiance architecturale. Aujourd’hui, elle demeure un bureau de poste en activité, ce qui est en quelque sorte exactement juste : un bâtiment toujours lié à la communication, à la circulation des mots et de l’argent à travers un territoire disputé, faisant encore ce pour quoi il a été construit, indifférent aux ironies qu’il incarne.

6. Milk Bar

On the 30th of September 1956, a bomb exploded here. Placed by Zohra Drif, under orders from the FLN’s Yacef Saâdi, it killed three women and wounded dozens more — the first major act of urban terrorism in what would become known as the Battle of Algiers. The Milk Bar was then what it still is now: a salon de thé on the Rue Larbi Ben M’hidi, cheerful, unassuming, the kind of place where European Algerians came to eat ice cream on a Sunday afternoon. It was chosen precisely for that reason. The attack — and the brutal French reprisals it triggered — marked the moment the war moved definitively into the city’s nervous system. Today, the Milk Bar remains open. Photographs of the 1956 explosion line the walls, neither celebratory nor apologetic, simply present. To sit there with a coffee and look at those images is one of the stranger experiences Algiers offers: history as backdrop, violence as décor, the ordinary and the traumatic occupying the same tiled room.

Le 30 septembre 1956, une bombe a explosé ici. Posée par Zohra Drif, sur ordre de Yacef Saâdi, chef de la zone autonome d’Alger pour le FLN, elle tua trois femmes et blessa des dizaines d’autres — premier acte majeur de terrorisme urbain de ce qui allait devenir la Bataille d’Alger. Le Milk Bar était alors ce qu’il est encore aujourd’hui : un salon de thé sur la rue Larbi Ben M’hidi, jovial, sans prétention, le genre d’endroit où les Algériens européens venaient manger une glace le dimanche après-midi. Il fut choisi précisément pour cela. L’attentat — et les représailles françaises brutales qu’il déclencha — marqua le moment où la guerre s’installa définitivement dans le système nerveux de la ville. Aujourd’hui, le Milk Bar est toujours ouvert. Des photographies de l’explosion de 1956 tapissent les murs, ni célébratoires ni apologétiques, simplement présentes. S’y asseoir avec un café et regarder ces images est l’une des expériences les plus étranges qu’Alger ait à offrir : l’histoire comme toile de fond, la violence comme décor, l’ordinaire et le traumatique occupant la même salle carrelée.

7. Rue Larbi Ben M’hidi — formerly Rue d’Isly

A street cannot be a monument. And yet this one comes close. The Rue Larbi Ben M’hidi — which the colonists called the Rue d’Isly, named for a French military victory over Abd el-Kader’s forces in 1844 — is the central artery of downtown Algiers, a wide, shade-dappled boulevard that the French modelled, with conscious ambition, on the Rue de Rivoli. It carries every era of the city in its stones: the colonial-era facades with their iron balconies, the Milk Bar with its terrible history, the Grande Poste at one end, the Algiers opera house at the other. And it carries a name. Larbi Ben M’hidi was one of the nine historic founders of the FLN, captured by French paratroopers in February 1957 and killed in custody — officially described as a suicide. His name on this street is not decoration. It is the city talking back to its own history, renaming what was taken, restoring a word to the landscape it helped create.

Une rue ne peut pas être un monument. Et pourtant celle-ci s’en approche. La rue Larbi Ben M’hidi — que les colons appelaient rue d’Isly, du nom d’une victoire militaire française sur les forces d’Abd el-Kader en 1844 — est l’artère centrale du centre-ville d’Alger, un boulevard large et ombragé que les Français ont modelé, avec une ambition consciente, sur la rue de Rivoli. Elle porte en ses pierres toutes les époques de la ville : les façades de l’ère coloniale avec leurs balcons de fer, le Milk Bar et son histoire terrible, la Grande Poste à un bout, l’opéra d’Alger à l’autre. Et elle porte un nom. Larbi Ben M’hidi était l’un des neuf fondateurs historiques du FLN, capturé par les parachutistes français en février 1957 et tué en détention — officiellement présenté comme un suicide. Son nom sur cette rue n’est pas une décoration. C’est la ville qui répond à sa propre histoire, qui renomme ce qui avait été pris, qui restitue un mot au paysage qu’il a contribué à créer.

