Simon CHABROL

Écriture et recherche indépendante (FR/EN)

Technicien de support IT

Culture in Algeria — 10 Snapshots

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And finally, what is Algerian identity? Is it music? Is it literature? Its flag? Or perhaps couscous? It’s hard to say for sure, and this article doesn’t provide a definitive answer either. Instead, it aims to explore the mosaic that is Algerian culture through ten seemingly emblematic elements: its national dish, of course, but also music, an internationally renowned author in the Arab world, two films about the War of Independence, and the Hirak movement. And, of course, its flag. 

Et finalement, qu’est-ce que l’identité algérienne ? Sa musique ? Sa littérature ? Son drapeau ? Ou peut-être le couscous ? Difficile de trancher, et cet article ne tranche pas non plus. Il se propose d’évoquer la mosaïque qu’est la culture algérienne à travers dix fragments qui semblent emblématiques : son plat national bien sûr, mais aussi la musique, une autrice de notoriété internationale dans le monde arabe, deux films sur la guerre d’indépendance et le Hirak. Et bien entendu son drapeau. 

Ahlam Mosteghanemi

Ahlam Mosteghanemi is one of the most famous writers from Algeria and the Arab world. She was born on April 13, 1953, in Tunis, Tunisia, where her family was living in exile during the Algerian War of Independence. After Algeria gained its independence in 1962, her family returned to the country. She studied literature and became the first Algerian woman to publish a collection of poetry in Arabic. To understand the impact of her writings, she wrote in Arabic—which is a language, but which also carries sacred significance in the Arab world, as it is the language of Islam—on topics and with a freedom that were not to be taken for granted, especially for a woman. Writing in Arabic carried even greater significance in Algeria at that time, as the country was emerging from colonial rule, which had relegated Arabic to a secondary position behind French. Ahlam Mosteghanemi is best known for her novels, especially Memory in the Flesh (Mémoires de la chair), which became a huge success throughout the Arab world. For this novel, she was awarded the Naguib Mahfouz Medal for Literature in 1998, an Egyptian prize presented each year to the best novel written in Arabic. The novel tells the story of Khaled, a former fighter in the Algerian War of Independence who becomes a painter after losing one of his arms. He falls in love with Hayat, the daughter of his former military commander. Through this relationship, the novel explores the wounds of history, nostalgia, and the disillusionment that followed Algeria’s independence. Love and memory are intertwined in a deeply poetic style. Among her other major works is Chaos of the Senses (Le Chaos des sens, 1997). The novel follows a female writer who retreats into her imagination to escape the violence affecting her country. As the story unfolds, the boundaries between fiction and reality become increasingly blurred. The novel explores loneliness, desire, and the trauma of Algeria’s « Black Decade, » while reflecting on the power of writing in times of chaos. Another important novel is The Black Suits You So Well (Le Noir te va si bien, 2012). It tells the story of the meeting between a young Algerian singer and a wealthy, influential man who becomes fascinated by her. Their relationship moves between passion, power, and manipulation. The novel examines themes of freedom, identity, and the status of women in society, while celebrating the resilience of art and love in the face of social constraints. Ahlam Mosteghanemi’s works explore themes such as love, history, identity, memory, and the lasting consequences of war. She has received numerous literary awards and is admired for her highly poetic writing style. Her novels have been translated into many languages and are read by millions of readers around the world. Through her work, she has introduced Algerian history and culture to an international audience. Today, she remains one of the most influential contemporary Arab authors.

Ahlam Mosteghanemi est l’une des écrivaines les plus célèbres d’Algérie et du monde arabe. Elle est née le 13 avril 1953 à Tunis, en Tunisie, où sa famille vivait en exil pendant la guerre d’indépendance algérienne. Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, sa famille est revenue au pays. Elle a étudié la littérature et est devenue la première Algérienne à publier un recueil de poésie en langue arabe. Pour comprendre l’impact de ses écrits, elle écrit en arabe — qui est une langue, mais qui porte aussi dans le monde arabe une charge sacrée, car il s’agit de la langue de l’Islam — sur des thèmes et avec une liberté qui n’allaient pas de soi; en particulier pour une femme. Écrire en Arabe avait un poids d’autant plus grand à cette époque en Algérie que le pays sortait de la colonisation, qui avait relégué l’Arabe derrière le Français. Ahlam Mosteghanemi est surtout connue pour ses romans, notamment Mémoires de la chair, qui est devenu un immense succès dans le monde arabe — roman pour lequel elle obtient d’ailleurs le prix  Prix Naguib-Mahfouz en 1998, prix égyptien qui récompense chaque année le meilleur roman de langue arabe. Le roman raconte l’histoire de Khaled, un ancien combattant de la guerre d’indépendance algérienne devenu peintre après avoir perdu un bras. Il tombe amoureux de Hayat, la fille de son ancien chef de guerre. À travers cette relation, le récit explore les blessures de l’histoire, la nostalgie et les désillusions de l’Algérie indépendante. L’amour et la mémoire s’entremêlent dans une écriture poétique. On peut citer également Le Chaos des sens (1997) — ce roman met en scène une écrivaine qui se réfugie dans l’imaginaire pour échapper à la violence qui frappe son pays. Les frontières entre la fiction et la réalité deviennent de plus en plus floues. L’histoire évoque la solitude, le désir et les traumatismes de la décennie noire en Algérie. L’œuvre réfléchit au pouvoir de l’écriture face au chaos — ou encore Le Noir te va si bien (2012) — qui raconte la rencontre entre une jeune chanteuse algérienne et un homme riche et influent, fasciné par elle. Leur relation oscille entre passion, pouvoir et manipulation. Le roman aborde les thèmes de la liberté, de l’identité et de la condition des femmes dans la société. Il célèbre également la résistance de l’art et de l’amour face aux contraintes sociales. Ses œuvres abordent des thèmes comme l’amour, l’histoire, l’identité, la mémoire et les conséquences de la guerre. Elle a reçu plusieurs récompenses littéraires et est admirée pour son style d’écriture très poétique. Ses romans ont été traduits dans de nombreuses langues et sont lus par des millions de lecteurs. Grâce à son œuvre, elle a fait connaître l’histoire et la culture algériennes à travers le monde. Aujourd’hui, elle reste l’une des auteures arabes contemporaines les plus influentes.

The Hirak

The Hirak was a peaceful protest movement that began in Algeria on February 22, 2019. Millions of Algerians took to the streets across the country to express their desire for political change, greater transparency, and democratic reforms. The demonstrations started after President Abdelaziz Bouteflika announced that he would seek a fifth term in office. People from different generations, regions, and social backgrounds marched together, carrying Algerian flags and calling for peaceful change. One of the movement’s main principles was non-violence. Protesters organized weekly marches and emphasized national unity, respect, and civic participation. These protests are taking place amid what could be described as growing weariness among the Algerian people due to the length of Bouteflika’s reign — which has been compounded by rumors about his health and his ability to govern Algeria — several scandals in the construction sector (notably the use of foreign companies and workers) — as well as chronic dissatisfaction with social and economic hardships. Yet the country had managed to avoid the consequences of the Arab Spring between 2010 and 2012, which had shaken all Arab countries, leading to the overthrow of President Mubarak in Egypt, Gaddafi in Libya, and Saleh in Yemen. This situation was made possible by the decision made at the time to redistribute oil industry revenues more widely—notably through continued price subsidies and direct and indirect aid. After several weeks of protests, President Abdelaziz Bouteflika resigned in April 2019. Although the movement subsequently waned, the Hirak remains a significant moment in Algeria’s recent history. One slogan from that time stands out: “Yetnahaw Gaâ!”—literally translated as “Let them all get out.” Today, the Hirak is remembered as a remarkable example of peaceful civic engagement and the determination of many Algerians to make their voices heard. 

Le Hirak est un mouvement de protestation pacifique qui a commencé en Algérie le 22 février 2019. Des millions d’Algériens sont descendus dans les rues à travers tout le pays pour exprimer leur souhait de changement politique, de plus grande transparence et de réformes démocratiques. Les manifestations ont débuté après l’annonce de la candidature du président Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat. Des personnes de toutes les générations, de toutes les régions et de tous les milieux sociaux ont marché ensemble, portant le drapeau algérien et appelant à un changement pacifique. L’un des principes essentiels du mouvement était la non-violence. Les manifestants organisaient des marches hebdomadaires et mettaient en avant l’unité nationale, le respect et la participation citoyenne. Ces protestations se produisent dans ce que l’on pourrait décrire comme une usure du peuple algérien face à la longévité du règne de Bouteflika — autour duquel se sont greffés des rumeurs sur son état de santé et sa capacité à gouverner l’Algérie — plusieurs scandales dans le domaine du bâtiment (notamment l’appel à des sociétés et travailleurs étrangers) ainsi qu’une insatisfaction chronique face aux difficultés sociales et économiques. Le pays avait pourtant échappé aux conséquences du Printemps Arabe entre 2010 et 2012, qui avait secoué l’ensemble des pays arabes, allant jusqu’au renversement du président Moubarak en Égypte, de Kadhafi en Libye ou encore de Saleh au Yémen. Une situation rendue possible par le choix fait à l’époque de redistribuer davantage les revenus de l’industrie pétrolière — notamment par la poursuite du subventionnement des prix, ou les aides directes et indirectes. Après plusieurs semaines de manifestations, le président Abdelaziz Bouteflika démissionne en avril 2019. Même si le mouvement s’est ensuite réduit, le Hirak reste un moment important de l’histoire récente de l’Algérie. On retiendra un slogan de l’époque — “Yetnahaw Gaâ !” traduit littéralement par “Qu’ils dégagent tous”. Il a favorisé un large débat sur la citoyenneté, la démocratie et l’avenir du pays. Aujourd’hui, le Hirak est considéré comme un exemple marquant d’engagement civique pacifique et de la volonté de nombreux Algériens de faire entendre leur voix. 

However, what will actually remain of this in Algerian society? There is no doubt that it was—and must be—possible in Algeria to take to the streets and make one’s voice heard without violence, thereby securing the resignation of the country’s leaders. Even if this has not yet led to significant political changes. And what kind of momentum—if any—has it injected into Algerian society? While the Hirak is a source of pride for the Algerian people themselves, the fact remains that the movement has never been able to produce a leader—and thus a political program—to oppose the one currently being implemented by Algeria’s ruling class. Unfortunately, this is a problem that has historically plagued all opposition movements to the FLN for a long time. 

Toutefois, qu’en restera-t-il concrètement dans la société algérienne ? Sans aucun doute qu’il était — et doit être — possible en Algérie d’occuper la rue et de faire entendre sa voix sans violence; en obtenant par là même la démission de ses dirigeants. Même si cela ne s’est pas traduit pour le moment par des changements politiques d’ampleur. Et quel élan aura-t-il insufflé ou non dans la société algérienne ? Si le Hirak est une fierté pour le peuple algérien lui-même, il reste que le mouvement n’a jamais pu faire émerger de leader et donc de programme politique d’opposition à celui actuellement pratiqué par la classe dirigeante en Algérie. Un problème qui a concerné historiquement toutes les oppositions au FLN depuis longtemps malheureusement. 