8. Jardin d’Essai du Hamma

The French planted this garden in 1832, barely two years after taking the city — which tells you something about what colonial occupation considers urgent. The Jardin d’Essai du Hamma began as a botanical experiment station, a place to test which plants from Europe, from tropical Africa, from the Americas might be made to flourish in Algerian soil. It is, in that sense, a garden of ambition rather than of beauty — though it became both. Today, a hundred and ninety years on, the trees the French planted have grown into something the colonisers could not have intended: a public paradise, democratic and beloved, where Algerians of every background come on Friday afternoons to sit among the palms and the dragon trees, the bamboo groves and the extraordinary ‘Tarzan tree,’ a ficus so ancient and vast that its aerial roots have formed a secondary forest beneath its canopy. A metro station deposits visitors at the gate. The garden costs almost nothing to enter. It is one of the most genuinely pleasurable places in the city.

Les Français ont planté ce jardin en 1832, à peine deux ans après avoir pris la ville — ce qui en dit long sur ce que l’occupation coloniale considère comme urgent. Le Jardin d’Essai du Hamma a débuté comme station d’expérimentation botanique, un lieu pour tester quelles plantes d’Europe, d’Afrique tropicale, des Amériques pourraient s’épanouir en sol algérien. C’est, en ce sens, un jardin d’ambition plutôt que de beauté — même s’il est devenu les deux. Aujourd’hui, cent quatre-vingt-dix ans plus tard, les arbres que les Français ont plantés ont grandi en quelque chose que les colonisateurs n’auraient pas pu vouloir : un paradis public, démocratique et aimé, où les Algériens de toutes origines viennent le vendredi après-midi s’asseoir parmi les palmiers et les dragonniers, les bosquets de bambous et l’extraordinaire « arbre Tarzan », un figuier si ancien et si vaste que ses racines aériennes ont formé une forêt secondaire sous sa canopée. Une station de métro dépose les visiteurs à l’entrée. Le jardin ne coûte presque rien à visiter. C’est l’un des endroits les plus agréables de la ville.

9. Aérohabitat

Fernand Pouillon built Aérohabitat in 1954, eight years before the country in which he built it ceased to be France. It is the finest example of late-colonial modernism in Algiers — a long, ship-like block of 560 apartments climbing the hillside above El-Biar, its horizontal lines and generous terraces expressing a faith in rational utopia that history was already in the process of disproving. Pouillon was, by any measure, an exceptional architect; he was also a man building luxury housing for a settler population on land that was not freely given. Aérohabitat holds both of these truths at once. Today it remains a residential building, still elegant, still commanding panoramic views over the bay — though the community it was designed for has long since scattered. Visitors can ride the elevator to the rooftop terrace for a handful of dinars, and stand where the colonial dream of a modern, Mediterranean Algiers briefly crystallised before it broke.

Fernand Pouillon a construit l’Aérohabitat en 1954, huit ans avant que le pays dans lequel il construisait cesse d’être la France. C’est le plus bel exemple de modernisme colonial tardif à Alger — un long bloc en forme de paquebot de 560 appartements gravissant la colline au-dessus d’El-Biar, ses lignes horizontales et ses généreux balcons exprimant une foi en l’utopie rationnelle que l’histoire était déjà en train de démentir. Pouillon était, à tous égards, un architecte exceptionnel ; il était aussi un homme construisant des logements de luxe pour une population de colons sur une terre qui n’avait pas été librement cédée. L’Aérohabitat contient ces deux vérités simultanément. Aujourd’hui, c’est toujours un immeuble résidentiel, élégant, dominant la baie de vues panoramiques — bien que la communauté pour laquelle il fut conçu ce soit depuis longtemps dispersée. Les visiteurs peuvent prendre l’ascenseur jusqu’à la terrasse sur le toit pour une poignée de dinars, et se tenir là où le rêve colonial d’une Alger moderne et méditerranéenne s’est brièvement cristallisé avant de se briser.

10. Lycée Émir Abdelkader

Near the Casbah, this school carries one of the most resonant names in Algerian history. Abd el-Kader was the emir who led the first sustained military and political resistance to the French conquest, from 1832 until his surrender in 1847 — a figure of such dignity and strategic intelligence that even his captors eventually had to acknowledge his stature. That a French colonial lycée, built to educate the sons of the occupying power, now bears his name is one of those reversals that independent Algeria specialised in. The building itself is unremarkable; it is the name that does the work. It asks every student who passes through its gates to consider the relationship between the institution and the person for whom it was renamed — between French educational structures and the man who died resisting the civilisation those structures claimed to represent. Education as palimpsest: the colonial lesson overwritten, though not entirely erased, by the name of its most eloquent opponent.

Près de la Casbah, ce lycée porte l’un des noms les plus évocateurs de l’histoire algérienne. Abd el-Kader fut l’émir qui mena la première résistance militaire et politique soutenue à la conquête française, de 1832 jusqu’à sa reddition en 1847 — une figure d’une telle dignité et d’une telle intelligence stratégique que même ses geôliers durent finalement reconnaître sa stature. Qu’un lycée colonial français, bâti pour éduquer les fils du pouvoir occupant, porte désormais son nom est l’un de ces renversements dont l’Algérie indépendante s’est fait une spécialité. Le bâtiment lui-même est sans prétention ; c’est le nom qui accomplit le travail. Il demande à chaque élève qui franchit ses portes de réfléchir au rapport entre l’institution et celui dont elle porte le nom — entre les structures éducatives françaises et l’homme qui mourut en résistant à la civilisation que ces structures prétendaient représenter. L’éducation comme palimpseste : la leçon coloniale réécrite, sans être tout à fait effacée, par le nom de son opposant le plus éloquent.

11. Lycée Cheikh Bouamama — formerly Lycée Descartes

My father studied here. That sentence, for me, changes the weight of this building — transforms it from a colonial-era lycée into something more intimate and harder to classify. The Lycée Descartes was one of the great French secondary schools of Algiers, where the sons of European settlers — and eventually a carefully selected handful of Algerian students — were educated in the Cartesian tradition the name announced: reason, method, the progressive unlocking of the world through rational enquiry. After independence, the school was renamed for Cheikh Bouamama, the Saharan religious leader and resistance fighter who led an uprising against French rule in 1881. Two names, two histories, one building: the French ideal of universal reason housed inside the walls of a school now named for a man who rejected French rule entirely. My father walked these corridors. He was, in some sense, the living resolution of the contradiction the building embodies — educated by the coloniser’s system to think for himself, in a country that was learning to do the same.

Mon père a étudié ici. Cette phrase, pour moi, change le poids de cet édifice — le transforme d’un lycée de l’ère coloniale en quelque chose de plus intime et de plus difficile à classer. Le Lycée Descartes était l’un des grands lycées français d’Alger, où les fils des colons européens — et finalement une poignée soigneusement sélectionnée d’élèves algériens — étaient formés dans la tradition cartésienne qu’annonçait son nom : la raison, la méthode, le déverrouillage progressif du monde par l’enquête rationnelle. Après l’indépendance, le lycée fut rebaptisé du nom du Cheikh Bouamama, chef religieux saharien et résistant qui mena un soulèvement contre la domination française en 1881. Deux noms, deux histoires, un seul bâtiment : l’idéal français de la raison universelle logé dans les murs d’un lycée qui porte désormais le nom d’un homme ayant rejeté en bloc la domination française. Mon père a parcouru ces couloirs. Il était, en un sens, la résolution vivante de la contradiction qu’incarne cet édifice — éduqué par le système du colonisateur à penser par lui-même, dans un pays qui apprenait à faire de même.

III. The City That Became Itself

12. Maqam Echahid — The Martyrs’ Memorial

On the 5th of July 1982, twenty years after Algeria declared independence, the Maqam Echahid was inaugurated on the heights above the city. Three concrete palms rise forty metres into the sky, their fronds curving inward at the summit to shelter a flame, and beneath them a museum holds the full weight of what the monument commemorates: a war of independence that cost, by the most conservative estimates, three hundred thousand Algerian lives. The architect was the Canadian Bachir Hendous; the brief was to create a symbol that could be seen from everywhere in Algiers. He succeeded. The Maqam dominates the skyline as Notre-Dame d’Afrique once dominated it — but where the basilica looked down on the city as an act of faith in a foreign power, the Maqam rises from it as an act of self-definition. A cable car connects it to the Hamma metro station below, which means that on a Sunday the monument is thronged with families, children running between the palms, grandparents who remember. The living and the commemorated, sharing the same high ground above the bay.

Le 5 juillet 1982, vingt ans après la proclamation de l’indépendance de l’Algérie, le Maqam Echahid fut inauguré sur les hauteurs dominant la ville. Trois palmes de béton s’élèvent à quarante mètres dans le ciel, leurs feuilles se courbant vers l’intérieur au sommet pour abriter une flamme, et en dessous, un musée porte tout le poids de ce que le monument commémore : une guerre d’indépendance qui coûta, selon les estimations les plus conservatrices, trois cent mille vies algériennes. L’architecte était le Canadien Bachir Hendous ; la commande était de créer un symbole visible de partout dans Alger. Il y réussit. Le Maqam domine la ligne d’horizon comme Notre-Dame d’Afrique la dominait jadis — mais là où la basilique surplombait la ville comme un acte de foi en une puissance étrangère, le Maqam s’en élève comme un acte d’autodéfinition. Un téléphérique le relie à la station de métro du Hamma en contrebas, ce qui signifie que le dimanche le monument est envahi de familles, des enfants courant entre les palmes, des grands-parents qui se souviennent. Les vivants et les commémorés, partageant le même terrain élevé au-dessus de la baie.