Chronicle of the Years of Fire

Chronicle of the Years of Fire is one of the greatest films in the history of Algerian cinema. It was directed by Mohammed Lakhdar-Hamina and released in 1975. The film tells the story of ordinary Algerians between the 1930s and the beginning of the Algerian War of Independence in 1954. Through the life of a poor farmer named Ahmed, it shows the effects of poverty, famine, injustice, and French colonial rule. As the story progresses, the characters become increasingly aware of the need to fight for freedom and dignity. The film combines powerful storytelling with beautiful cinematography and memorable performances. In 1975, it won the prestigious Palme d’Or at the Cannes Film Festival, becoming the first—and so far the only—Arab and African film to receive this award. Today, Chronicle of the Years of Fire is regarded as a masterpiece of world cinema. It is an important work for understanding Algeria’s history, the struggle for independence, and the resilience of its people.

Chronique des Années de Braise est l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma algérien. Il a été réalisé par Mohammed Lakhdar-Hamina et est sorti en 1975. Le film raconte l’histoire d’Algériens ordinaires entre les années 1930 et le début de la guerre d’indépendance en 1954. À travers la vie d’un pauvre paysan nommé Ahmed, il montre les conséquences de la pauvreté, de la famine, de l’injustice et de la domination coloniale française. Au fil de l’histoire, les personnages prennent conscience de la nécessité de lutter pour la liberté et la dignité. Le film associe une narration puissante à une photographie remarquable et à des interprétations mémorables. En 1975, il a remporté la prestigieuse Palme d’Or au Festival de Cannes, devenant le premier — et jusqu’à aujourd’hui le seul — film arabe et africain à recevoir cette distinction. Aujourd’hui, Chronique des Années de Braise est considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma mondial. C’est une œuvre essentielle pour comprendre l’histoire de l’Algérie, la lutte pour l’indépendance et la résilience de son peuple.

Couscous

Couscous is the most famous traditional dish in Algeria. It is prepared with small steamed grains made from semolina. The dish is usually served with a rich sauce, vegetables such as carrots, zucchini, turnips, and chickpeas, and meat like lamb, chicken, or beef. In some regions, people also prepare couscous with fish. Every family has its own special recipe, passed down from generation to generation. Couscous is often cooked for family gatherings, weddings, religious celebrations, and Friday lunches. It is a symbol of hospitality, sharing, and generosity. Preparing couscous takes time and care, especially when the semolina is steamed by hand in a traditional pot called a couscoussier. In 2020, couscous was added to UNESCO’s Intangible Cultural Heritage list because of its cultural importance in North Africa. Although it is enjoyed in many countries, Algerians are very proud of their own regional varieties. Couscous is much more than a meal: it is an important part of Algeria’s culture, traditions, and family life.

Le couscous est le plat traditionnel le plus célèbre d’Algérie. Il est préparé avec de petits grains de semoule cuits à la vapeur. Le plat est généralement servi avec une sauce savoureuse, des légumes comme les carottes, les courgettes, les navets et les pois chiches, ainsi que de la viande, comme l’agneau, le poulet ou le bœuf. Dans certaines régions, le couscous est également préparé avec du poisson. Chaque famille possède sa propre recette, transmise de génération en génération. Le couscous est souvent cuisiné pour les réunions de famille, les mariages, les fêtes religieuses et les déjeuners du vendredi. Il est un symbole d’hospitalité, de partage et de générosité. Sa préparation demande du temps et du savoir-faire, surtout lorsque la semoule est cuite à la vapeur dans un couscoussier traditionnel. En 2020, le couscous a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en raison de son importance culturelle en Afrique du Nord. Bien qu’il soit consommé dans de nombreux pays, les Algériens sont très fiers de leurs différentes recettes régionales. Le couscous est bien plus qu’un simple repas : il représente une part essentielle de la culture, des traditions et de la vie familiale en Algérie.

The joint inscription by Algeria, Mauritania, Morocco, and Tunisia of the knowledge, know-how, and practices related to couscous on UNESCO’s Intangible Cultural Heritage list represents a major cultural and diplomatic achievement, proving that a shared heritage can build bridges and transcend borders to bring peoples closer together. Far more than just a simple dish, couscous is a true pillar of social life that accompanies entire populations—from plains to oases, from rural to urban areas, not forgetting the diaspora—throughout all moments of existence, whether during daily meals, family celebrations, or spiritual ceremonies. This tradition is reflected in an infinite variety of recipes adapted to local ecosystems and relies on an interconnected social fabric where women play a central role as guardians of symbolic values, alongside farmers, millers, merchants, and the artisans who craft the essential utensils. Ultimately, it is this entire sum of ancestral gestures, such as the delicate art of « rolling couscous »—transmitted orally and through imitation from generation to generation—that this international recognition now invites us to preserve and celebrate.

L’inscription conjointe par l’Algérie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie des savoirs, savoir-faire et pratiques liés au couscous sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO représente une réussite culturelle et diplomatique majeure, prouvant qu’un héritage partagé peut jeter des ponts et transcender les frontières pour rapprocher les peuples. Bien plus qu’un simple plat, le couscous est un véritable pilier de la vie en société qui accompagne les populations — des plaines aux oasis, du monde rural aux zones urbaines, sans oublier la diaspora — dans tous les moments de l’existence, qu’il s’agisse des repas du quotidien, des fêtes familiales ou des cérémonies spirituelles. Cette tradition se décline en une infinité de recettes adaptées aux écosystèmes locaux et repose sur un tissu social interconnecté, où les femmes jouent un rôle central de gardiennes des valeurs symboliques, aux côtés des agriculteurs, des meuniers, des commerçants et des artisans qui fabriquent les ustensiles. C’est toute cette somme de gestes ancestraux, comme l’art délicat de « rouler le couscous », transmis oralement et par imitation de génération en génération, que cette reconnaissance internationale invite désormais à préserver et à célébrer.

Mozabites

The Mozabites (or Aït Aghlane) are a Berber ethnic group descended from the Zenete confederation, living primarily in the Mzab Valley in Algeria—particularly within the cities of the Pentapolis, such as Ghardaïa—as well as in the country’s major cities. Historically, the community began to take shape in the 11th century with Ibadite refugees fleeing the fall of the Rustamid Kingdom, who transformed this inhospitable region into a prosperous caravan trade hub by the 14th century. Distinguished by their Zenete Berber language (Tumẓabt) and their bilingualism in Arabic, the Mozabites are characterized above all by their adherence to Ibadism. This strict and egalitarian Muslim doctrine condemns luxury and imposes strict moral discipline, cementing the identity and cohesion of this religious and linguistic minority.

Les Mozabites (ou Aït Aghlane) forment un groupe ethnique berbère issu de la confédération des Zénètes, vivant principalement dans la vallée du Mzab en Algérie — notamment au sein des cités de la Pentapole comme Ghardaïa — ainsi que dans les grandes villes du pays. Historiquement, la communauté s’est constituée à partir du XIe siècle par des réfugiés ibadites fuyant la chute du royaume rostémide, qui ont transformé cette région inhospitalière en un carrefour commercial caravanier prospère dès le XIVe siècle. Distincts par leur langue berbère zénète (le tumẓabt) et leur bilinguisme arabe, les Mozabites se caractérisent surtout par leur adhésion à l’ibadisme. Cette doctrine musulmane rigoriste et égalitariste condamne le luxe et impose une stricte rigueur morale, cimentant l’identité et la cohésion de cette minorité religieuse et linguistique.

From a sociocultural and economic perspective, Mozabite society is organized into family units united under the authority of the Azzaba, a council of elders that governs the community’s religious and political affairs. Focused on trade, which they view as a spiritual duty, they share with other Maghreb groups (such as the Djerbians and the Soussis) a strong entrepreneurial spirit rooted in community solidarity and a robust educational tradition. Their way of life is characterized by strict endogamy, collective wedding celebrations, and a clear separation of male and female spaces, although women enjoy a certain degree of autonomy. Despite the prevailing puritanism, they preserve a rich heritage of traditional crafts, particularly through carpet weaving, and distinctive dress customs, such as the white haïk worn by women and the gandoura or burnous worn by men.

Sur le plan socioculturel et économique, la société mozabite se structure en fractions familiales unies sous l’autorité de la Azzaba, un conseil de sages qui régit les affaires religieuses et politiques de la communauté. Tournés vers le commerce, qu’ils considèrent comme un devoir spirituel, ils partagent avec d’autres groupes maghrébins (comme les Djerbiens et les Soussis) un fort esprit entrepreneurial basé sur la solidarité communautaire et une solide tradition éducative. Leur mode de vie se distingue par une endogamie stricte, des célébrations de mariages collectifs et une séparation marquée des espaces masculins et féminins, bien que les femmes y disposent d’une certaine autonomie. Malgré le puritanisme ambiant, ils préservent un riche patrimoine artisanal, notamment à travers le tissage de tapis, et des coutumes vestimentaires typiques, à l’image du haïk blanc porté par les femmes et de la gandoura ou du burnous pour les hommes.

L’enfant Algérien 

Upon Algeria’s accession to independence in 1962, the protection and development of youth became major national priorities, concretized by massive investment in the educational system. The State established free education from primary school through university and made it compulsory for all children aged 6 to 16. Supported by significant organizational and linguistic reforms—notably the progressive Arabization of education coupled with the maintenance of French for higher scientific tracks—this policy mobilized over 7.5% of the GDP. These sustained efforts led to a drastic drop in the illiteracy rate, from over 75% in 1966 to 22% in 2008, while broadly democratizing schooling with a net enrollment rate reaching nearly 93% and complete parity between girls and boys.

Dès l’accession de l’Algérie à l’indépendance en 1962, la protection et l’épanouissement de la jeunesse sont devenus des priorités nationales majeures, concrétisées par un investissement massif dans le système éducatif. L’État a instauré la gratuité de l’enseignement de l’école primaire jusqu’à l’université et l’a rendu obligatoire pour tous les enfants de 6 à 16 ans. Soutenue par d’importantes réformes organisationnelles et linguistiques — notamment l’arabisation progressive de l’enseignement couplée au maintien du français pour les filières scientifiques supérieures —, cette politique a mobilisé plus de 7,5 % du PIB. Ces efforts soutenus ont permis de faire chuter le taux d’analphabétisme de plus de 75 % en 1966 à 22 % en 2008, tout en démocratisant largement la scolarisation avec un taux net atteignant près de 93 % et une parité complète entre filles et garçons.