13. Bab Ezzouar Business District

Twelve kilometres east of the old city, beyond the airport, Bab Ezzouar is where Algeria goes to imagine itself in the future tense. The business district — built across the 2000s and still expanding — is a landscape of glass towers and wide boulevards, of corporate headquarters and university campuses, of traffic jams that signal economic ambition rather than urban failure. There is nothing here that predates independence. There is nothing here, frankly, that was not planned. Bab Ezzouar is the anti-Casbah: where the old city grew organically over centuries, accumulating layers of history like geological strata, the business district was assembled from scratch according to a masterplan that looked outward — to Dubai, to Kuala Lumpur, to every city that equated modernity with glass and altitude. The irony is that both visions of Algiers are equally authentic. One is the city as inheritance; the other is the city as aspiration. Algiers, like most postcolonial capitals, lives between them.

À douze kilomètres à l’est de la vieille ville, au-delà de l’aéroport, Bab Ezzouar est l’endroit où l’Algérie va s’imaginer au futur. Le quartier d’affaires — construit au cours des années 2000 et toujours en expansion — est un paysage de tours de verre et de larges boulevards, de sièges sociaux et de campus universitaires, d’embouteillages qui signalent une ambition économique plutôt qu’un échec urbain. Il n’y a ici rien qui soit antérieur à l’indépendance. Il n’y a ici, franchement, rien qui n’ait été planifié. Bab Ezzouar est l’anti-Casbah : là où la vieille ville a grandi organiquement sur des siècles, accumulant des couches d’histoire comme des strates géologiques, le quartier d’affaires a été assemblé de toutes pièces selon un plan directeur qui regardait vers l’extérieur — vers Dubaï, vers Kuala Lumpur, vers chaque ville qui associe modernité, verre et altitude. L’ironie est que ces deux visions d’Alger sont également authentiques. L’une est la ville comme héritage ; l’autre est la ville comme aspiration. Alger, comme la plupart des capitales postcoloniales, vit entre les deux.

14. Djamaa El Djazaïr — The Great Mosque of Algiers

Inaugurated in 2019, the Djamaa El Djazaïr is the largest mosque in Africa, the third largest in the world, and a statement of such calculated grandeur that it demands to be read as political text before it is appreciated as architecture. The project was announced by President Bouteflika, designed by a German firm, and built largely by a Chinese construction company — a globalised object intended to project national sovereignty. Its minaret, at two hundred and sixty-five metres, is the tallest in the world. The prayer hall can accommodate one hundred and twenty thousand worshippers. It sits on reclaimed land beside the Bay of Algiers, visible from the Maqam Echahid across the water, and from Notre-Dame d’Afrique on its cliff — as if the new Algeria is staging a visual conversation across the bay with every monument that preceded it. Whatever one makes of the politics behind it, the Djamaa El Djazaïr is impossible to ignore: Algiers finally building on a scale that matches the scale of its history.

Inaugurée en 2019, la Djamaa El Djazaïr est la plus grande mosquée d’Afrique, la troisième du monde, et une déclaration d’une grandeur si calculée qu’elle exige d’être lue comme texte politique avant d’être appréciée comme architecture. Le projet fut annoncé par le président Bouteflika, conçu par un cabinet allemand, et construit en grande partie par une entreprise de construction chinoise — un objet mondialisé destiné à projeter la souveraineté nationale. Son minaret, à deux cent soixante-cinq mètres, est le plus haut du monde. La salle de prière peut accueillir cent vingt mille fidèles. Elle occupe un terrain gagné sur la mer au bord de la baie d’Alger, visible depuis le Maqam Echahid de l’autre côté de l’eau, et depuis Notre-Dame d’Afrique sur sa falaise — comme si la nouvelle Algérie orchestrait une conversation visuelle à travers la baie avec chaque monument qui l’a précédée. Quoi qu’on pense de la politique qui la sous-tend, la Djamaa El Djazaïr est impossible à ignorer : Alger construisant enfin à l’échelle de son histoire.

Une ville n’en a jamais fini avec elle-même.

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