Alongside educational challenges, child health required relentless mobilization in the face of epidemics and high infant mortality. Professor Aldjia Noureddine Benallègue was an iconic pioneer in this regard. The only girl of Algerian origin at the Algiers Faculty of Medicine in 1936, she defended her thesis in 1946 on severe summer syndromes in infants. After a temporary exile in France in 1956 and her success in the agrégation competitive exam in Paris in 1962, she returned to Algiers to head the pediatrics departments of the Mustapha and then Parnet (Nafissa Hamoud) hospitals. Founder of the Algiers Pediatrics Society in 1968 and creator of the Maghrebian Medical-Surgical Days, she shaped the Algerian school of pediatrics for nearly three decades. Her exceptional career was crowned in 1982 when she became the first woman from the Maghreb and Africa elected as a corresponding member of the French National Academy of Medicine.

Parallèlement aux défis éducatifs, la santé infantile a exigé une mobilisation sans relâche face aux épidémies et à la mortalité élevée des nourrissons. La professeure Aldjia Noureddine Benallègue en fut une figure pionnière emblématique. Seule fille d’origine algérienne à la faculté de médecine d’Alger en 1936, elle soutient sa thèse en 1946 sur les syndromes graves de l’été chez le nourrisson. Après un exil temporaire en France en 1956 et sa réussite au concours d’agrégation à Paris en 1962, elle revient à Alger pour diriger les services de pédiatrie des hôpitaux Mustapha puis Parnet (Nafissa Hamoud). Fondatrice de la Société de Pédiatrie d’Alger en 1968 et créatrice des Journées Médico-Chirurgicales Maghrébines, elle façonne l’école pédiatrique algérienne pendant près de trois décennies. Son parcours d’exception est couronné en 1982 lorsqu’elle devient la première femme du Maghreb et d’Afrique élue membre correspondant de l’Académie nationale de médecine française.

The history of Algerian child medicine is equally inseparable from Professor Jean-Paul Grangaud, a Protestant Pied-Noir of French origin who committed himself to the national cause at the age of 24. As an intern at El Kettar hospital between 1961 and 1962, he supplied medicines to the moudjahidine of the Casbah in coordination with the Algerian Muslim Scouts. Having become an Algerian citizen in 1968 alongside his wife Marie-France, he chose to give Arabic names to three of his four children (Malik, Naïma, and Sélim) and dedicated his life to pediatrics in the face of the ravages of infectious diseases. A major architect of the national vaccination schedule validated by the WHO, he traveled across the South and the High Plateaus to administer vaccines, directly contributing to the elimination of poliomyelitis and tetanus. A pioneer in social pediatrics, he mandated the presence of mothers at the bedsides of their hospitalized children in Beni Messous and courageously kept his clinics open in Aïn Taya during the security crisis of the 1990s. Later appointed Director of Prevention at the Ministry of Health, he spearheaded the campaign against measles before co-developing the national anti-cancer plan in 2014, continuing his commitment until his death in Algiers in 2020 at the age of 82.

L’histoire de la médecine infantile algérienne est tout aussi indissociable du professeur Jean-Paul Grangaud, pied-noir protestant d’origine française qui s’engage dès ses 24 ans pour la cause nationale. Interne à l’hôpital d’El Kettar entre 1961 et 1962, il ravitaille en médicaments les moudjahidine de la Casbah en liaison avec les Scouts musulmans algériens. Devenu citoyen algérien en 1968 aux côtés de son épouse Marie-France, il choisit de donner des prénoms arabes à trois de ses quatre enfants (Malik, Naïma et Sélim) et consacre sa vie à la pédiatrie face aux ravages des maladies infectieuses. Artisan majeur du calendrier national de vaccination validé par l’OMS, il sillonne le Sud et les Hauts Plateaux pour administrer les vaccins, contribuant directement à l’élimination de la poliomyélite et du tétanos. Pionnier de la pédiatrie sociale, il impose la présence des mères au chevet de leurs enfants hospitalisés à Beni Messous et maintient courageusement ses consultations à Aïn Taya durant la crise sécuritaire des années 1990. Nommé ensuite directeur de la prévention au ministère de la Santé, il pilote la campagne contre la rougeole avant de co-élaborer le plan national anti-cancer en 2014, poursuivant son engagement jusqu’à son décès à Alger en 2020 à l’âge de 82 ans.

In the space of a few decades, the combined action of public education policies and the dedication of these remarkable medical figures profoundly transformed the condition of the Algerian child. The significant reduction in the number of out-of-school children, widespread access to preventive medicine, and the eradication of deadly pathologies bear witness to a foundational social progress. By simultaneously guaranteeing a fundamental right to education and rigorous health protection from the youngest age, Algeria was able to build a protective and emancipatory framework to shape the future of its new generations.

En l’espace de quelques décennies, l’action conjuguée des politiques publiques d’instruction et le dévouement de ces figures médicales remarquables ont profondément transformé la condition de l’enfant algérien. La réduction significative du nombre d’enfants non scolarisés, l’accès généralisé à la médecine préventive et l’éradication de pathologies meurtrières témoignent d’un progrès social structurant. En garantissant simultanément un droit fondamental à l’éducation et une protection sanitaire rigoureuse dès le plus jeune âge, l’Algérie a su bâtir un cadre protecteur et émancipateur pour façonner l’avenir de ses nouvelles générations.

Raï

Raï is one of Algeria’s most famous musical styles. It originated in the city of Oran at the beginning of the 20th century and blends traditional Algerian music with modern influences. The word raï means « opinion » or « advice » in Arabic. Originally, singers used raï to express their views on love, everyday life, social issues, and freedom. Over the years, the music evolved by combining traditional instruments with electric guitars, keyboards, and drums. The history of modern raï, spanning from 1982 to the 2010s, traces the remarkable journey of protest music born in the cabarets of Oran before becoming a global phenomenon, closely intertwined with Algeria’s political and social upheavals. In the early 1980s, the genre was propelled by the rise of cassette culture—particularly through the legendary Disco Maghreb label—and by the boldness of young artists such as Cheb Mami and Cheb Khaled. Raï broke through television censorship before being paradoxically recognized by the Algerian authorities in 1985 as « an integral part of the national heritage. » 

Le raï est l’un des styles de musique les plus célèbres d’Algérie. Il est né dans la ville d’Oran au début du XXᵉ siècle et mélange la musique traditionnelle algérienne avec des influences modernes. Le mot raï signifie « opinion » ou « conseil » en arabe. À l’origine, les chanteurs utilisaient le raï pour exprimer leurs idées sur l’amour, la vie quotidienne, les problèmes de société et la liberté. Au fil des années, cette musique a évolué en associant des instruments traditionnels à des guitares électriques, des claviers et une batterie. L’histoire du raï moderne, s’étendant de 1982 aux années 2010, retrace l’incroyable trajectoire d’une musique contestataire née dans les cabarets d’Oran avant de devenir un phénomène planétaire, intimement liée aux soubresauts politiques et sociaux de l’Algérie. Propulsé au début des années 1980 par la culture de la cassette — notamment via les mythiques éditions Disco Maghreb — et par l’audace de jeunes talents comme Cheb Mami et Cheb Khaled, le genre brise la censure télévisuelle avant d’être paradoxalement institutionnalisé comme « partie intégrante du patrimoine national » par le pouvoir en 1985. 

Driven by visionary producers such as Martin Meissonnier and Michel Lévy, raï was successfully introduced to France through landmark festivals in Bobigny (1986) and La Villette, where it first captivated the North African diaspora before winning over Western audiences. However, the 1990s marked a tragic turning point. The rise of the Islamic Salvation Front (FIS) led to the banning of raï in several municipalities and ushered in Algeria’s « Black Decade, » during which raï became the soundtrack of protest, exemplified by the hit song El Harba Wine during the 1988 riots. Today, raï is enjoyed by people of all generations and remains an essential part of Algerian culture. Like Algerian culture as a whole, the raï community paid a heavy price during the Black Decade, with the assassination of Cheb Hasni in 1994 standing as one of its most tragic symbols. Raï is performed at weddings, festivals, concerts, and family celebrations. In 2022, UNESCO inscribed Algerian raï on the Representative List of the Intangible Cultural Heritage of Humanity, recognizing its cultural and artistic significance. Raï continues to inspire musicians and to showcase Algerian culture around the world.

Sous l’impulsion de producteurs visionnaires comme Martin Meissonnier et Michel Levy, le raï s’exporte triomphalement en France lors des festivals historiques de Bobigny (1986) et de La Villette, touchant d’abord la diaspora maghrébine avant de séduire le public occidental. Cependant, la décennie 1990 bascule dans la tragédie : la montée en puissance du Front islamique du salut (FIS) entraîne l’interdiction du genre dans plusieurs municipalités et ouvre une décennie noire où le raï se mue en bande-son de la contestation (à l’instar du tube El Harba Win lors des émeutes de 1988).Aujourd’hui, il est apprécié par toutes les générations et reste un élément essentiel de la culture algérienne. C’est aussi un univers, au même titre que la culture algérienne en général, qui paiera un lourd tribut lors de la Décennie Noire — l’assassinat de Cheb Hasni en 1994 en étant la triste illustration. Le raï est joué lors des mariages, des festivals, des concerts et des fêtes familiales. En 2022, l’UNESCO a inscrit le raï algérien sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reconnaissant ainsi son importance culturelle et artistique. Le raï continue d’inspirer les musiciens et de faire rayonner la culture algérienne dans le monde.

Touaregs

The Tuareg (or Imajeghen) are a nomadic people of Berber (Amazigh) origin whose millennia-old history is deeply rooted in the heart of the Sahara. With their own language, Tamasheq, and their own script, Tifinagh, their ancestral homeland was divided in 1961 among five African countries: Niger, Mali, Burkina Faso, Algeria, and Libya. Today, their total population is estimated at between 1.5 and 3 million people. In Algeria, the Tuareg community numbers approximately 152,000 individuals, mainly organized into two major confederations: the Kel Ahaggar, settled around Tamanrasset, and the Kel Ajjer, who inhabit the Tassili n’Ajjer region (Djanet and Illizi). As traditional nomadism has declined, tourism and the promotion of their cultural heritage have become essential economic pillars for these communities.

Les Touaregs (ou Imazighen) sont un peuple nomade d’origine berbère (amazighe) dont l’histoire millénaire est ancrée au cœur du Sahara. Possédant leur propre langue, le tamasheq, et leur alphabet, le tifinagh, ils ont vu leur territoire ancestral morcelé en 1961 entre cinq pays africains : le Niger, le Mali, le Burkina Faso, l’Algérie et la Libye. Leur population est aujourd’hui estimée entre 1,5 et 3 millions de personnes. En Algérie, la communauté compte environ 152 000 individus, répartis principalement en deux grandes confédérations : les Kel Ahaggar, installés autour de Tamanrasset, et les Kel Ajjer, établis dans la région du Tassili n’Ajjer (Djanet et Illizi). Face au déclin du nomadisme traditionnel, le tourisme et la valorisation de leur patrimoine culturel sont devenus des piliers économiques essentiels pour ces populations.

Tuareg society is distinguished by a tribal organization traditionally structured around a matriarchal system, in which women hold decision-making authority within the family and ensure the transmission of customs and traditions. Men, meanwhile, adhere to a strict code of honor based on loyalty, courage, and respect for their elders. Known as the « Blue Men » because of the indigo dye that colors their traditional veil, the tagelmust (also called the cheche), Tuareg men wear it both as protection against the harsh desert climate and as a symbol of adulthood, social status, and emotional restraint. Today, the story of the Tuareg people continues through a constant process of adaptation, balancing the preservation of their ancestral values with the geopolitical and economic realities of the modern world.

La société touarègue se distingue par une organisation tribale traditionnellement structurée autour d’un système matriarcal, dans lequel les femmes détiennent le pouvoir décisionnel au sein de la famille et assurent la transmission des coutumes et des traditions. Les hommes, quant à eux, suivent un code d’honneur rigoureux fondé sur la loyauté, le courage et le respect des aînés. Surnommés les « hommes bleus » en raison de la teinture indigo qui imprègne leur voile traditionnel, le tagelmust (également appelé chèche), ils le portent à la fois comme une protection contre le rude climat désertique et comme un symbole de maturité, de statut social et de retenue émotionnelle. Aujourd’hui, l’histoire du peuple touareg se poursuit dans un processus constant d’adaptation, conciliant la préservation de ses valeurs ancestrales avec les réalités géopolitiques et économiques du monde contemporain.

Peuple en marche

Peuple en marche is an important Algerian documentary released in 1963, shortly after Algeria gained its independence. It was directed collectively by Ahmed Rachedi, René Vautier, and several young Algerian filmmakers. The presence of director René Vautier is significant—he served as the FLN’s filmmaker during the War of Independence and directed the 1972 film ‘Avoir vingt ans dans les Aurès’. Before Algeria, his career began in the French colonies: sent to Dakar in 1949 to make an official film, he captured footage of the reality of colonization and its injustices. This footage would become the basis for his first film—Afrique 50. He was imprisoned by the FLN during the War of Independence amid allegations of embezzlement. He bore no grudge over this episode and, after independence, played a role in developing Algeria’s film industry. The film tells the story of the Algerian War of Independence and pays tribute to the courage of the Algerian people and the National Liberation Army (ALN). It also shows the difficult task of rebuilding the country after many years of war. Through real images and testimonies, the documentary presents the hopes, dreams, and determination of a nation beginning a new chapter in its history. Part of the original footage was lost after being seized by the French police, making the surviving images especially valuable as historical documents. Today, Peuple en marche is considered one of the first major documentaries of independent Algeria. It remains an important film for understanding the country’s struggle for freedom and its desire to build a peaceful future.

Peuple en marche est un important documentaire algérien sorti en 1963, peu après l’indépendance de l’Algérie. Il a été réalisé collectivement par Ahmed Rachedi, René Vautier et plusieurs jeunes cinéastes algériens. La présence du réalisateur René Vautier est importante — il sera cinéaste du FLN pendant la guerre d’indépendance, et réalise en 1972 le film “Avoir vingt ans dans les Aurès”. Avant l’Algérie, son parcours commence d’abord dans les colonies françaises : envoyé à Dakar en 1949 pour réaliser un film officiel, il tourne des images sur la réalité de la colonisation et ses injustices. Il en tirera son premier film — Afrique 50. Il fera l’objet d’un emprisonnement par le FLN durant la guerre d’indépendance, sur fond de soupçon de détournement de fonds. Il ne gardera pas rancune de cet épisode, il participera après l’indépendance dans le développement du secteur cinématographique en Algérie. Le film raconte la guerre d’indépendance algérienne et rend hommage au courage du peuple algérien ainsi qu’à l’Armée de libération nationale (ALN). Il montre également les difficultés de la reconstruction du pays après de longues années de guerre. Grâce à des images réelles et à des témoignages, le documentaire présente les espoirs, les rêves et la détermination d’une nation qui commence une nouvelle étape de son histoire. Une partie des images originales a été détruite après avoir été saisie par la police française, ce qui rend les séquences conservées particulièrement précieuses sur le plan historique. Aujourd’hui, Peuple en marche est considéré comme l’un des premiers grands documentaires de l’Algérie indépendante. Il demeure une œuvre essentielle pour comprendre la lutte du pays pour la liberté et sa volonté de construire un avenir de paix.

Drapeau 

How can one speak about Algeria without mentioning its flag? It is the emblem that fills Algerians with pride on every occasion: commemorations, gatherings of the diaspora, football matches, demonstrations, the Hirak movement, and more. Here is the story behind the Algerian flag.

Comment parler de l’Algérie si on ne parle pas de son drapeau ? L’étendard qui fait la fierté des Algériens en toute occasion : commémorations, rassemblements de la diaspora, matchs de football, manifestations, Hirak… Retour sur la petite histoire du drapeau algérien.

It all began with the North African Star (Étoile nord-africaine, ENA). Founded in 1926 under the leadership of Messali Hadj, the ENA—whose members included Khaled ibn Hachemi, grandson of Emir Abdelkader—adopted that same year a green flag bearing the inscription: « Algeria is our homeland, Arabic is our language, and Islam is our religion. » Although the exact origin of the green-and-white Algerian flag adorned with a red star and crescent remains a matter of historical debate, Émilie Busquant, Messali Hadj’s wife, is generally regarded as the person who sewed the first version in 1934. Historian Benjamin Stora explains that during an ENA meeting held that year, the movement’s activists agreed on the colors and principal elements of the flag before entrusting Émilie Busquant with creating the physical emblem. However, historians René Gallissot and Anissa Bouayed argue that the symbol was not entirely new, noting that Algerian workers and trade unionists had already marched with a green-and-white flag featuring a red star and crescent during the May Day demonstrations of 1919 and 1920, held in both France and Algeria. Research by historian Mohamed Ghnanèche further shows that a new version of the flag was adopted in 1940, distinguished by a red star and a white crescent positioned above the center, before being modified in 1943 by the Algerian People’s Party (PPA).

Cela commence d’abord avec l’Étoile nord-africaine. Fondée en 1926 sous la présidence de Messali Hadj, l’Étoile nord-africaine (ENA), dont faisait notamment partie Khaled ibn Hachemi, petit-fils de l’émir Abdelkader, adopta dès cette année un drapeau vert portant l’inscription « L’Algérie est notre patrie, l’arabe est notre langue et l’islam est notre religion ». Si l’origine exacte du drapeau algérien vert et blanc orné d’une étoile et d’un croissant rouges fait encore l’objet de débats historiographiques, Émilie Busquant, épouse de Messali Hadj, est généralement considérée comme la personne ayant confectionné le premier exemplaire en 1934. L’historien Benjamin Stora explique qu’au cours d’une réunion de l’ENA tenue cette même année, les militants arrêtèrent le choix des couleurs et des principaux éléments du drapeau avant de confier à Émilie Busquant la réalisation matérielle de cet emblème. Toutefois, René Gallissot et Anissa Bouayed estiment que ce symbole n’était pas inédit, rappelant que des travailleurs et syndicalistes algériens avaient déjà défilé avec un drapeau vert et blanc frappé d’une étoile et d’un croissant rouges lors des manifestations du 1er Mai de 1919 et de 1920, organisées aussi bien en France qu’en Algérie. Les recherches de l’historien Mohamed Ghnanèche montrent par ailleurs qu’en 1940 une nouvelle version du drapeau fut adoptée, caractérisée par une étoile rouge et un croissant blanc placé au-dessus du centre, avant d’être modifiée en 1943 par le Parti du peuple algérien (PPA).

According to Achour Cheurfi, the current design emerged from the work of PPA activists who, around 1944, appointed a small committee to create a definitive model representing the Algerian nation. The flag was publicly displayed for the first time during the demonstrations of 8 May 1945 in Sétif, notably by the student Bouzid Saâl, who was subsequently killed by the French police; the flag he carried is now preserved in the Sétif Museum. Adopted by the National Liberation Front (FLN) during the Algerian War of Independence, the emblem was officially recognized in 1958 by the Provisional Government of the Algerian Republic (GPRA). It was then presented at the Monrovia Conference in August 1959, where several African states acknowledged it as the symbol of the Algerian nation in its struggle for independence, before being formally established and standardized by the law of 25 April 1963, following Algeria’s independence.

Selon Achour Cheurfi, le dessin actuel résulte des travaux de militants du PPA qui, vers 1944, chargèrent un groupe restreint d’élaborer un modèle définitif destiné à représenter la nation algérienne. Ce drapeau fut déployé publiquement pour la première fois lors des manifestations du 8 mai 1945 à Sétif, notamment par l’étudiant Bouzid Saâl, qui fut ensuite tué par la police française ; l’exemplaire qu’il portait est aujourd’hui conservé au musée de Sétif. Repris par le Front de libération nationale (FLN) pendant la guerre d’indépendance, cet emblème fut adopté officiellement en 1958 par le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Il fut ensuite présenté lors de la conférence de Monrovia en août 1959, où plusieurs États africains le reconnurent comme le symbole de la nation algérienne en lutte, avant d’être définitivement consacré et normalisé par la loi du 25 avril 1963, à la suite de l’indépendance de l’Algérie.

Although the meaning of the various elements of the Algerian flag has been interpreted in different ways, they all refer to the country’s history, identity, and cultural heritage. According to Malek Chebel, white symbolizes purity, while green represents Islam. For Pierre Lux-Wurm, the crescent and star evoke light, while the green and white colors recall the historic Islamic banners of the time of the Prophet Muhammad. Khaled Merzouk, for his part, considers the crescent and star to be symbols of Islam, with white representing peace and green symbolizing the land and agriculture. The star is also commonly interpreted as a reference to the Five Pillars of Islam. Finally, historian Benjamin Stora notes that the three colors of the flag originally expressed the idea of unity and echoed the three countries of the Maghreb.

Bien que la signification des différents éléments du drapeau algérien fasse l’objet d’interprétations variées, tous renvoient à l’histoire, à l’identité et au patrimoine culturel du pays. Selon Malek Chebel, le blanc symbolise la pureté, tandis que le vert représente l’islam. Pour Pierre Lux-Wurm, le croissant et l’étoile évoquent la lumière, alors que les couleurs verte et blanche rappellent les anciennes bannières islamiques de l’époque du prophète Mahomet. Khaled Merzouk considère, quant à lui, que le croissant et l’étoile constituent des symboles de l’islam, le blanc incarnant la paix et le vert représentant la terre ainsi que l’agriculture. L’étoile est également fréquemment interprétée comme une référence aux cinq piliers de l’islam. Enfin, l’historien Benjamin Stora souligne que les trois couleurs du drapeau exprimaient à l’origine l’idée d’unité et faisaient écho aux trois pays du Maghreb.

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